Tu l’épouses de ANNE COTTEREAU

« – Tu l’épouses parce qu’il faut faire comme tous tes potes? Tu l’as gagnée? C’est ton trophée? « 
« – Mais non ! »
« – Alors pourquoi tu viens de me dire ce que tu viens de me dire ? »
Ce que je viens de dire, mais qu’est-ce que je viens de dire déjà ? j’avoue que cela m’a échappé tout seul, comme un gamin de trois ans incapable de mentir.
Et je n’ai même pas assez bu pour y trouver une excuse bidon.
Je tente de feindre l’ignorance.
« – mais j’ai dit quoi ? Tu as compris quoi ? »
De la fenêtre de ma chambre, j’aperçois les demoiselles d’honneurs mimer leur rôle à grands éclats de rire, sur le parvis de la maison.  
Xavier les regardent comme des glaces à la vanille qu’on aurait envie de lécher.
Moi aussi, sous cape cependant.
« – Alors, on oublie cette discussion, on s’est mal compris, tu as mal entendu ma remarque, mon soupir, avec le boucan qu’il y a dehors ! »
Il me regarde désormais avec suspicion.
Je ferme les yeux, oubliant ce moment gênant, me projette dans le futur, à quelques heures à peine, sur le pavé de l’église, regardant ma fiancée, que j’ai gagnée à force de séduction et d’un an de vie commune. Ah! Mes potes étaient verts de jalousie. On l’avait tant désirée, tous, à un moment donné, parfois  en même temps : dans cette compétition , c’est moi qui vient de gagner.

« – Tu l’épouses parce qu’il faut faire comme tous tes potes? Tu l’as gagnée ? C’est ton
trophée? »
« Mais non ! »
« – Alors pourquoi tu viens de me dire ce que tu viens de me dire ? »
Ce que je viens de dire, mais qu’est-ce que je viens de dire déjà ? j’avoue que cela m’a
échappé tout seul, comme un gamin de 3 ans incapable de mentir.
Et je n’ai même pas assez bu pour y trouver une excuse bidon.
Je tente de feindre l’ignorance,
« – mais j’ai dit quoi ? Tu as compris quoi ? »
De la fenêtre de ma chambre, j’aperçois les demoiselles d’honneurs mimer leur rôle à grands
éclats de rire, sur le parvis de la maison.
Xavier les regardent comme des glaces à la fraise qu’on aurait envie de lécher.
Moi aussi, sous cape cependant.
« – Alors, on oublie cette discussion, on s’est mal compris, tu as mal entendu ma remarque,
mon soupir, avec le boucan qu’il y a dehors ! »
Il me regarde désormais avec suspicion.
Je ferme les yeux, oubliant ce moment gênant, me projette dans le futur, à quelques heures à
peine, sur le pavé de l’église, regardant ma fiancée, que j’ai gagnée à force de séduction et d’un
an de vie commune. Ah! Mes potes en étaient verts de jalousie. On l’avait tant désirée, tous, à
un moment donné où un autre, parfois ou sente même en même temps et dans cette
compétition , c’est moi qui vient de gagner.
« – Tu vas perdre à ce jeu là, mon petit Michel. » , la voix de mon père résonne à nouveau dans
mes oreilles. Ça fait longtemps que je ne l’avais pas entendue, sa colère bouillante et noirâtre
me revient en pleine figure.
S’il te plait, pas aujourd’hui ! Laisse moi ….
Les heures virevoltèrent dans un écrin de rires et de joies sincères. Xavier n’apparu parmi les
invités que par intermittences, lui qui avait de la prestance, cherchait l’attention des autres,
animait spontanément une soirée.
Tout accaparé qu’il était, Michel oublia l’attitude de Xavier ou bien tout simplement ignora t-il cet
évènement comme il savait si bien le faire quand quelque chose ne lui plaisait pas. Il porta toute
son attention envers les invités, sa famille, sa future belle-famille, un petit mot de sympathie par
là, une conversation bienveillante par çi. C’était si facile, cela lui plaisait, il savait comment se
faire apprécier. On le trouva radieux et en fin de matinée fit sensation dans sa tenue de futur
marié. Linda aussi à son tour fit sensation dans sa robe de mariée. Ils s’épousèrent dans le
faste somptueux qu’ils avaient imaginé pour leurs familles respectives.
Depuis le mariage, chaque année à la Noël, Xavier envoyait une carte postale au jeune couple.
