Le banc et le brocanteur suivi de …. par Isabelle M

Le banc et le brocanteur


Je vais sûrement aller vivre parmi des chaises, mais je suis un banc. J’ai peur de prendre
trop de place et de paraître un peu simple, sans rembourrage ni dossier. Je suis un beau banc
sculpté en noyer massif, des personnalités ont posé leur séant sur mon assise. C’est sûr que
mon bois est dépoli, j’ai traversé les siècles. J’ai été poncé et verni, on m’a traité contre les
vers. Je ne suis pas n’importe quel banc. J’ai vécu dans une belle auberge à Vincennes, puis
chez un antiquaire et dans une maison bleue, je vis actuellement dans une brocante en
région parisienne. J’ai de l’ambition : ma vie – je touche du bois – , n’est pas encore finie,
même si je suis un peu usé par les outrages du temps.
J’ai pris un virage esthétique, lorsque dans la maison bleue, on m’a peint en rose. Il
appellent cela de la récup’, des émissions sur le sujet sont même diffusées à la télévision.
Paradoxalement, j’avais un peu le blues quand je voyais la vie en rose.
J’ai été séparé de mes amis, nous étions tous identiques, tous ciselés par le même menuisier.
Un pro, croyez-moi, je ne veux pas paraître immodeste mais il faisait de la belle ouvrage.
Nous étions tous destinés à l’auberge. À la fermeture de l’établissement, mes amis sont
partis, qui chez des particuliers, qui dans d’autres lieux et, malheureusement, je ne les ai
jamais revus.
Nous venions de découvrir le piano, un sacré gaillard celui-là. Installé dans un coin de
l’auberge, près de la vaste rôtissoire. Il avait une drôle de touche mais un joli son. Je suis
mélomane et je souffre d’être éloigné de ses joyeuses notes qui me faisaient vibrer. Qu’est-il
devenu lui aussi ?
Après un séjour chez un antiquaire très précautionneux et respectueux, j’ai vécu dans une
grande bâtisse peinte de couleur azur, si bien qu’elle se confondait avec le ciel. J’avais un
petit rôle, mais je me sentais utile. Je servais de siège autour de la table, en compagnie de
trois autres bancs. Même si nous étions un peu dépareillés, nous nous trouvions des points
communs.
Cette maison bleue me paraissait un cocon idyllique, J’étais entouré d’affection dans une
famille aimante, avec mes trois compagnons. J’avais un petit faible pour l’armoire.
Un divorce, la maison vendue et je dus à nouveau déménager.
Un brocanteur nous emmena en camionnette jusqu’à Bondy. Le trajet fut inconfortable.
Nous les meubles, nous étions empilés de guingois, ballottés de gauche à droite, j’en ai
même gardé des séquelles, des microfissures. Le brocanteur nous débarqua sans
ménagement.
Il m’invita à cesser de me plaindre : si je continuais mes récriminations, je finirais aux
encombrants.
Qui étions-nous pour nous plaindre ? De vieux rebuts tout juste bons pour la récup’. Un
nouveau coup de jeune ne nous ferait pas de mal, songeait-il.
Il ignorait ce que le chien pensait de lui : rien qu’une fripouille autoritariste. Il nous ponça
jusqu’à l’os et nous repeignit dans une couleur neutre et terne : du gris. Couleur béton armé.
C’était pour la vente. Moi j’aime ma couleur naturelle, noyer foncé. Sans compter les odeurs
de peintures, j’ai cru défaillir. Malgré tout, personne ne nous adoptait. Il nous menaça de
nous transformer en bois de chauffage.
Il aurait aimé qu’un drame survînt, c’est certain. Alors que nous étions de nobles antiquités,
avec une valeur sentimentale, ce qu’il se refusait à voir.
Nier devenait sa force. Nous avons ourdi un plan. Pas question de finir à la déchetterie ou
brûlés dans une cheminée. Un matin, la vieille armoire, autrefois majestueuse et aujourd’hui
repeinte en gris, s’abattit sur lui, dans un bruit assourdissant.
À croire que dans notre société on ne supporte plus ni la patine de l’âge ni le naturel.
Le brocanteur, légèrement blessé – car l’armoire était vide – s’est reconverti, et moi je
m’apprête à aller vivre dans le décor d’un théâtre où je serai soigneusement décapé. Je vais
monter sur scène au milieu des chaises, alors que je suis un banc. J’ai le trac, mais c’était
mon rêve et je serai enfin moi-même.

