La tartine et autres textes de Soize

La tartine


La confiture de mûre tomba de sa tartine sur la nappe blanche.

  • Voilà, tu as gagné ! Ce que tu peux être empoté !
    Nicolas rougit, sa tartine n’a plus le même goût, la culpabilité et la colère l’avait transformée en un toast sans saveur. Gagné quoi ? Le droit de se faire houspiller comme un gosse. Pourtant, il faisait bien attention chaque matin à tenir sa tartine bien horizontale ; mais les yeux de sa femme braqués sur lui comme si elle attendait l’inévitable chute le mettaient mal à l’aise et tremblant devant le regard malveillant, il penchait sa tartine et…
  • Mais aussi pourquoi tient-elle à toujours mettre une nappe blanche ? Ca fait chic parait-il ! Elles viennent de sa mère, alors qu’est-ce que je peux dire ? Si je râle, elle me fait une scène, dit que je mange comme un cochon, que je ne sais pas le tenir à table, que j’ai été élevé chez les ploucs. Mais elle a l’air de quoi à faire semblant de venir d’un milieu huppé, tout ça parce qu’elle a hérité de nappes blanches et de belle vaisselle. La maison a servi à payer l’ EHPAD de ‘Mamie’. Restent les nappes !
    Nicolas ressassait des pensées, il s’ énervait comme chaque matin depuis des semaines . Il recula sa chaise sans un mot et partit sans finir son petit déjeuner.
  • N’oublie pas comme hier de prendre du pain ! cria t-elle de la porte d’entrée.
    Il ne se retourna pas. Aujourd’hui, c’était trop, il ne pouvait plus supporter ses sarcasmes. Gagné, oui, il avait gagné le gros lot avec cette femme qui s’ était transformée peu à peu en acariâtre mégère. Et depuis sa retraite, cette surveillance continue, ses sempiternelles remontrances…il n’en pouvait plus. Pourtant, il était d’un naturel calme et bienveillant, en tous cas c’est ainsi qu’en parlaient ses anciens collègues. Comment faisait-elle pour trouver le moyen de le faire sortir de ses gonds ? Il préférait sortir à rester parlementer pendant des heures comme au début.
    Comme il était bien dehors ! Un vent chaud et léger agitait les feuilles des arbres du parc. Des couples de canards glissaient tranquillement sur la rivière, guettant l’arrivée des enfants ou des retraités avec leurs sacs de pain sec.
  • En voilà qui s’ entendent bien ! se dit-il en soupirant.
    Des joggeurs le dépassaient ou le croisaient soufflant. Un signe de tête par ici, un petit bonjour par là, chacun avait sa place ici.
    Il s’assit sur un banc , alluma une cigarette, et levant les yeux vers le ciel bleu matinal se demanda pour la millième fois ce qu’il devait faire. Car aujourd’hui, il le sentait, ça avait été la réflexion de trop. Quelque chose était en train de changer en lui.
    Pendant ce temps à la maison Lucie sa femme dansait autour de la table en chantant « j’ai gagné, j’ai gagné ! » en se dandinant comme Donald Trump dans le sketche de Nicolas Canteloup . Enfin, elle avait réussi à le pousser à bout et elle le sentait prêt à prendre une décision. Depuis le temps qu’elle s’ acharnait à lui gâcher la vie, cette fois-ci semblait être la bonne. Comme c’était facile, il était tellement naïf ! Elle regarda sa nappe blanche tâchée avec satisfaction et attrapa son téléphone en souriant.

