Poésies par Anne Geffroy

Je vais vous parler de ce poisson
Aux écailles comme une caresse dans l’eau


Ce poisson aux hallucinations
N’est pas banal, un peu bancal.


Je ne vais pas ameuter la population
Pour ce poisson en dépression


Il m’explique sa situation
Je tourne en rond


Je pleure des larmes sans sel
J’ouvre mes yeux bleu-ciel


Je vois à l’horizon
Courir le crayon


Je ne peux écrire que je me promène
Que je me parfume, que je chante


Je ne peux écrire que je m’enroule
Que je me cogne, que je tape, que je crie


Je ne peux écrire que je me repose
Que je dors, que je ris, que j’existe.


Alors me dit-il
Ecris pour moi.

Mes soeurs, mes frères en écriture
Je vous connais si peu et tellement
J’entends des rires
S’entrelaçant dans une farandole


Je pleure sous un nuage dehors
Comme la pluie tombe
Je vous chante la lourdeur de mon pas dans le sable
La tête au vent en toute légèreté
Sorcière de l’émotion dans les ténèbres


Je vous dessine la vague étalée
Comme un voile de mariée
La brume lui sert de refuge


Oublieuse de l’horizon égrené de nuages
Ici mon voyage en solitude
Dans le pays des rêves, au pays du soleil qui rêve et la lune qui illumine


Face au rocher échoué
Blessé dans ses anfractuosités
Que vient apaiser la naissance de la joie


Mes soeurs, mes frères en écriture
Je vous écris, en papier de soie,
L’horizon où se noient inexplorés
Les ventres enroulés en dépression


Je me repose pendant le vent
Qui me regarde

Si tu peux… Alors
Si tu peux lâcher prise
Sans aucune méprise
Alors sans me retenir je glisse
Entre tes cuisses
Si tu peux entendre mes paroles
Sans vouloir le premier rôle
Alors je suis hors contrôle
Je m’envole
Si tu peux te laisser aller dans mes bras
Sans le moindre embarras
Alors tu sauras
Que j’ai pris du gras
Si tu peux raconter ton histoire
Sans imaginer ce que l’on va croire
Alors c’est moi la bonne poire
Que je vois dans le miroir
Si tu peux accorder ton pardon
Sans attendre aucun don
Alors je me sens couillon
Et je me tais sans condition
Si tu peux lutter
Sans anxiété
Alors je suis fatigué
Je me couche écrasé
Si tu peux avoir mal
Sans que ce soit fatal
Alors je ne suis pas normal
Et je me tourne vers le médical
Si tu peux accepter ma force
Sans te retirer sous ton écorce
Alors je me blottis contre ton torse
Et je lâche mes amorces

Pourquoi tant de conditions édictées
Pour trouver la félicité
Pourquoi ne pas juste s’écouter
Etre soi-même sans autre vérité

2021
Je t’approche
Ma main
Seule
Peut te toucher
Comme une caresse
Comme un appui
Comme une sensation
Une émotion
C’est doux et frais
C’est ferme et chaud
C’est joyeux et lisse


Tu m’approches
Je sens ton désir d’être étreinte
Je sens ton désir de me connaître


Je ressens ton désir dans chacune de tes phalanges
Ta paume prend l’espace
Tes ongles respirent l’avenir


J’épouse tes lignes de jeunesse
de tristesse et de gaîté
Tout n’est pas enfoui
Tout est à fleur de peau


en délicatesse


Je reste figé dans un temps arrêté
Solide roc immanent
Phare – bouée dans des mers tempestueuses
Conserve cet instant de douce allégorie de la belle et la bête
Pour toi et pour moi

Parfois je le questionne
Et toi, mon ami, que désires-tu ?
Il me répond
Rien, je n’ai plus de désir
C’est ma petite mort
Et il se taît
Il ne me dit pas
Et toi, mon ami, que désires-tu ?