Panne d’essentiel

— Comme disait Kipling, si tu sais méditer, observer et connaître, tu seras un homme, mon fils.

Ces paroles prononcées par mon père, résonnaient encore dans ma tête, à l’aube de mes cinquante ans, tandis que je peinais à sortir de ma sieste. Les derniers rayons du soleil caressaient mon matelas et m’attiraient irrésistiblement. J’exposais mon corps à ces rais de lumière chaleureux et bienfaiteurs. Je me sentais régénéré comme si mes bras et mes jambes reprenaient de la vigueur.

Mais une soif intense me tiraillait les entrailles. J’avais l’impression de me trouver en plein désert alors qu’il faisait frais, en ce début mars. J’étais seul dans ma chambre, isolé, ne communiquant avec personne, et toujours cette soif inextinguible qui me tarabustait. Incapable encore de me lever, j’entrepris d’attraper une bouteille d’eau posée sur la table de chevet. J’allongeais le bras, celui-ci se déploya et je pus boire à petites gorgées le précieux liquide. Une douche intérieure irrigua mes vaisseaux. Insatiable bénédiction.

Après avoir vidé le litre d’eau, j’essayai de me souvenir du visage de mon père mais il s’échappait comme si ma mémoire s’était effacée. Je contemplai mes mains, elles étaient pâles, d’un teint olivâtre. Je les tendis instinctivement vers le soleil et ressentis un bien-être inouï. Malheureusement, des démangeaisons vinrent interrompre ce doux moment. Je sentis comme une protubérance dans le dos, puis sur les bras et les jambes. Je bourgeonnais ; mes bras de plus en plus verts s’allongeaient inexorablement. Mon corps se ramifiait, mes mains s’enroulaient.

J’étais un magnifique hibiscus. Dépité, je fis un effort kafkaïen pour me souvenir des conseils de mon père. Ne m’avait-il pas mis en garde, durant toute mon enfance : la culture est essentielle, si tu ne te cultives pas, tu deviendras une plante verte.

Isabelle, le 9 mars 2021

Le vicomte et ses voisins

Vicomte, voyons-voir, donc vendredi dans la véranda de votre villa vétuste, vous avez vexé vos voisins. Votre verve vous vaut vacarme et vaine vindicte ? Vous verriez votre visage ! Vous virez au vert, comme votre verveine. À la vérité, visez-vous de vraies victoires ? Vaciller vous vaudrait de nouvelles vacheries de vos voisins. Ils vous voient comme un veuf, un vieillard vulnérable, un vioque à la vie végétative. Voici les vicissitudes de la vie en ville.

De vraies vacances, voyager, avec vos valises, – en Vendée, à Venise, au Vatican voire au Vietnam – vous vaccinerait contre les vices de ces vauriens. Vous voulez vérifier le verdict de votre voisinage : vous vaudriez moins qu’un veau vagissant ! Vilipendez ces vilains sans vergogne, vitesse grand V, eux ne valent pas votre vertueuse volonté. Une vague de va-t-en-guerre, des vandales ! Des vipères ! Des vampires ! De vulgaires vautours vecteurs de variole.

Vous êtes une vedette, dans le vent, avec une vraie vision, des valeurs ; ils végètent, velléitaires, vous ont volé vos vinyles vintage, votre violon, vandalisé votre vélo, voilé le volant de votre voiture, vilement vidé les vestiges du vide-ordure sur vos vignes, vous ont vrillé une vertèbre, vous vouant au vertige et au vacillement, ces va-nu-pieds, ces vagabonds, ces voyous au verbiage venimeux, ces visiteurs visqueux ! Et ils s’en vantent à la veillée, ces vaniteux, ces verrues, ces vachards véreux, ces vermicelles vasouillards, à vomir !