Personne au bout du fil ! Elle ne laissa pas de message, elle le rappellerait plus tard. Elle aimait tellement entendre sa voix ! Mathias, c’était son nom. Ce n’était pas un nouvel amour, ni même son premier amour, c’était l’amour de sa vie.
C’est lui qui l’avait retrouvée grâce aux « réseaux sociaux », comme on dit, Facebook plus précisément. Ils s’étaient connus à une fête chez un ami commun, elle avait 24 ans, lui un peu moins. Elle était hôtesse de l’air, lui terminait ses études. Ils venaient tous les deux d’un milieu bourgeois, mais lui beaucoup plus encore, du monde des diplomates. L’argent ne manquait pas, ils avaient mené la grande vie ! Ils étaient restés 2-3 ans ensemble, enfin pas vraiment ensemble, chacun chez soi, mais elle y croyait ferme. C’était un beau couple, ils semblaient bien assortis : lui, un blond athlétique, toujours le sourire aux lèvres, décontracté en toutes circonstances, elle, grande brune sexy habillée avec goût, sûre d’elle, avec un sens de la répartie dévastateur.
Et puis un jour il est parti, il a eu un poste en Australie, où vivait son père et ne lui a pas demandé de venir avec lui – papa ne le souhaitait pas, pas le même milieu quand même -. On s’ était bien amusés, mais maintenant il était temps de passer aux choses sérieuses. La seule chose qu’il lui a laissée en partant est un genre de maladie transmissible qu’on soigne discrètement sans en parler à son entourage. Mais comme elle l’aimait encore malgré tout ! Elle lui avait pardonné depuis longtemps ces errements de jeunesse.
Trente ans avaient passé, elle s’ était mariée avec Nicolas, très amoureux, pour qui elle était le rêve incarné et sa vie avait filé, enfants, vacances au soleil, à la neige…
Et puis un jour, une invitation à être « amis » sur Facebook : Mathias ! Elle n’en croyait pas ses yeux, même si, elle se l’avouait, elle l’avait toujours espérée. Lui vivait toujours en Australie, marié, des grands enfants, un bon boulot. L’éloignement fit que pendant de longs mois, ils ont correspondu par messagerie ou téléphone. Avec le décalage horaire, elle ne dormait plus qu’en pointillés, guettant ses messages. Elle dormait souvent dans la chambre d’amis, prétextant les ronflements de Nicolas, qui n’y voyait que du feu. Ils s’ écrivaient des messages enflammés : passion des échanges, réminiscence de leur amour, désirs érotiques, mais non assouvis – dans la virtualité-.
Elle ne vivait plus que pour ces messages, cette relation qui sublimait son quotidien. Elle semblait toujours un peu ailleurs, lui faisaient remarquer ses amies ; non c’est rien, je suis un peu distraite, c’est tout…
Cette fois-ci, elle en était persuadée, Il lui appartiendrait. Il étaient encore jeunes et en forme, se disait-elle en se regardant avec satisfaction dans le miroir, le corps svelte et les cheveux noirs de jais. Tout était encore possible !
Au printemps, ils se retrouveraient ! Mathias devait venir voir sa soeur en France. Elle ne vivait plus que pour ce moment. Elle avait tout arrangé pour pouvoir passer du temps avec lui. Elle voulait recommencer sa vie, c’ était sa dernière chance ! Aussi elle essayait par tous les moyens de faire craquer Nicolas, qu’il parte, qu’il la laisse vivre sa vie de femme ! Elle ne voulait pas d’un divorce à ses torts, elle aurait trop à perdre.
Nous étions le 17 mars 2020 et Macron annonçait le confinement total en France, peu après les frontières avec l’Australie se fermaient.

Collectionner, c’était là la vraie passion de Nicolas. Ancien instituteur, son caractère saturnien le poussait aux occupations solitaires. Il s’ était toujours intéressé à la botanique , et aussi à l’entomologie, particulièrement aux papillons. Partir dans la nature, débusquer les Danaus plexippus aux ailes ambrées, le Pyronia tithonus qu’il poursuivait enfant déjà , le Papilio machaon et sa longue queue ou le Gonepteryx rhamni , à savoir le Citron, quel plaisir !
Sortir au milieu de la nuit à la recherche de la Catocala nupta, dite La mariée avec ses ailes postérieures amarantes, de la Griposia apilina – Merveille du jour pour les Anglo-Saxons- , éblouis par sa torche, et surtout décoller du drap tendu devant la lumière pour les attirer le fameux Acherontia atropos, appelé communément le Sphinx tête -de-mort.
S’ en aller jusqu’en Colombie dénicher le Caligo prometheus avec ses yeux de hiboux , aux îles Salomon à force de recherches trouver un Ornithoptère à la carnation verte éblouissante, en Amérique du Sud courir après un morpho cypris aux couleurs phosphorescentes !
Rester des heures à observer, capturer, chasser à l’aide son filet ou de sa source de lumière, c’était le sel de sa vie. Etaler les ailes à l’aide d’une bandelette, transpercer le thorax d’un coup sec , épingler ces magnifiques lépidopteres sur une planche de liège, cela lui procurait un frisson d’excitation. Couvrir les murs de son bureau de boîtes au couvercle transparent où miroitaient des ailes multicolores, s’asseoir dans son fauteuil tournant et pivoter lentement afin d’avoir une vue panoramique, était pour lui source d’un bonheur intense, d’une joie extravagante.
Le traiter de maniaque comme le faisait Lucie, c’était vraiment excessif !

  • Être entouré d’animaux morts, comment peux-tu aimer cela ! tempêtait-elle.
    Comprendre son violon d’Ingres, elle ne le pourrait jamais, pensait-il. Il l’ignorait et continuait à occire ses proies, à épingler ses trophées, jusqu’au jour où un drame arriva, peu après le confinement de mars 2020.

Le temps passait lentement, confinés avec Nicolas dans cette maison devenue pour elle une prison qu’elle avait fini par haïr. Elle s’ imaginait en Australie, parcourant le désert avec Mathias ou se baignant au milieu des coraux. Leur projet de retrouvailles était tombé à l’eau, et pour combien de temps ! Mathias ne semblait plus pressé de rendre visite à sa soeur en France, une fois que ce serait rendu possible. Il ne fallait courir aucun risque avec ce satané virus, il devenait urgent d’attendre, prétendait -il.
La monotonie, avec ses ailes d’un gris terne, ce poison insidieux, menaçait son existence. Recommencer sa vie, recommencer à aimer, c’était là sa nouvelle croisade !
Abattue par ce temps qui s’ allongeait désespérément comme une nuit sans fin, elle finit par juger son mari responsable de sa frustration. L’impatience montait en elle comme une vague. Un jour, elle ne put la contenir, comme un barrage qui cède et emporte tout sur son passage.
Ce soir-là, comme d’habitude, elle appela Nicolas pour le dîner. A cette heure, il se trouvait toujours dans son bureau – son sanctuaire comme elle le nommait – , s’occupant de ses collections de lépidoptères . Pas de réponse, aucun bruit.