Chaque année, le 10 Mai, il envoyait un sms à Linda pour lui souhaiter son anniversaire;
sms qui demandait de ses nouvelles, comme pour vérifier qu’elle allait bien. A Michel pas un
message, pas un appel, pas une visite. Et puis l’envoi de cartes postales cessa, les souhaits
d’anniversaires également. De temps en temps, Lydia interrogeait Michel : « -Mais qu’est-ce qui
s’est passé pour qu’il ait disparu de notre vie comme ça? » , Michel haussa les épaules,
boudeur, « – Tu sais, les amitiés vont et viennent pour certains … » Tout occupés qu’ils étaient
avec la naissance de leur premier enfant, puis du deuxième, ils oublièrent comme ils savaient
tous les deux si bien le faire quand quelque chose ne leur plaisait pas.

Et les enfants grandirent, et les années passèrent et la vie continuait. Plus jamais ils
n’entendirent parler de Xavier. Jusqu’à l’arrivée de cette petite enveloppe, charmante, attirant
l’oeil, décorée d’arabesques. A son dos, rubrique expéditeur, l’adresse en une écriture soignée,
annonçait “Xavier Menon et Camille Loret”, puis une petite étiquette informait “invitation
mariage”. Personne ne l’ouvrit, elle resta un long moment sur la console à l’entrée de la
maison, parmi d’autres papiers, invisible …. Jusqu’au souvenir remémoré de Linda, surprise de
la retrouver là, un soir où le soleil tardait à se coucher, les enfants aussi. Il aurait fallu une
journée de pagaille, jouets traînants, cuisine non rangée, le mari pas encore rentré du travail,
pour que la lettre sorte de son oubli.



Xavier …. Pourquoi maintenant? Linda se représenta son ami d’université, un garçon intelligent,
vif, bout en train, farceur. Cheveux bruns, yeux noirs et expressifs, peau blanche presque
laiteuse, un des meneurs de la petite bande d’étudiants qui s’était constituée, dont certains
membres issus d’un même lycée. Ce fut à cette époque qu’elle avait commencé à construire sa
relation avec Michel, un début plutôt houleux.


Il y aura peut-être un enterrement de vie de garçon ? Toute la petite bande réunie? Que sont-ils
devenus ? Linda , honteuse, se rendit compte qu’elle avait limité sa vie autour de sa famille
nouvelle, certes pleines de rebondissements, mais qu’elle aurait pu y mettre un peu de place
pour les autres, si elle l’avait voulu… « – j’aurai pu », songea-t-elle.
Avec l’accord de Xavier, elle envoya sa réponse, tout juste à la date butoir indiquée. Pendant
qu’elle inscrivait l’adresse sur l’enveloppe, Linda se rendit compte soudain que Xavier habitait à
trois heures de route de là, finalement dans la même région.
Quelques jours plus tard, Linda reçu un coup de fil , numéro inconnu, auquel elle répondit par
mégarde. Elle n’aimait pas les numéros inconnus. « – Bonjour. Vous êtes bien Linda?»
Une voix inconnue se présenta, « – Je suis Camille Fontaine, je vous appel pour le mariage de
Xavier, mon compagnon, je vous remercie pour votre présence à notre mariage civil, je voudrais
entre temps réunir plusieurs personnes et lui faire une petite surprise de mon côté sans non
plus en faire un enterrement de vie de garçon. »
La jeune femme, surprise, resta muette quelques secondes. Camille! Qu’elle avait considéré
comme un prénom féminin, mais cette voix ne peut être que masculine . Et … Xavier avec un
homme?
Ils échangèrent avec une gaieté polie et respectueuse, presque sincère. Lydia informa qu’elle
aura besoin de s’organiser pour ses deux enfants, Camille l’a rassura, il y aura de la place pour
eux deux. Ils seront tous les bienvenus.
La soirée était prévue quelques semaines avant le mariage, soit dans quelques mois.
Remise de sa surprise, Linda admis en elle-même que sa connaissance de Xavier s’était
arrêtée là où leur amitié avait cessé. Il s’était passé tant de choses entre-temps ! Linda, ressenti
l’affection qu’elle avait pour lui revenir soudainement , « Je suis si contente pour lui »
s’exclamait-elle auprès de son mari un peu plus tard. Xavier ! Heureux en couple! Tu le savais ,
toi qu’il était attiré par les hommes ?

  • Non, répondit Michel, d’un ton boudeur, presque bourru. Encore que maintenant …. Quand j’y
    pense …
    Ils firent part de leurs surprises et tombèrent d’accord : chacun fait ce qu’il veut.
    C’était un matin de week-end, ils espéraient encore quelques minutes de répit avant que leurs
    enfants ne se réveillent.
    Linda se leva enfin, soulagée par la confidence de Michel, un instant elle avait cru qu’il allait
    s’emporter, critiquer, remettre en question le choix de Xavier et révéler les limites de sa
    tolérance. Elle aurait été terriblement déçue.