Vous êtes victime de de leur virulence, de leur véhémence, de la vacuité de leur viscères. En verlan, vous êtes vénère ! Vengeance ! Venez voir vos voisins, en vadrouille au village, ces vers de terre ventripotents. Vous qui vénérez la véracité et la vaillance. Vous les voulez sous les verrous ? Vengez-vous, mais verbalement, sans violence. Vous êtes verni, votre vocabulaire, vos vers vibrent, versant dans la virtuosité ! Voilà tout.

Isabelle, le 13 mars 2021

La statue d’Anatole Le Braz


Katell soufflait enfin. Un peu fofolle et sentimentale, elle avait fait le tour des lieux qui
portent bonheur sur terre, ce qui lui attirait parfois scepticisme et récriminations. Installée
en Bretagne, elle se remémorait, avec plaisir, comment tout avait commencé. À dix-huit ans,
alors qu’elle s’était toujours sentie vilain petit canard, – elle était la cible de moqueries – ,
elle avait jeté une pièce de monnaie dans un bassin, situé aux pieds de la Vénus de
Quinipily, dans le Morbihan. Elle avait scruté longtemps le sou étincelant dans l’eau
limpide. Son voeu : devenir enfin populaire. Elle avait alors noué de nombreuses amitiés. De
là, datait également sa rencontre avec Corentin, son premier amour, une relation passionnée
qui avait duré deux ans.
Depuis, elle ne manquait jamais une occasion de provoquer la chance. Elle avait appris que
la Bretagne comptait pas moins de dix mille fontaines miraculeuses. À chaque problème, sa
solution. Après le bac, elle avait fait des études de commerce à Paris. Enthousiaste, elle avait
touché le soulier de la statue de Montaigne, dans le petit square face à La Sorbonne. C’était
l’année de ses vingt ans. Cela l’avait favorisée lors de ses examens, pensait-elle. Elle avait
choisi un séjour linguistique à Édimbourg où elle avait vu la statue de David Hume, et pincé
son gros orteil, absorbant ainsi une partie de son savoir. Elle retenait tout, désormais, avec
plus d’aisance. En Espagne, elle avait cherché du regard la grenouille cachée sur la façade
de l’Université de Salamanque, afin d’être certaine de réussir son cursus.
À vingt-quatre ans, diplôme en poche, il lui fallait décrocher un travail. À cet effet, elle avait
fait le voyage vers Rome pour jeter une pièce dans la fontaine de Trévi. À son retour, si elle
avait obtenu des entretiens d’embauche, ceux-ci s’étaient avérés harassants et infructueux.
Elle avait donc voulu solliciter à nouveau la chance. Pleine d’espérances, elle avait touché,
de la main gauche, la chouette en pierre de l’Église Notre-Dame de Dijon. La magnétisme
de l’oiseau rugueux ne le rendait que plus efficace, songeait Katell. Elle en avait profité
pour boire l’eau délicieuse de la fontaine de la forêt de Val-Suzon, toute proche, une
fontaine de jouvence, dit-on.
Ragaillardie, elle avait fini par trouver un emploi dans un bureau d’une entreprise
finistérienne. Elle donnait toute satisfaction et appréciait son travail. Mais elle désirait une
augmentation. C’est ainsi qu’elle avait pris un autobus pour Florence : elle avait introduit
une pièce dans la gueule de la statue du sanglier, avant de lui caresser le groin, ce qui portait
chance. À son retour de vacances, son patron, devant son aplomb, avait consenti à
revaloriser son salaire.
Tout allait bien pour Katell, mais il lui manquait l’amour. À vingt-cinq ans, elle avait inscrit,
en souriant, un souhait sur un papier. Elle avait pris sa Renault 5 flambant neuve, pour aller
accrocher ce dernier, tout émue et rougissante, aux branches d’un arbre à voeux du jardin des
amoureux, dans le village de Saint-Valentin, dans l’Indre. Les oiseaux pépiaient gaiement
autour des allées arborées.
En dépit de ces efforts, Katell se désespérait, ses rencontres restaient vaines et superficielles.
Elle s’était donc rendue, en train, à Budapest pour frotter le ventre rond de la statue du
policier, lequel selon la légende, agissait comme un filtre d’amour. Au retour, dans un
wagon bruyant, elle avait rencontré Tanguy. Ils avaient réussi à engager la conversation,
avaient partagé un en-cas savoureux. De fil en aiguille, ils étaient devenus un couple
inséparable.