  • Encore à se faire prier, encore à moi d’aller le chercher ! Non mais je ne suis pas sa bonne ! maugréa-elle
    Sa vie devenait un enfer ! Elle entra comme une furie dans le bureau de Nicolas, les yeux exorbités.
  • C’est l’heure de ma vengeance, c’est l’heure de ma délivrance ! hurla t-elle
    Elle se mit à arracher violemment les cadres des papillons multicolores et à les fracasser contre le sol. Elle s’ acharnait à détruire, à saccager le travail qu’il avait passé des années à réaliser avec amour et persévérance. Aveuglée par sa colère devant l’inertie de cet homme qui la regardait sans la voir, une lueur éteinte au fond des yeux.
    Un calme dur comme de la glace envahit le coeur de Nicolas. La glace reflua et une flamme froide brûla en lui : il n’eut plus qu’une idée, un désir fou, une envie irrépressible : l’éliminer de sa vie. Alors que Lucie lui tournait le dos pour arracher ses derniers encadrements, il la saisit par le cou et serra jusqu’à ce qu’elle ne bouge plus.
    Comme elle était disgracieuse morte, un vrai pantin ! Elle n’arrivait pas à la cheville de ses merveilleux papillons, si beaux, épinglés pour l’éternité ! Ce fut son ultime pensée pour sa femme.
    Il la mit dans le coffre de sa voiture, et le lendemain, muni de son attestation d’autorisation de sortie, il partit l’enterrer dans un endroit éloigné et difficile d’accès où il avait l’habitude de chasser les papillons. Deux jours plus tard , il alla signaler sa disparition à la gendarmerie.

La vengeance.


Mon imagination flirtait quelquefois avec la vengeance. J’avais trimé depuis bientôt 20 ans pour la sauvegarde de ces étincelles de rancune, apparues aussitôt alors, après l’incident.
Je repensais ensuite à cette amie, enfin amie si on peut dire…, avec laquelle je jouais au cerceau enfant.
Nous avions d’abord fait connaissance en colonie de vacances, nous dormions sous la même tente. Lors du repos obligatoire – j’ avais toujours un livre caché sous la couverture – , elle me souffla tout à coup :

  • Premièrement, on n’a pas le droit de lire !
  • Deuxièmement, je vais le dire à la Directrice !
    Soudain elle s’était mise à rire.
    Ce n’était pas une beauté au goût d’aujourd’hui, mais si je la rencontrais demain, j’admirerais sa nonchalance, comme je le faisais déjà hier, avant…L’habitude qu’elle avait de traîner lui a cependant joué des tours. Déjà, elle était toujours en retard au départ des diverses activités. Depuis toujours, me disait-elle, elle ne pouvait arriver à l’heure.
    Désormais, nous étions devenues inséparables, des soeurs de sang. Cette amitié, quelle chimère ! Enfin, quand je repense à jadis, je ne voudrais jamais revivre ce chaos. Maintenant c’est loin, l’abondance de mes nouvelles relations , puis mon nouveau travail ont changé mon regard sur les événements. Quand je revois cette période, souvent je me sens désarmée – toujours ce sentiment de peur, de tension.
    Il n’est pas trop tard, mais il est encore trop tôt. Ne pas agir sur une pulsion – type tout à coup, tout de suite – ; ma décision est irrévocable , ici, ailleurs, je me vengerai.
    Un vrombissement d’hélicoptère envahit l’espace autour de moi. Aussi bien dehors que dedans, je n’y échapperai pas ! Je déclare forfait et m’arrache à mes sombres pensées, je les glisse temporairement dessous le tapis, véritable exploit !
    Devant moi, là, au loin, m’attend l’inéluctable devoir, ainsi qu’un ordre gravé dans la pierre. Assez supporté ! Je veux vivre aussi sans regrets , autant qu’elle et même beaucoup plus, encore et encore !

La ronde


Dans une ronde infernale, ils tournent sans fin, les paupières closes, leurs regards plongés en euxmême.
Chacun à son tour crie au vent ses obsessions, sans retenue. Les autres l’écoutent,
reprennent ses mots en choeur et en font une chanson, la chanson de la vie.
Le meneur, au centre de la ronde, monté sur des échasses de bois, harangue les danseurs