ʘʘʘ


Ma grand-mère écrivait sur des petits papiers ses désirs.
Elle rangeait soigneusement ces petits mots dans une boîte en bois.
On peut y lire
Chocolat – café – liberté –
Robe neuve – livre – paix –
Chanter – voyager – dormir –
Enfant – pluie – soleil –
Solitude – parler – chaussures
Tu vois, ma chérie, disait-elle, je les mets en réserve pour quand mes désirs seront à sec.
Qand ton désir est réalisé il meurt ? Lui demandais-je


ʘʘʘ


Désir en déclinaison
Désir des arts dans la rue
Désir désarmé désormais
Désir des heures heureuses
Désir désheureusement
Désir réaliste des irréalistes
Désir désertique des surprises
Désir des orchestres
Désir en désordre.
Anne avril 2021

J’ai G (avec le concours du nouveau petit Larousse illustré édition 1930)
Gare ta gabare mon gars, glapit le gabelou, pourtant généralement galant avec les galiciens.
Dans ton galetas là-bas près de la gloriette de la gynécée, tes gallinacées gringottent1 un galimatias
grotesque et gênent le général Gibbon, gisant sur son grabat, tel un gladiateur grec.
De plus on t’a vu te rincer le gosier au Gamay et galoper ensuite comme une gazelle gasconne dans
la garrigue, pendant que ton gramophone sur son guéridon de guingois grésillait du guttural
grégorien.
Le général te voue aux gémonies et même à la géhenne. Alors mets toi à genou, sans glapir ni
grommeler.
Ceci n’est pas un guet-apens, juste un grief envers les gueux trop en gueule.
Pendant le temps du châtiment en interlude…
Le géographe boit son grog au géranium en grondant le garde-barrière qui grille des grillons plein
de glucose, tandis que gicle le geyser de graisse gâchée par le garagiste, assis sur le garde-corps.
Au loin un gipsy givré se glace en une longue guirlande gondolante.
Le gars gracié (gratias deo), se glisse dans sa gandoura2, générosité de la garde-robe, il y griffe un
gardénia.
Il va gobichonner3 à gogo et gratis chez Gargantua ce gâte-sauce.
Glouton et gourmet il va se gaudir4 en se gavant de gelinotte en gelée, de gésier de gerboise, de
gruyère et de gorgonzola.
Et puis il accrochera au guidon de son vélo des grenades et des grenaches, pour aller glisser dans la
glycine avec Guillemette. Alors sous le girasol il laissera son goupillon gonfler et dans une grave
gravitation greffera sa grume à la gentille géode. Sans grandiloquence, il glorifiera le globe à venir.
Quand le goudron gercera, le gars à la gabare sans grimacer, rangera sa gousse en écoutant le
gazouillis générique de la grouse.
Hé ho halte là, ceci est à hue et à dia..
hahaha,
non vous vous trompez de porte,
la porte H est juste à droite en sortant de la page G

Mon cher garçon,


J’ai longtemps évoqué dans le passé un désir de fuite
Mon futur était sans condition, sans impératif
Mais ta naissance fut un si beau présent
Que ma vie s’est conjuguée à la tienne


Aujourd’hui un temps défini s’achève.
Te voilà confronté à l’indéfini des jours
Il te faudra être plus que parfait à présent
Prends en bien conscience


Tu as sans doute été imparfait
Et d’avoir participé à ces crimes
Tu n’as pu éviter la conditionnelle
Tu as du composer avec la conjugaison des peines


Sache que le passé reste le passé
Mais s’accrochera inévitablement à ton futur
Sans être définitif tu resteras subordonné à tes actes
Mais il est temps désormais de laisser ta vie antérieure


Sache aussi que ma présence auprès de toi
N’est pas une forme négative
Je dirai que je suis ton indicatif
Ta ressource à venir


Mon cher garçon tu restes mon beau présent.


1 gazouiller
2 blouse
3 festoyer
4 Se réjouir

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