    Mais il était ok avec elle et lui fit un sourire comme elle aimait tant le voir faire. Un sourire
    d’acteur charmeur qui la faisait craquer à chaque fois.
    Les jours passèrent, Camille appela Linda de temps en temps pour transmettre les indications à
    suivre. Tout était préparé et bouclé quinze jours avant. Cela devait durer le temps un
    week-end.
    Arriva leur jour de départ où le matin même, toute la famille monta dans la voiture, chargée
    comme s’ils partaient pour la semaine. La route s’aligna le long des voies rapides, sans
    surprise, entre petites villes, bourg et campagne. Animée tout de même par ces deux loustics
    de 5 et 7 ans qui n’arrêtèrent pas de se chamailler.
    Enfin, ils trouvèrent le rond point-repère-du-plan, ils tournèrent à plusieurs reprises dans les
    virages, s’engagèrent dans une route à l’écart de la ville, s’engouffrèrent dans une allée
    goudronnée sous une voûte d’arbres vieillissants. Tout juste eurent-ils le temps de se demander
    s’il n’entrait pas dans une de ses grandes demeures comme il pouvait y en avoir, mais
    finalement presque déçus, l’adresse indiquée les orientèrent dans un petit lotissement.Ils se
    garèrent, les portes claquèrent, cris d’enfants, cris des parents – ne courrez pas, restez sur le
    trottoir! Tenez-vous la main!
    « – Et bien, si ce n’est pas un manoir, cette maison ne paye pas de mine! »
    Mais il y avait des volets fermés; des rideaux étaient tirés.
    “- C’est curieux, s’inquiéta Michel, on s’est peut-être trompé d’adresse?”
    Les noms sur la boîte aux lettres démentirent.
    Linda sonna tout de même. Ils attendirent quelques longues minutes, la porte s’ouvrit, une
    silhouette toute en noir vêtue se dessina sur le pallier …
    Long silence …
    Tous les trois se regardèrent intrigués. Linda prit la parole : – excusez-moi, mais nous somme ici
    pour le week-end des retrouvailles organisées par Camille, nous venons de C…
    C’était une vieille dame qui leur répondit, son visage s’allongea sous l’effet de la surprise :
    « – Mais ! Personne ne vous a tenu au courant ? Vous n’avez reçu aucune lettre? Pas un coup
    de fil ? «
    Linda et Michel se regardèrent du coin de l’oeil.
    « – Je suis terriblement désolée, mais, mais, oh! Mon dieu! Comment vous le dire en pareille
    circonstance ! Et vos enfants, ils n’ont pas à entendre ça. Entrez quelques minutes, laissez les
    enfants profiter du jardin.”
    Ce qu’ils firent. A l’intérieur, dans une maison sans vie, même les meubles paraissaient comme
    figés, les pièces lugubres, le bonheur s’en était retiré.
    Les enfants assis sur la petite terrasse du jardin, jouaient entre eux, en toute sécurité, sous l’oeil
    vigilant des parents.
    La vieille dame se tordait les mains, les bras ramenés contre sa poitrine, n’invitant pas le couple
    à s’asseoir, ils restèrent tous debout.
    « – Xavier est décédé, annonça-t-elle, la gorge serrée, du bout des lèvres, il serait tombé, sur le
    rebord de la rive, à C. »
    « – Vous dites que cela s’est passé à C.? s’exclama Michel. Mais nous y habitons ! Comment
    se fait-il que nous n’en avions pas eu … »,
    Linda le coupa gênée par l’attitude de son mari. « – Il s’est passé quelque chose de terrible, j’en
    suis désolée. Veuillez accepter toutes nos condoléances Madame. »
    « – L’enterrement a eu lieu ce matin, il n’y a personne dans la maison, je m’occupe des affaires
    de mon neveu, Camille. Oh! Je suis si confuse ! Mon dieu! On a tous été tellement bouleversés!
    Il a fallu attendre en plus que l’autopsie soit terminée pour avoir enfin son enterrement. C’était si
    dur cette attente! »
    « – Pardon, une autopsie ? »
    « – Oui, mon dieu! il aurait reçu un coup derrière la tête, il aurait basculé dans le vide, mon dieu!
    Heureusement il n’a pas souffert! Mon dieu! Et nous avons demandé que son assassinat ne
    soit pas ébruité dans les journaux. Pas tout de suite.»
    « – Quelle horreur, murmura Linda bouleversée. »
    « – Nous n’allons pas vous déranger plus, intervient alors Michel, nous allons repartir. »
    Mais Linda ne se sentait pas le courage de refaire de la route.