  • Qui es tu ?
  • Je suis une femme qui mange, un jouet qui joue..
  • Et toi, qui es tu ?
  • Je suis un ténébreux au coeur tendre qui rêve d ‘Afrique et de vaudou, d’être utile au monde
  • Et toi ?
  • Moi, un gentil garçon qui aime sa chérie
  • Et toi, que penses tu être ?
  • Moi, je suis un papillon, je suis un bateau car les bateaux aiment la mer
    Tandis que la personne désignée par le meneur scande ses paroles, elle ouvre les yeux, son regard à
    présent regarde les étoiles tandis que ses pieds frappent le sol en cadence.
  • Pourquoi tu pleures ? demande le questionneur sur échasses
  • J’ai peur de la mort, du viol
  • Et toi ?
  • Je pleure pour la mort de ma mère
  • Et toi pourquoi tu pleures ?
  • Je pleure pour la joie
  • Et vous ?
  • Je pleure de rire
  • Je pleure pour la guerre
  • Mais la peur fait partie de la vie
  • Il faut pleurer pour vivre
  • Les pleurs sont des larmes et des joies
    La ronde reprend de plus belles, les larmes sèchent au vent- le calme revient et le sourire aussi-.
    Et puis chacun parle de ses rêves , rêve de voir le monde, d’exil et aussi de relations, de partages, de
    tricoter des liens pour chasser cette brume dans laquelle on se dissimule et qui nous anesthésie.
    La ronde s’ essouffle, la fatigue alourdit les traits des danseurs, les jambes flageolent. Il faut arrêter
    maintenant . Les mains se dénouent, les corps s’ éloignent.
    Mais que leur reste t-il ?
    Le crayon qui fait l’écriture, et non pas l’écriture qui fait le crayon, comme le dit la fille disséquant ses
    pensées – et après tout pourquoi pas ? –
    Ne pas oublier ces moments d’introspection vagabonde, de fantaisie orchestrée , plonger en nous
    pour trouver peut-être un sens à ce que l’on est devenu, une délivrance . Et écrire ces moments pour que d’autres les lisent et s’en emparent

La tablette de chocolat


Cette maison bleue me paraissait la seule accueillante et vivante du quartier. Elle semblait une magicienne au milieu des rangées de maisons blanches ou grises, alignées anonymement le long de la rue, – un phare – . C’était là qu’habitait Jean que je rencontrai un jour par hasard au théâtre. Nous étions assis à côté l’un de l’autre et nous nous mîmes à bavarder à l’entracte pour tuer le temps.
Nous venions de découvrir qu’enfants, nous avions passé nos vacances dans des villages voisins près de Florac, dans les Cévennes. Dans ces montagnes sauvages et inhabitées, sauf par les chèvres, à grimper sous un soleil de plomb parmi les châtaigniers, chassant avec nos bâtons les vipères qui dormaient sur les rochers brûlants. Il m’invita à prendre un digestif chez lui après le spectacle.
Il aurait aimé qu’un drame épique soit la conclusion de la pièce à laquelle nous venions d’assister, plutôt que cette fin « à l’eau de rose » sur fond de réconciliation. Puis nous évoquâmes nos souvenirs d’enfance en Lozère, sujet de notre rapprochement. Il lui revint en mémoire un épisode de ces années là qui l’avait profondément marqué. Il avait alors une petite dizaine d’années et dans l’épicerie du village il avait volé une tablette de chocolat, denrée rare à l’époque pour un enfant et objet de convoitise ; l’épicerie, seul commerce de l’endroit, où officiait Madame Juliette, une vieille dame aux cheveux blancs permanentés, au sourire doux et aimable, sanglée dans son sarrau bleu à carreaux.
Il ignorait ce que le chien du commerce était capable de déceler, mais il comprit vite lorsqu’il se mit à gronder quand il fit mine de sortir. Madame Juliette, ayant vite compris son manège, fut compréhensive devant la jeunesse de Jean. Elle lui dit qu’il ne fallait jamais voler, qu’elle était triste et déçue par son attitude, lui qu’elle avait vu grandir et qu’elle aimait bien.
Nier devenait sa force, Jean jura qu’il avait juste oublié qu’il avait la tablette en main et qu’il avait voulu partir rapidement, ayant aperçu un copain dans la rue. Madame Juliette se contenta de hocher la tête. L’affaire s’ arrêta là. Mais pas pour lui.
« J’ai pris un virage depuis cet événement », ajouta t-il. « La honte m’a submergé, le sourire et la déception de Madame Juliette m’ont marqué à jamais. Je n’ai plus jamais volé, ne serait-ce qu’un oeuf, comme on dit. »
Qui étions-nous pour le juger ? me disais-je. J’avais moi-même plus jeune pris quelques risques par défi en chipant des bricoles dans des magasins, pour les jeter négligemment dans la première poubelle venue. Les yeux dans le vague il ajouta :
« Je vais sûrement aller vivre plus tard à C… J’y ai acheté un vieux mas, c’est l’endroit où je me suis façonné, le seul endroit où je me sens bien, où je respire. Je ne pourrais pas vivre ailleurs.

Kipling


Elle avait encore du mal à réaliser qu’elle, l’insignifiante Justine, avait été invitée à l’anniversaire de Lison, l’inatteignable Lison, la fille que tout le monde dans sa classe idolâtrait.
Arrivée l’année précédente dans ce collège, elle ne s’ était pas vraiment fait d’amis, des connaissances, sans plus. Pas d’ennemis non plus. Ce qu’elle voulait, c’est qu’on ne la remarque pas ; elle craignait les relations intenses, les amitiés possessives et exigeantes, les désamours brutaux. Elle travaillait juste ce qu’il fallait «bonne élève, pourrait mieux faire » était la remarque qui accompagnait régulièrement ses bulletins.
A 14 ans, avec son air calme et un peu absent, son corps de jeune fille qui l’encombrait, ses cheveux en catogan et ses lunettes en écaille, elle en paraissait facilement 2 de plus. Elle aimait la solitude, prétendait-elle, alors pourquoi cette invitation lui procurait tant de joie ?
De retour à la maison, sa mère n’était pas encore rentrée du travail, comme d’habitude. Elles vivaient seules toutes les deux, son père était parti quand elle était très jeune, elle n’en avait aucun souvenir.
Sa mère, femme ardente et imprévisible , l’effrayait un peu. Autant sa fantaisie et son goût pour la vie pouvaient lui réchauffer le coeur, autant ses tempêtes de rage le refroidissait. Elle restait attentive à guetter le moindre signe de l’humeur de sa mère pour ne pas être prise au dépourvu. Ce jour-là à son retour, elle vit tout de suite que quelque chose n’allait pas. Sa mère, la mine sombre, s’ assit sans un mot dans le salon.