Ils voulaient avoir des enfants. À Vérone, Katell avait touché le sein droit de la statue de
Juliette, promesse de bonheur, amour et fertilité. Malgré tout, l’enfant tardait à venir. Alors,
en Dordogne, elle s’était assise sur le siège de Saint-Émilion, creusé dans le roc de sa grotte,
pour être certaine d’avoir un bébé dans l’année. L’échéance passée, elle s’était résolue à
retourner à Paris : en désespoir de cause, elle s’était frottée contre le gisant de la tombe du
journaliste Victor Noir, au Père-Lachaise, promesse de fécondité. Alors qu’elle venait de
fêter ses vingt-huit ans, Katell avait fini par accoucher de triplés. Les époux étaient aux
anges. Ils s’étaient rendus à Brème, où se dressait une statue d’âne porte-bonheur : Katell
avait posé sa main sur ses sabots et son museau froid. Elle avait formé le voeu que ses
enfants et ses proches connaissent eux aussi la plénitude.
Malheureusement, la routine opérant son oeuvre, l’ambiance dans le couple se dégradait. Ils
avaient voyagé jusqu’à Nuremberg, où Katell n’avait pas manqué de toucher l’anneau en
laiton de la belle fontaine, supposé porter chance. Hélas, les caractères ne s’accordant
toujours pas, à trente-cinq ans, elle avait fini par divorcer…
Après quelques années, même si son indépendance, en compagnie de ses enfants, lui
convenait, elle voulut retrouver l’amour. Pour ce faire, elle s’était envolée vers Cuba. À La
Havane, elle avait touché la barbe de la statue de José María Lopez Lledin et lui avait parlé,
lui avait confié les mots durs de son ex-mari à son encontre : « nunuche et superstitieuse ».
Ça l’avait blessée mais elle avait promis à la statue qu’elle était prête à refaire confiance, à
s’engager à nouveau.
Dans l’avion qui la ramenait en Bretagne, elle avait rencontré Miguel, un Cubain dont elle
était tombé immédiatement amoureuse, il émanait de sa personne une fragrance enivrante,
son rire était communicatif. À ses côtés, elle se sentait plus vivante. À l’aube de ses
quarante ans, elle s’était remariée. Ensemble, ils avaient voyagé aux États-Unis, avec les
enfants. À New York, selon la coutume, elle avait gratté le nez, attrapé les cornes et les
parties intimes du taureau en bronze, pourvoyeur de richesse. Puis, elle avait fait des pieds
et des mains pour que la petite troupe pousse jusque dans l’Illinois, à Springfield
précisément, où elle avait pu toucher le nez de la statue porte-bonheur d’Abraham Lincoln.
S’ensuivit une dizaine d’années paisible, en Bretagne dont elle explorait, outre les fontaines,
les cultes païens autour des tombeaux des saints, des arbres sacrés, des menhirs, et des
dolmens. Elle était devenue érudite sur la question, au risque d’agacer.
Pour ses cinquante ans, par crainte que son mariage ne batte à nouveau de l’aile, toute la
petite famille s’était offert une croisière vers la Chine. Là bas, Katell avait sacrifié à la
coutume de frotter l’estomac d’un Bouddha rieur, ce qui assure bonheur, positivité,
protection, prospérité, abondance, santé… Au retour, ils s’était arrêtés à Paris, afin
d’accrocher un cadenas au candélabre du Pont des Arts, en signe d’amour, comme le veut la
tradition.
Ils avaient aussi fait étape dans la forêt de Brocéliande. Près du tombeau de Merlin, Katell
avait bu de l’eau fraîche à la fontaine de jouvence, pour retrouver l’énergie de sa jeunesse.
La vie s’écoulait, avec ses aléas. Ses enfants étaient grands, ils poursuivaient leurs études.
Au moment de sa retraite, elle considérait sa vie passée, avec indulgence. Elle comprenait
qu’ « il n’y a pas de chemin vers le bonheur ; le bonheur, c’est le chemin. » comme le
prêchait Lao Tseu. Mais alors qu’elle voulait écrire ses mémoires et raconter tous ses
voyages, elle entendit parler d’un nouveau culte : il fallait toucher la main de la statue
d’Anatole le Braz à Carhaix. Ce simple contact, était le gage de devenir un bon prosateur et
poète. En caressant la tête de l’oiseau – une sterne – posé sur le livre, dans la main gauche de
la sculpture, l’inspiration viendrait. Le flot de touristes en mal d’écriture, venus du monde
entier, qui se déversaient chaque jour dans la ville en témoignait…
Isabelle, le 25 mars 2021