    « – Peut-être auriez-vous un hôtel à nous recommander dans les environs ? ». Ce que proposa
    la vieille femme.
    Michel et Linda appelèrent les enfants, leur expliquant qu’il y avait un petit contretemps, qu’on
    allait dormir à l’hôtel, Michel partit de l’avant avec eux. Sur le palier de la maison, Linda soudain
    se retourna vers la vieille dame : « – Xavier, demanda-t-elle, où est-il enterré? »
    « – Au cimetière de la commune, vous le trouverez plus au nord. »
    « – Je vous remercie. Toutes mes condoléances, madame », ajouta la jeune femme en prenant
    les mains de la vieille dame.
    Sous le choc, Linda et Michel échangèrent à peine entre eux, le temps d’aller à l’hôtel,
    d’échanger avec la réception, de s’installer, de s’occuper des enfants. La jeune femme peinait à
    sourire aux enfants : demain matin elle ira sur la tombe de Xavier. Après tant d’années à s’être
    perdu de vue, quelles étranges retrouvailles … si tristement inattendues ….

Se taire, Linda n’avait jamais aimé cela. Moulin à paroles, pipelette renommée, mais sans
jamais en devenir verbiage. Elle recherchait les débats, les polémiques, sans jamais pour
autant pérorer et toujours avec cette surprenante capacité à passer du ton le plus sérieux au
langage rieur et à l’amusement. Si elle critiquait, c’était toujours dans une ironie respectueuse
aussi n’avait-on jamais l’impression d’une méchanceté de sa part. On aimait sa présence, on
redoutait ses colères.
Ses proches ne distinguaient que rarement en elle, sa réserve, sa retenue, son besoin de
pudeur. Converser était pour elle d’un tel libérateur après avoir retenu toutes ses émotions
pendant la journée, ou lors d’un événement particulier.
Entre Michel et Linda, l’une était plus adroite que l’autre à s’exprimer. Pauvre Michel ….
Presque taciturne dans sa façon d’échanger, voir palabre comme pour masquer un vide …
Linda, elle s’accordait aux mots des autres avec spontanéité et bienveillance.
Partir, Linda avait assez vu de ce qu’il y avait à voir au cimetière. En cette fin de matinée,
seule, l’absence du rire de ses enfants l’oppressait. Mais il était arrivé un peu comme un mort
sortant de sa tombe, silhouette silencieuse, inattendue dans ce désert vivant.
Affleurer entre les tombes, le temps y prendrait presque du plaisir; il s’étirait et restait suspendu
en une attente indéfini, prisonnier d’un muret de pierres, lisière irréelle entre les morts et les
vivants : celle-ci sert-elle seulement à quelque chose? Avec une seule entrée en guise de
sortie, les visiteurs s’y croisaient et se coudoyaient quasiment : difficile de faire comme si on ne
s’était pas vu. Linda l’aurait préféré pourtant, à l’approche de cette ombre croquemitaine.
L’ombre se matérialisa soudain avec l’apparition du soleil qui se mussait entre les nuages.
Linda reconnue alors l’insigne, le costume classique d’un homme des forces de l’ordre, le
policier traînait les jambes, nonchalant dans sa posture, visage lisse, neutre, au regard plein de
curiosité, perçant, en attente, lui aussi … Il semblait l’attendre comme un charognard attendrait
sa proie. Ils étaient seuls, à leurs guises. Même pas une âme errante.
Puis il se figea devant elle, presque au garde à vue. De l’autre côté du cimetière, dans la rue
déserte, il avait repéré Linda, elle même longue silhouette, face à cette tombe toute neuve,
désormais recouverte de terre, ornée de fleurs fraîches. Le policier ne la laissera pas repartir.
Linda se devra de lui répondre.
Et les présentations se firent, et la conversation s’engagea. Linda fut surprise par sa propre
économie des mots, presque coteuleuse , adoptant une attitude défiante envers quelqu’un qui
ne faisait que son travail :

  • Est-ce bien vous qui habitez à C.?
  • Oui
  • Vous êtes la seule, semble t-il , des amis de Xavier, à vivre encore dans la région.
  • Oui. Avec mon mari Michel.
  • Savez-vous que Xavier a été tué à C.?
  • Oui
  • Si au début, on avait cru à une mauvaise chute, on lui a trouvé ce coup sur sa nuque,
    fatale: quelqu’un l’a délibérément fait basculer. Vous n’avez aucune idée pourquoi il était
    présent en ce lieu précis?
  • Où ça ?