  • Est-ce que tu serais d’accord que j’aille samedi soir chez Lison, une copine de collège qui m’a invitée à son anniversaire ? demanda t-elle prudemment
  • C’est hors de question ! Tu es trop jeune ! Et qui c’est, cette Lison ? En plus, ta tante vient dîner avec tes cousins, qu’est-ce qu’ils penseront si tu n’es pas là ?
  • Mais maman, toute la classe y sera !
  • Non, c’est non !
    Justine grimpa dans sa chambre, blanche de colère, elle savait que ce n’était pas la peine d’insister.
    Ce samedi soir-là, en attendant l’arrivée de sa tante, Justine lisait dans sa chambre. Depuis le refus de sa mère elle lui parlait à peine et l’ambiance était glaciale à la maison. Ce qui n’avait rien d’inhabituel, sa mère adorait les conflits, elle s’y épanouissait.
    Le coeur serré à lui faire mal, son regard parcourut machinalement les murs de sa chambre, couverts d’affiches de ses chanteurs préférés, de spectacles ou de reproductions de tableaux. Au milieu de ces posters multicolores, elle repéra un morceau de papier épinglé entre Amy Winehouse et Daft Punk. C’était le poème de Kipling « Si ». Elle l’avait étudié en sixième et il lui avait paru reflété une telle pureté d’âme que de sa belle écriture ronde, elle l’avait recopié et mis au- dessus de son bureau. Ainsi, quand elle doutait de ses choix, elle le relisait et il lui semblait entendre une voix profonde et chaleureuse lui prodiguer ses beaux conseils. Elle le connaissait par coeur :
  • Si tu sais….rêver, sans laisser ton rêve être ton maître
  • Si tu peux rencontrer triomphe après défaite et recevoir ces deux menteurs d’un même front..
    Aujourd’hui ces mots résonnaient à ses oreilles comme des injonctions sans fondement. C’était facile d’ordonner ces attitudes chevaleresques ! Des mots, rien que des mots ! Sans proposer une aide, un soutien, des bras où se recueillir et venir se consoler.

Elle se leva d’un bond, arracha la feuille calligraphiée et la déchira en mille morceaux qu’elle jeta au vent par la fenêtre. Elle remplit son sac à dos de quelques vêtements, prit ses économies, enjamba la fenêtre et descendit le long de la gouttière pour disparaître et se fondre dans le paysage de la petite ville.

La carte


Au retour de son travail, il releva son courrier comme tous les soirs de la semaine. La journée avait été pénible, des réunions tendues et des objectifs toujours plus serrés à proposer. En tant que DRH, il ne sentait pas à l’aise , pris entre la direction et les salariés et il se demandait s’ il pourrait continuer comme cela longtemps.
Les boîtes aux lettres étaient alignées dans le couloir de la Résidence ; tout en montant dans l’ascenseur il jeta un coup d’oeil rapide à son courrier, diverses factures et publicités habituelles – malgré l’auto-collant « stop pub » -, et quelques lettres personnelles. C’était la première semaine de janvier, aussi il n’était pas surpris d’en recevoir, car lui-même adorait écrire des cartes de voeux, aussi en recevait-il beaucoup en retour.
Installé confortablement dans un fauteuil de son salon, un verre à portée de main, il commença à ouvrir les enveloppes. Quel plaisir d’avoir des nouvelles de tous ses vieux copains ! D’autant plus qu’à cause du Covid, ils n’avaient pas pu se retrouver à la Plagne comme tous les hivers pour skier et passer les fêtes de fin d’année ensemble. Ah, une carte de sa soeur, de ses amis de Bordeaux, de Grande Bretagne, bref les cartes habituelles qui lui rappelaient de bons souvenirs.
Une enveloppe restait à ouvrir, il l’avait gardé pour la fin, car elle différait des autres. Elle était mauve, munie d’un timbre recherché, avec un beau papillon exotique multicolore. Un léger parfum s’en exhalait. Il n’avait jamais reçu de lettre parfumée encore !
Intrigué, il déchira avec soin l’enveloppe. Il fut surpris par le décor de la carte, peu habituel pour souhaiter des voeux de bonne année. C’était une photo de main de femme, posée sur ce qui ressemblait à une patte d’animal. On ne voyait que la patte, il devait s’agir d’une statue ; elle appartenait à un gros animal, un lion vraisemblablement, c’est ce qui lui vint à l’esprit. Le fond de la photo était sombre, la patte dans les tons gris, métalliques et par contraste, la main de la femme était claire et les ongles colorés d’un rouge brun. Il émanait de cette main une sensualité et une sophistication qui sautait immédiatement au regard. La volonté de l’artiste était de souligner l’opposition entre la patte puissante, fruste de cette bête imaginaire ou non , et cette main légère qui l’effleurait avec volupté. Lequel des deux avait le pouvoir sur l’autre ? La question restait entière. L’érotisme de la scène avait un côté « rétro », qui lui faisait penser à « La belle et la Bête », film culte de 1946, qu’il avait visionné au ciné-club.
Il retourna la carte, impatient d’en connaître l’expéditeur ou plutôt l’expéditrice, il imaginait mal un de ses copains lui envoyer ce genre de lettre. A l’encre violette, quelques mots tracés d’une écriture déliée et élégante : rendez-vous samedi soir 19h au bar de l’Hôtel des Remparts. Sans signature.
Célibataire, il était à un âge où on passe plus de temps avec les amis qu’avec la famille. Il avait une passion, le tango. Tous ses loisirs tournaient autour de ce béguin . Au son du bandonéon, son coeur chavirait autant que chaviraient ses partenaires. Il ne ratait pas une soirée avec son groupe de danse et avait des centaines d’amis adeptes du milonga sur sa page facebook. Il apportait un soin particulier à sa tenue pour ces bals et adorait danser sur ces rythmes syncopés et chaloupés, serré contre ses cavalières d’un soir.

