Sérénité suivi de OULATUMI par Jonquille

SÉRÉNITÉ

La caresse d’un rayon de soleil sur son visage la fait sourire. Les yeux clos elle se concentre sur cette douce chaleur qui effleure son front, ses joues, ses paupières, alors qu’elle est installée dans son transat sur la terrasse. Ce soleil de printemps n’est pas agressif et elle n’éprouve pas le besoin de s’en protéger, bien au contraire, elle s’offre à lui, souhaitant qu’il l’enveloppe, la baigne toute entière.

Elle n’est pas la seule à aimer ce soleil prodiguant chaleur et lumière après les sombres jours pluvieux de l’hiver. Les oiseaux l’apprécient aussi et le saluent avec joie. Elle écoute le concert qu’ils donnent, reconnaît le pinson qui marque son territoire, les tourterelles qui se font la cour, le fidèle et curieux rouge-gorge qui inspecte les lieux, et les mésanges bleues qui zinzinulent en s’installant.

Voilà que le pic-vert intervient. Son tac tac tac très rapide semble être une demande de se joindre au concert. Ce sont les seuls bruits avec le léger, très léger frémissement des arbres, répondant à un souffle qui traverse l’espace du jardin, et qui amène jusqu’à ses narines le doux parfum des premières roses et celui du muguet, plus accentué.

Elle ouvre les yeux et jouit du rouge profond et du mauve des azalées étalant leur floraison au point d’y cacher leur feuillage et concurrençant les rhododendrons rouges, blancs, roses, mauves.

Au gré de leur fantaisie les discrets myosotis émaillent de bleu le bord de l’allée et les parterres, les pissenlits partent à la conquête de la pelouse, éclaboussant de jaune vif le tapis vert. Toutes ces couleurs égayent son quotidien alors que les arbres se couvrent de vert tendre pour les hêtres, les chênes majestueux les ont devancés arborant déjà leurs tenues d’été d’un vert plus soutenu. Les châtaigniers quant à eux, entrouvrent à peine leurs bourgeons. Tous, mêlés à quelques houx, entourent la maison, lui construisant un nid de verdure où elle se blottit, une oasis de calme, loin des rumeurs, loin des moteurs, loin des malheurs.

Ici elle se sent bien, sereine, proche de cette nature semi sauvage. Ici et en quelques autres lieux, comme face à l’immensité de l’océan, bercée par le chant des vagues, où seuls les rochers et les phares s’élancent vers le ciel.

— Tu ne t’ennuies pas loin de tout ? lui demande-t-on parfois.

Non, elle ne s’ennuie pas, et que veut dire « loin de tout » ? Pour elle, elle se sent proche de l’essentiel. La vie est là. Elle se ressource, comme on dit aujourd’hui. Quand elle travaillait, en rentrant elle s’asseyait sur les marches du seuil et écoutait et regardait et respirait, avant de faire quoi que soit d’autre.

Ce matin lui vient à l’esprit : « le pays du matin calme » , c’est ainsi qu’elle nommerait son jardin à l’instant. Elle sait que c’est le nom donné à la Corée, un des pays d ‘Extrême-Orient auxquels elle aimerait rendre visite comme on va voir un membre de sa famille ou des amis. Le Japon,

le Vietnam, la Thaïlande. Un rêve. Alors ce voyage, elle le rêve dans son transat.

Là-haut dans le bleu du ciel, la traînée blanche d’un avion silencieux qui étincelle, se dissout lentement, emportant son rêve.

OULATUMI

La bouche ouverte, les yeux arrondis, l’enfant battait des mains. Dans l’encadrement de la porte se tenait un homme pistolet au poing, le doigt sur la gâchette. Il venait de pousser dans la pièce un autre homme les mains liées dans le dos. Tombé au sol celui-ci clamait :

— Mais puisque je te dis que je ne peux pas faire ce que je veux, j’ai les mains liées au propre comme au figuré. Il faut que tu me croies, et détache moi s’il te plaît.

— Pour que tu files les coudes au corps ? Tu te fourres le doigt dans l’œil. Je te libérerai quand tu auras parlé.

Le prisonnier grimaça :

— Tu as eu la main lourde.

— Tu devais me donner un coup de main dans cette « transaction » et on dit que tu as des doigts de fée pour ce genre de tâche. Tout aurait du être réglé en un tour de main et aujourd’hui nous aurions eu les mains pleines. Il était convenu que tu suives le plan, que tu m’obéisses au doigt et à l’œil. Alors de deux choses l’une, ou bien tu as trop levé le coude chez P’tit Louis et cela t’as délié la langue, ou bien tu as réussi ton coup les doigts dans le nez et comme tu as — c’est bien connu dans le milieu — les doigts crochus, tu gardes le pactole sous le coude. Mon petit doigt me dit que la deuxième solution est la bonne. Alors où est le flouze ?

Dans le parc l’enfant tendait l’oreille en bavant. Il faisait ses dents, selon l’expression consacrée. Il tenait à pleines mains une vilaine poupée de chiffon qu’il secouait et sur laquelle se déposaient les filets de bave. Lui jetant un coup d’œil dégoûté, l’homme de main reprit :

— Ou alors, j’en mettrai ma tête à couper quand j’y réfléchis, tu as mis les pieds dans le plat en parlant avec Ginette et elle aura vendu la mèche. Où est – elle d’ailleurs Ginette ?

Il commençait à s’échauffer et gratifia l’homme à terre d’un coup de pied dans les côtes.

— Arrête de jouer les gros bras et garde la tête froide. Tu vois bien que ce que tu racontes n’a ni queue ni tête. Détache – moi et cessons ce bras de fer ridicule. Je n’ai pas envie de sortir d’ici les pieds devant, donc si tu veux garder la tête haute, range ton joujou avant de faire une grosse bêtise, et je m’allonge.

— Ah ! Quand même, tête de mule !

Le caïd délia les mains de son prisonnier. Se frottant les poignets, celui-ci se dirigea lentement vers un buffet, en sortit deux verres et une bouteille.

— Un doigt de liqueur ? Moi j’en ai besoin.

Et après une lampée :

— Au fait, qui est à la tête de « l’entreprise » ? Tu l’as vu toi ?

— Non, je connais sa voix. Mais où est le flouze ?

— J’y viens, j’y viens. Mais répond d’abord à ma question. Que dirais-tu si on te proposait d’embarquer pour une croisière ? Une croisière qui en fait serait une traversée, qu’en dis-tu ?

— J’en dis, j’en dis que je n’ai pas le pied marin et d’une, et de deux avec quel blé ? …Ah !

Je vois. Tu voudrais doubler la tête pensante. C’est donc, vieux frangin, que tu as gagné le gros lot.

— Et le magot est en sécurité. Crois-moi je ne serai pas pris la main dans le sac. Ginette va rentrer, les valises sont prêtes, nous partons en vacances. Il ne tient qu’à toi…

L’enfant s’agita, il commença à pleurer — les dents sans doute — d’un geste de colère il jeta sa poupée de chiffon qui tomba dans la cheminée. Son père se précipita pour la sortir des flammes. Il l’examina minutieusement sous l’œil médusé de son cadet. Le tissu était tendu à l’extrême sur le corps et un peu déchiré à l’endroit où les flammes l’avait attaqué. Le regard fixe, le visiteur n’en crut pas ses yeux . Les bras lui en tombèrent : dans la déchirure il aperçut le coin d’un billet de banque.

— COUPEZ. Merci, c’est tout pour aujourd’hui. Reprise demain à sept heures en extérieur.

Kerlaz, le13 mai2021

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