  • Juste en face de l’embarcadère, derrière le seul belvédère. Sous le pont. Les habitants
    savent bien que le lieu est mal fréquenté, pas sécurisant, mais peut-être lui-même
    l’ignorait-il…
    Linda confirma cette possibilité et ajouta :
    ”- A une époque c’était bien différent : nous pouvions facilement nous y retrouver, tout le long
    du halage. On aimait se retrouver là, notre bande ami commune , chaque vendredi soir.”
    Des images affluèrent, des souvenirs ricochèrent. Près du belvédère, sous le kiosque, un soir,
    Xavier s’était confié à elle, comme il ne l’avait jamais fait avant. Linda avait remis cela sur leur
    consommation d’alcool. Et puis Xavier lui avait demandé s’il se passait bien quelque chose
    entre elle et Michel. – “On verra bien où cela nous mènera », affirma Linda dans un sourire
    indécis. Xavier s’était alors levé, posant la main sur l’épaule de la jeune femme : “ – je suis
    contente pour toi, vous deux, mais soit prudente s’il te plait, je n’ai jamais réussit à le percer à
    jour, quelque chose me dérange chez lui, il ne semble jamais, complètement …. “- Honnête”,
    termina Linda, « – oui, je sais”, murmura -t-elle.
    Face au fonctionnaire de police, Linda balaya le souvenir. A quoi cela sert-il d’aller si loin dans
    son propre passé … Elle ne laissera personne le fouiller pour elle même/ à sa place..
    “ – Xavier est passé par là, au mauvais moment, au mauvais endroit, n’est-ce pas?”
    “ – Nous n’en savons rien encore à ce stade, peut-être s’y rendait-il juste comme cela, ou
    comme lieu de pèlerinage, juste avant son mariage. Y avait-il un rendez-vous? On ne sait pas
    encore. A t-il vu quelque chose qu’il ne fallait pas voir, un trafic, autre … ?
    On écarte le crime homophobe, chez lui, rien ne laissait paraître son orientation . D’ailleurs, son
    compagnon souhaite que les circonstances du décès de Xavier ne soient pas ébruitées dans la
    presse pour éviter toute récupération, pour l’instant il y a consensus, mais ça ne durera pas
    longtemps. Et votre mari, avait-il revu Xavier? Aviez-vous été prévenu de son passage à C.” …
    Donc, Xavier n’avait entrepris aucun contact auprès de vous ? Depuis …
    “ – Notre mariage, répondit Linda, il y a 11 ans, même si pendant quelques années il envoyait
    une carte pour noël ou me souhaitait mon anniversaire .”
    Elle n’ira pas plus loin en détail, à quoi cela aurait-il servi, sinon apporter des interrogations; les
    siennes, du moins.
    Mais elle comprit, au regard du policier, qu’elles reviendraient plus tard. Le coeur à nouveau
    oppressé, Linda quitta définitivement le cimetière, pour retrouver, enfin, sa propre famille.
    Coucher les enfants, défaire les valises, préparer les affaires pour demain, retrouver son propre
    lit. Jamais Michel n’avait autant apprécié retourner chez lui. Retrouver son environnement
    familier lui apportait une source joyeuse de réconfort et un délicieux sentiment de sécurité.
    Oublier un instant la tragédie qui avait frappée la famille de Xavier. “ cette tragédie, c’est la
    leur, pas la mienne, se répétait-il , quelques jours plus tard, au moment de trouver le sommeil.
    Une pensée qui devennait son mantra au fur et à mesure que les nuits se défilaient les unes
    après les autres. Ne pas se laisser submerger par des émotions qu’il réfutait, qu’il détestait.
    Continuer à vivre sa vie, comme si rien ne s’était passé.
    Consigne-Atelier 24/01/2021
    “C’est un jeu … donc vous allez essayer d’y répondre , de deviner de quel style il est question et
    ensuite grâce à cela vous allez tenter d’introduire des figures de style dans vos textes, ceux
    qui continuent sur la même histoire … et aussi ceux qui veulent écrire autre chose vont
    chercher à s’inspirer de ces figures de styles pour écrire .”
    Je vis cette faucheuse, elle était dans son champ. Elle allait à grands pas, moissonnant
    et fauchant.*
    Résonne une voix, résonne la mienne avec … Désormais je suis mort, et passe la faucheuse.
    Désormais, la mort me fuit, et passe la faucheuse. Désormais la mort avance, à grand pas, Elle
    était dans son champ, pas le mien, et passe la faucheuse. Suis-je morte ou est-il mort avec moi,
    elle était dans son champ avant qu’elle n’était dans mon champ. Suis-je la faucheuse, est-elle
    ma faucheuse ? Que se passe t-il ? Où je suis donc ? Où sont-ils tous ? Marwen, Fabrice,
    Sylvain, Ronan, Damien? Qu’est-ce que je fais là ? réveille-toi ? réveille-toi!