  • Qu’est ce que c’est que cette blague ? C’est sûrement une adhérente de mon club de tango : la main lascive et sensuelle pourrait correspondre à l’image d’une milonguera ! pensa t-il et il se promit de ne rater le rendez-vous.
    Le samedi suivant, il revêtit ses habits de soirée et rejoignit en sifflotant le bar de l’hôtel, un hôtel assez chic mais qui hors saison, n’était pas trop regardant sur la clientèle. Il était en avance, le bar était presque vide à l’exception de quelques vieux habitués qu’il connaissait. Il s’ installa face à l’entrée, pour mieux surveiller les allées-venues. Au bout d’un demi-heure, plusieurs petits groupes avaient pris place dans la salle, des couples, des bandes d’amis, mais personne qui sembla chercher quelqu’un ou même lui adresser un regard.
    A 19h30, toujours aucun signe d’une éventuelle connaissance, ni d’un femme l’observant .
    Agacé, il paya sa consommation et sortit dans la nuit. Il fit un petit tour sur le port espérant qu’on l’attendait dehors, mais pas d’indice d’une présence à l’affût. Sa soirée était gâchée !
    Il n’en parla à personne, ayant honte de s’ être laissé avoir ainsi.
    La semaine suivante, en ouvrant sa boîte aux lettres, une enveloppe mauve l’attendait. Cette fois, derrière la carte, il y avait simplement un numéro de téléphone.
    C’était un homme pragmatique et détestant les complications et les mystères ; il déchira la carte et la regarda brûler langoureusement au-dessus d’une bougie.

Ravir le rôle de reine lors du raout du royaume, que rêver de plus réjouissant ?
Rana, la rainette, rayonne de joie face aux rouspéteuses rivales rejetées dès le deuxième round.
Rougissante, elle rejoint en rouli-roulant la rouvraie romantique où règne sous les ramilles un raffut récréatif. Loin des ragots ressassés par les ronchonneuses restées en recul, elle reçoit une récompense rocambolesque de l’ex-reine : un renard rococo en résine, rappel de la ruse régentant la réussite.
Sur un rythme de rumba, Rana, revêtue d’une robe ruisselante, remercie ravie le rassemblement réuni pour la revue.
Elle regagne rapidement la rive, rebondit sur un rocher et regagne la rivière rugissante, replongeant dans sa réalité .

Les araignées.


Chère Mathilde,


Je t’écris allongée dans l’herbe, il fait un temps de rêve qui m’a donné envie de profiter de mon jardin. J’ai enfilé mon maillot, j’ai installé une vieille couverture sur la pelouse et me suis laissée aller à somnoler.
A présent, je prends la plume pour te donner de mes nouvelles et répondre à ta dernière lettre. La situation finira par évoluer pour toi, garde courage et tu verras le temps aidant tu ne verras plus les choses de la même façon.
Oh une araignée est en train de se promener sur mon bras, si légère, je la sens à peine, juste un petit chatouillis ! Je la laisse faire, car je ne sais pas si je te l’ai dit, je n’ai plus peur des araignées ! Tu te rappelles l’époque où, dès que j’en voyais une dans la maison, je me saisissais de l’aspirateur et aucune ne m’échappait, je passais les murs et les plafonds en revue et pouvais enfin dormir tranquille !
Ce n’était pas une vraie phobie, comme certaines personnes, juste un vague dégoût, leur aspect peut-être. Une amie m’a raconté que sa fille, qui habite à l’autre bout de la France, lui a téléphoné tard dans la nuit en rentrant chez elle : une grosse araignée noire se promenait sur sa porte d’entrée et elle était incapable de faire un geste. Au bout d’un long moment, épuisée , toujours au téléphone, sur les conseils de sa mère, elle a réussi à introduire la clé et à se glisser chez elle en frissonnant. Non je n’en étais pas là, aucune ne m’avait jamais mordue et j’admirais beaucoup leurs toiles dans le jardin, spécialement couvertes de rosée au petit matin.
Un jour, quelqu’un qui connaît bien la nature m’a ouvert les yeux et à présent je sais presque tout sur ces bébêtes !
Enfin, je te raconte ça aujourd’hui, bien tranquille au jardin, mais hier soir il y en avait une à côté de mon lit, tout près de mon oreiller et j’avoue que j’ai attrapé ma tapette pour l’occire d’un geste rapide . Elle n’a pas souffert, ce n’est pas comme dans un sac d’aspirateur ! Comme tu vois, il y a encore des progrès à faire, mais je suis sur la bonne voie.
Je passerai te voir dimanche pour te raconter comment s’ est passé mon entretien pour le poste dont je t’ai parlé. Par écrit c’est moins facile.
Merci encore pour ton courrier et les belles photos de ton jardin. Tu as vraiment la main verte !
Bises et à bientôt !
Juliette