C’était Paris


Trouperdu les foins, le 11 avril 2021
Chère madame,
J’ai lu, avec passion, votre autofiction « C’était Paris » et j’ai l’impression de vous connaître. Je l’ai
dévorée comme j’ai lu toute votre oeuvre depuis 1991, année où j’ai découvert votre premier roman.
J’imagine que vous recevez de nombreuses lettres de vos admirateurs mais je brûlais de vous
exprimer ma gratitude. Le passage où Pimprenelle, la jeune banlieusarde, fuit la vie chère de la
capitale et choisit la campagne pour télétravailler est sublime. La voici perdue dans un patelin où
elle ne peut même plus se mirer dans la Tour Eiffel. Quelle magnifique description de ce petit
village loin de tout, de la mer et de la montagne, et surtout de Paris ! Un village quasiment
dépourvu de vie culturelle ou nocturne, bref, un trou. Un trou magnifique niché sur une colline,
avec une vue grandiose, battu toute l’année par le vent et la pluie, mais un trou. La narratrice qui
vivait dans 25 mètres carrés loge désormais dans une vaste maison qu’il lui faut astiquer : elle fait
du ménage un sport quotidien, ce qui la maintient en forme. Elle s’est enfin initiée au bricolage et
au jardinage. Pimprenelle qui visitait les musées parisiens, plus ou moins insolites n’en a plus qu’un
à voir aux alentours, le musée de l’aspirette, l’aspirateur à main. Elle se vante de le connaître jusque
dans ses moindres détails. La boutique du musée est d’ailleurs le seul endroit où l’on trouve des
vêtements, dans le coin. Pour une amatrice de shopping comme elle, à la pointe de la mode, c’est un
peu frustrant. Mais elle arbore avec fierté toute une collection de magnifiques t-shirts ornés
d’aspirateurs à main.
Elle qui prenait des cours de bande-dessinée, de Qi Gong, et de guitare a fait de gros progrès en
informatique et passe des heures devant des tutos en ligne et zoom. Les voisins sont trop loin pour
se plaindre des fausses notes. À Paris, les occupants de l’immeuble marquaient le rythme, de leur
coups de balai, sur la cloison. Ici c’est le grand calme, on entendrait une mouche voler.
Elle dont le trajet en RER et en métro pour se rendre au bureau prenait deux heures de ses journées,
n’a plus besoin de bouger de chez elle.
Elle qui faisait des kilomètres en bus pour aller nager chaque jour à l’aquaboulevard, vaste parc
aquatique couvert à la porte de Sèvres, passe désormais, en l’absence de piscine, des heures dans sa
baignoire à lire et relire des oeuvres qu’elle n’avait pas eu le temps d’ouvrir.
Elle qui, après l’effort, se faisait livrer des sushis ou du poulet shai korma, désormais, s’initie à la
cuisine et sait enfin cuire un oeuf.
Elle qui faisait des heures de queue devant les cinémas, théâtres et salles de concert ne cesse de se
réjouir de l’absence de file d’attente devant l’unique épicerie du bourg. Et impossible de perdre son
temps au café, il n’y en a plus.
Dans ce désert médical, elle fait des économies de véto et Miaou, son chat, apprécie manifestement
sa nouvelle vie.
Elle qui s’épuisait à courir les salons et les cercles littéraires, vivant à 100 à l’heure, scrolle
tranquillement sur son smartphone pour admirer la vie de ses anciens amis, restés en région
parisienne.
Grâce à ce temps gagné, elle rédige des romans.
Je vous ai bien lue, je connais votre oeuvre presque par coeur. J’ai l’impression de me reconnaître
dans vos mots, je me suis identifiée à Pimprenelle et je rêve de vous rencontrer un jour.
Votre fan absolue,
Pamela

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