    Linda sursauta , le coeur battant, elle se redressa, regarda droit devant elle. Sur scène, le
    comédien ajoutait son dernier souffle aux vers de Victor Hugo. Quel était-il donc , ce texte ? le
    poème intitulé “Mors”… En quelques secondes, elle avait l’impression d’avoir rêvé toute une
    nuit, la tête posée contre l’épaule de son mari. Est-ce lui qui m’aurait reveillée? Linda le regarda
    , il souriait, les yeux légèrement entrouverts, comme en transe, elle le connaissait, là il se
    laissait en ce moment transporter par la voix du comédien, les paroles imagées, le texte
    puissant.
    Heureusement c’était le poème final, fin d’une mise en scène de plusieurs textes, connus et
    moins connus, lus à haute voix.
    Il serait temps de rentrer, Linda frissonna ; il serait temps de rentrer, Michel s’endormait lui aussi
    ; il serait temps de rentrer, les applaudissements jaillirent des sièges.
    Le couple se lèva , se faufila, Michel passant le bras à Linda, comme pour se soutenir,
    s’extrayant d’une masse compacte, ils retrouvèrent l’air libre. Silencieux, ils regagnèrent la
    voiture. Soudain, Michel éclata de rire. “- Il était temps que ça finisse ! Tu as dormi toute une
    partie de la soirée. “
    “- Oh tu exagères, par intermittence, mais la voix du comédien me berçait ! “
    “- Humm, la prochaine fois on ira écouter un concert de Rock , je t’offre le billet ! “ La prochaine
    fois reviendrait à attendre les prochaines vacances, et l’envoi des enfants chez leurs
    grands-parents. Ils s’étaient décidés à sortir enfin, après quelques jours de repos, suivis d’une
    journée inquiétante, pendant laquelle on avait interrogé Michel puis Linda, puis les deux.
    Comme des suspects, sans pour autant être coupables. Ils faisaient leur travail , c’est tout, se
    justifiait-on. Mais quand même … Linda en avait eu les larmes aux yeux. Et puis vinrent les
    coups de fil. Ronan, Damien, Sylvain, Marwen, Fabrice, organisèrent, tous ensemble, une visio
    à distance par skype. Le besoin d’échanger, de partager leurs chagrins, leurs étonnements,
    leurs inquiétudes. Tous avaient aussi été contactés dans le cadre de l’enquête. Que fallait-il
    faire désormais?
    Consigne du 30/01/2021
    Consigne : -1) Faire une liste de 25 mots (ceux qui viennent par la tête) ceux qui
    poursuivent l’écriture d’un texte peuvent chercher des mots qui correspondent à ce qui est déjà
    écrit.
    2 Ecrire un texte dans lequel on va introduire tous les mots (les 25) et les mots
    de liaisons qui suiventVous allez voir par vous même si vous prenez tous les mots de liaisons ..
    ( dans l’ordre si possible car c’est plus drôle normalement ! )
    Ma Liste de mots : Apprendre , Autoréflexion , surpasser, Liaison , Trou, Insulte, Dehors,
    Oiseau , Sentiment, Fraicheur, Solidité , Boire , Rampe, Cuisiner, Enseigner , Croire , Bougie,
    Monter , Provoquer, Frissonner , La main , lourdeur , partir , danser, rire
    Liste des mots de liaison : quelquefois, bientôt, aussitôt, alors, après, ensuite, enfin, d’abord,
    tout à coup, premièrement, soudain, aujourd’hui, demain, hier, avant, cependant, déjà, depuis,
    désormais, enfin, jadis, jamais, maintenant, puis, quand, souvent, toujours, tard, tôt, tout à coup,
    tout de suite, ici, ailleurs, autour, dedans, dehors, derrière, dessous, devant, là, loin, ainsi,
    assez, aussi, autant, beaucoup, encore, environ, guère, peu, tout, un peu, pourtant, toutefois,
    cependant, en effet, puis, c’est pourquoi, par ailleurs, par conséquent, assurément,
    certainement, certes peut-être, sans doute, volontiers, vraiment,… .
    Apprendra t -on seulement un jour ce qui est arrivé à Xavier ? Pas d’indices, pas de caméra de
    surveillance, pas de témoins, ou restent-ils parfaitement muet?
    Quelquefois on pense avoir trouvé la fameuse aiguille dans sa motte de foins, et puis en fait
    c’est juste une pauvre brindille qui part en fumée; et le temps lui s’échappe.