Test de Holmgren


Il avait toujours rêvé de s’ engager dans la Royale. Il faut dire qu’à Brest, à cette époque, on voyait des pompons rouges à tous les coins de rue. Ils remontaient en bande la rue de Siam, bras dessus bras dessous, en quête d’aventure le temps de leur permission. Pantalon à pont et vareuse bleu marine, tricot à rayure, ils arboraient fièrement leur béret à pompon, convoitise des enfants qui demandaient à le toucher – cela porte chance paraît-il- . Son grand-père était marin, son père était sous marinier – il avait passé la seconde guerre mondiale au fond des océans-, ses cousins étaient marins, la question ne se posait pas pour lui. Il avait appris à parler en énumérant les noms de bateaux : frégate, torpilleur, sous marin, corvette, navire, escorteur…. A l’école, c’était surtout le sport qui l’intéressait. En plus, il était un as en natation, il aimait faire des longueurs la tête vide, concentré sur la coordination de ses membres et de son souffle. Un bel athlète vraiment. Arriva le jour tant attendu du recrutement . Il réussit sans difficulté les tests psychotechniques et les épreuves physiques. Courir, sauter des obstacles, porter des charges, un vrai plaisir pour lui et il ne manquait pas d’endurance ! Puis vint la visite médicale. Un infirmier lui fit les examens d’usage, pas de problème particulier. A un moment, il mit sur une table couverte d’une couverture grise un tas de pelotes de laine et lui demanda de trier d’un côté les laines plutôt rouges et de l’autre les laines plutôt vertes.
Panique à bord ! Impossible pour lui de distinguer vraiment la différence. Il avait bien remarqué qu’il ne voyait pas les couleurs tout à fait comme les autres, mais pas à ce point ! D’habitude il s’en accommodait et cela passait inaperçu. Il mémorisait la position des objets et non leur couleur. Mais hélas, pour le métier qu’il convoitait, être daltonien était inenvisageable : confondre le vert et le rouge pour un marin, ce pouvait être dangereux. En plus des feux en mer, toutes les machines ont des boutons verts ou rouges et il faut choisir vite dans l’urgence !
Voilà ce que racontait ma grand-mère. Les yeux de son fils avaient été la cause de son rejet, ses beaux yeux noirs cachaient une anomalie qui l’empêcha de réaliser son rêve. Refusé par la Marine, il ne s’ en remis jamais vraiment ; il prit un boulot dans le bâtiment et ne parla plus de naviguer.

Musique


C’est sa voix qui l’avait d’abord séduite, se rappelait
elle, tandis qu’ils roulaient vers la plage, fenêtre
ouvertes. Une mélodie mélancolique de Schubert pour cordes violoncelle alto et violon passait à
l’autoradio. Elle écoutait le morceau, ressentant la musique au fond d’elle même et frissonnait
d’émotion.