    Dans une pièce aveugle, éclairée aux néons, deux collègues reprenaient leurs comptes-rendus
    d’investigation, chaque enregistrement d’interrogatoire, un à un. Travail pointilleux et répétitif : à
    ce stade aucun exercice d’hypothèses n’est possible. Morgan sentait qu’il glissait lentement
    vers une autoréflexion n égative et contre productive. “ – C’’est un coup à s’y perdre soi même !
    reste donc concentré ! “ , s’auto-ordonne t-il presque en colère. Il luttait désespérément contre
    l’envie de somnoler, bercé par le froissement des feuilles et le silence de la petite pièce. Point
    de musique à proposer, lui et son collègue ont des goûts trop opposés pour y trouver un style
    commun. Il lui restait à développer sa réflexion systémique, déployer les ramifications entre les
    différents éléments existants … Bientôt il n’y aura plus rien à trouver. Et l’enquête patinait,
    même pas une once d’adrénaline .
    S urpasser une lassitude qui s’installe …. On bailla à s’en décrocher la mâchoire. Aussitôt des
    tasses de café atterrirent sur leur table.
    Si pas d’indices, il faudra de nouveau se rapprocher des personnes,…. Établir leurs profils
    psychologiques. Quand un assassinat se déroule la nuit, sauf soirée festive, sauf travail de
    nuit, sauf-toute-autre-exception, souvent, au moment même, dans l’entourage du mort, les gens
    prétendent dormir, chez eux ou ailleurs, ce qui devient plus difficilement vérifiable.
    Quand une personne meurt de loin ou proche de soi, de maladie, d’un accident, des suites d’un
    accident, au moins on peut raconter la fin de sa vie, quelque soit la tragédie, quelque soit les
    émotions … tandis qu’un assassinat, sans explication, laisse un vide considérable dans cette
    absence de compréhension. Les émotions sont tout autant bousculées, dans une violence
    double peut-être. Les survivants se retranchent alors dans le silence, d’autres délient leurs
    paroles, s’impliquent.
    Quelque chose clochait. Désagréable sentiment …. l’assassinat de Xavier touchait la famille
    directement mais ne semblait bousculer grand monde. Hors quelqu’un s’était bien senti en
    danger pour avoir supprimé cet homme! Le drame restait désespérément à portée de main.
    Les journaux s’en emparèrent , criant au scandale, à la honte, la petite ville devient le centre du
    monde, les habitants se réveillèrent en quelques jours dans une gueule de bois amère. Des
    langues se délient, mais il fallait y faire le tri, du boulot pour pas grand chose en résultat. En
    grattant un peu, en remuant tout ce qui pourrait être remué, il y eu tout d’un coup, soupçon
    d’une vieille liaison ayant refait surface, d’un vieil amour réveillé,
    Alors, on réintérogea les membres de cette ancienne bande d’amis, où tout redevient
    exacerbé, émotions, comportements, attitudes, comme si on se débarassait d’une adolescence
    trop vite étouffée, ennuyeuse à mourir, changement tardive de peau , lente métamorphose.
    Leurs relations s’étaient arrêtées là où l’on s’était quitté.
    L’occasion de secouer un peu tout ça. Les deux collègues sentaient l’excitation se réveiller,
    enfin !
    Linda et Michel … On les interrogeait du regard, à la boulangerie on les questionnait, “ dis! Toi
    tu l’avais connu xavier !
    “- dis, c’est pas toi qui trainait avec la petite bande d’étudiant à cette époque, ?”
    “- On se souvient de vous! On vous remarquait bien avec vos fréquentations un peu douteuses,
    vous aviez tous un style très théâtralisé, forcément on vous remarquait, y avait juste la petite
    sylvie, qui se noyait dans la masse, qui semblait se faire toute petite, elle est devenue quoi au
    fait ? Y’ a que toi et Linda qui êtes restés chez nous dites ! Il faut dire, y a pas beaucoup de
    boulot par ici … même la Havard a fermé. “
    La Havard, c’était la boite de nuit du coin, qui rassemblait tous les jeunes alentours, pas que les
    jeunes d’ailleurs, où l’on prenait la première cuite hors de la présence parentale ; où les
    couples se faisaient et défaisaien t; où les comportements s’exacerbaient, multipliant les prises
    de risques . Elle n’a pas échappée à la violence, cette boite de nuit, elle n’a pas échappé au
    monde ambiguë de la nuit,
    A Xavier, dans sa jeunesse à peine sortie de l’adolescence, on lui avait reproché bien des
    bagarres,
    “ – Ça lui avait valu d’être mis au trou même , pas longtemps, juste pour lui donner une bonne
    leçon. Après, ça l’avait calmé, à ce qu’il parait.”
    Faut dire, qu’il avait été banni de la Havard … il avait proliféré des insultes envers serveurs et
    serveuses, on aurait dit qu’il en voulait à la terre entière.