  • Adolescente, elle avait un tourne disques en plastique rouge sur lequel elle mettait des 45
    tours, puis elle eut des CD, des amplis mais à l’époque elle n’allait qu’à des concerts de
    musique classique, mais à des festivals en plein air comme ceux qui se faisaient maintenant,
    avec cette foule immense.
  • Avec sa cousine Martine elle écoutait Salut les Copains sur le transistor, allongées dans
    l’herbe au fond du jardin, les chanteurs yéyé, Cloclo, Johnny, Sylvie, Françoise… Ensuite au
    lycée, ce fut le tour de la pop, du rock, de la musique psychédélique. Elle aimait moins le jazz.
    On dansait le be bop et le jerk dan s les boums ou les boites de nuit, en sueur dans les mini
    pulls.
  • La période celtique suivit. En kabig au fest noz à danser la gavotte en cadence. Elle sourit au
    souvenir du fan club d’Alan Stivell en première année de fac.
    Elle mit les écouteurs et se lais
    sa aller à la rêverie en écoutant le concerto pour piano qui
    commençait à la radio. Ah, le piano ! Elle se revit répéter les gammes jusqu’à avoir mal aux doigts, les
    cours de solfège lors de ses cours au conservatoire tradition familiale
  • Son père ch antait dans une chorale, sa mère faisait partie d’un orchestre un quatuor et
    son frère jouait des instruments à vent dans la fanfare : saxo, tuba, trompette et clarinette.
    Ça faisait un chahut bien sympathique dans la petite ville ! Certains samedis so irs, on sortait
    l’accordéon et on valsait sur la place du village voisin, sur un air de valse musette , jupes au
    vent ou même sur des valses de Strauss.
    Elle jeta un coup d’oeil à son compagnon, qui conduisait paisiblement
    : à présent le boléro de Ravel
    éta it diffusé sur les ondes. Il se mit à fredonner de sa belle voix grave, elle commença à chanter avec
    lui et une sensation de bonheur les envahit tous deux. Ils se sentaient complices, cette mélodie
    envoûtante les transportait ! Les instruments qui arriven t tranquillement l’un après l’autre, puis la
    magnifique envolée finale tous ensemble
  • A l’école, le maître lui avait enseigné la flûte, les notes de base. Elle aurait préféré apprendre
    la batterie, comme Ringo ! Mais pas dans le style housemusic, quelle horreur elle ne
    supportait pas ! Au conservatoire, on leur faisait dessiner des dièses, des bémols, des
    silences, des rondes, des noires, des blanches…qui dansaient sur les lignes, c’est cela qu’elle
    imaginait. Et les clés de sol, et de fa, comme elles éta ient belles à calligraphier
  • C’est tout un art d’être musicien ! Et en avant, allegro, presto, scherzo, des mots exotiques
    qui l’enchantait ! Des symphonies de mouvements harmonieux, de bras qui ondulent
    gracieusement.
    A présent le boléro touchait à sa f
    in et dans la voiture le niveau sonore de leur duo augmentait. Ils se
    croyaient à l’opéra, chanteurs ténor et soprano ou encore dans une comédie musicale populaire, leur
    bouche s’ouvrant toute grande dans des mimiques expressives.
    A la soirée à laquelle i
    ls se rendaient, ils avaient emporté comme accompagnement, une guitare
    sèche au son doux à l’oreille qui faisait cesser les bruits environnants comme les propos discordants
    dès que les premiers accords étaient plaqués. Un son chaleureux et intime. Rien à
    dès que les premiers accords étaient plaqués. Un son chaleureux et intime. Rien à voir avec la voir avec la musique atonale, trop intellectuelle et bizarrement dérangeante.musique atonale, trop intellectuelle et bizarrement dérangeante.
    Arrivés dans la maison au bord de l’eau, ils coupèrent la radio, alors que l’harmonica grinçant d’une
    Arrivés dans la maison au bord de l’eau, ils coupèrent la radio, alors que l’harmonica grinçant d’une musique de film de Sergio Leone envahissait l’habitacle. Le salon de la maimusique de film de Sergio Leone envahissait l’habitacle. Le salon de la maison, au décor baroque son, au décor baroque chargé d’ornements rococo avait été transformé en salle de spectacle, dans un projet décidé à chargé d’ornements rococo avait été transformé en salle de spectacle, dans un projet décidé à l’unisson par les amis musiciens amateurs qui animeraient la fête. En fond sonore on entendait la l’unisson par les amis musiciens amateurs qui animeraient la fête. En fond sonore on entendait la bombarde répondre à la harpe celtique. Danbombarde répondre à la harpe celtique. Dans le jardin, où le vent d’ouest s’en donnait à coeur joie, on s le jardin, où le vent d’ouest s’en donnait à coeur joie, on avait fabriqué un orgue éolien à l’aide de bambous de section différente plantés verticalement, aux avait fabriqué un orgue éolien à l’aide de bambous de section différente plantés verticalement, aux fentes multiples visibles entre les noeuds. Posés dans l’herbe, des tamfentes multiples visibles entre les noeuds. Posés dans l’herbe, des tam–tam et des djembés tam et des djembés atteattendaient leur tour la nuit venue. Comme en écho le bruit des vagues diffusait son effet planant.ndaient leur tour la nuit venue. Comme en écho le bruit des vagues diffusait son effet planant.
    Que la fête commence
    Que la fête commence !!

Partir.


Partir loin, par train ou par avion, qu’importait !
Assis sur un coussin dans son sofa lilas, il buvait un capuccino, parcourant un journal farci
d’illustrations d’inouis panoramas.
Son travail l’usait, il voulait à tout prix fuir. Il avait vu maints films où l’on quittait tout sans faiblir;
on transformait son parcours initial sur un coup gagnant !
Il ajouta du lait dans son bol, attrapa un biscuit.
Un camping-car lui irait aussi. Du surf ? Pourquoi pas ?
– Dring, dring !
– Allo ?
– Ca va ?
– Oui, ça va ! ajouta t-il, satisfait par la voix qui parlait.
– Un tour au bord du lac, tu pourrais t’unir à nous dans un instant ?
– Un tour au bord du lac? Top !
Il sourit, mit son maillot dans un sac, fonça dans sa C3.
Partir, oui, pourquoi pas ! Mais pourquoi loin ? On vit si cool au bord du lac !
La paix s’installa dans tout son corps et il chantonna.

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