    Ensuite il avait quitté le domicile familial pour les études, revenant le week-end, c’était plus le
    même … puis il avait quitté la ville, il avait fait sa vie ailleurs. Comme beaucoup de jeunes d’ici.
    Les langues se délièrent, les souvenirs aussi, les rires souvent, les bons et mauvais souvenirs.
    Dehors, le vent semblait s’extirper des embruns de la mer, comme s’il était le souffle même de
    l’océan. …On l’attendait avec crainte. Enfin elle arriva … Elle avait l’odeur du sel. Glaciale,
    elle hurlait, méprisant le chant des oiseaux.
    D’abord elle vint dans une danse timide, mais personne ne s’y trompait, la tempête s’abattit sur
    la ville et tout fut ramassé. La marche blanche en souvenir de Xavier fut écourtée et les gens
    rentrèrent chez eux.

Dans le silence de l’appartement, j’entends soudain une porte s’ouvrir, celle au fond
du couloir, elle grince … c’est celle d’Enzo . il émerge enfin, s’extirpant de sa
tanière, il traîne des pieds le long du couloir, puis s’immobilise dans l’entrée du
salon, me voit …Il se ramène, mains dans les poches, ne sachant que faire de son
corps trop grand pour lui, il me sourit !

  • Bonjour Sandrine,
  • Bonjour Enzo ! … Bien dormi?
    Je terminais mon déjeuner, seule, sans Mathieu, parti chercher sa fille de 16 ans à
    l’autre bout de la ville.
  • Veux-tu un peu de dessert ?, je demande,
    Enzo a la tête d’un garçon sorti tout juste de son lit, les yeux bouffis par le manque
    de sommeil. Il flotte autour de lui une légère odeur de tabac froid, d’alcool, de fête
    passée. Il ne semble pas s’en rendre compte.
    Il a eu 17 ans cette année, on lui laisse son premier week-end de vacances libre,
    tant qu’il rentre.
  • Pas faim, me répond t-il, besoin d’un café .
    Il hésite, fait demi-tour, puis revient sur ses pas :
  • tu restes avec nous toute la semaine ?
    Je confirme mi-sourire, mi-inquiète.
    C’est la deuxième fois que Mathieu, mon compagnon, m’invite chez lui, pour des
    vacances, je m’entends plutôt bien avec ses enfants, qui restent ici huit jours. Leur
    mère est partie en vacances. Elle reviendra dans quinze jours.
  • Ah! Cool, papa m’a dit que je pouvais te demander un peu d’aide en dissertation.
    Faut que je pense à te demander , faut que je fasse ça ce week-end, sinon après
    j’aurai moins le temps.
  • Bien sûr, ce serait sur quoi ? Dis moi tout !
  • heu . Ben , c’est un sujet libre, forme libre, à partir d’un poème, heu.. ah ben je ne
    sais plus l’auteur, un anglais du XXÈME siècle je crois, le titre… attends .. le titre …
    un truc comme « if » je crois bien. “Si” en français, peut-être
    Bon ce n’est pas gagné ..
  • hum, tu pourras me montrer ça après un bon doliprane, un café, je lui propose.
    Il sourit reconnaissant. C’est déjà bien qu’il y ai pensé à ce poème ! Avec une
    gueule de bois d’un lendemain de soirée. Ce garçon a de l’avenir ! Enzo s’en va
    dans la cuisine, traitant des pieds, mains dans les poches. la cafetière se met en
    route, bruits d’objets qui s’entrechoquent,.
    L’appartement reprend vie. Je me sens moins seule soudainement.
    Enzo revient me voir plus tard dans l’après-midi. Sa soeur est rentrée. Mathieu
    s’active à sauver ses plantes du balcon, moi je referme enfin ce dossier administratif
    qu’il me fallait boucler dans les temps.
    Enzo s’assoit à côté de moi, douché et même parfumé, légèrement plus éveillé qu’à
    midi. Il ne cesse de plisser des yeux, gêné encore par la luminosité de la pièce,
    éclairée par un soleil d’Avril.
    Le jeune homme me tend une feuille, une photocopie. J’y jette un coup d’oeil, le
    fameux poème. Ah ! Kipling !
  • lis le moi à haute voix. En prenant ton temps, je précise
    Il se racle la gorge, – J’suis obligé de le lire ?
  • Pas obligé bien entendu, mais ce serait bien, un poème, ça s’entend différemment
    quand on le lit tout haut ,
    Enzo regarde autour de lui, vérifiant l’absence de sa soeur, elle est bien dans sa
    chambre. J’ai envie de lui dire qu’il n’y a pas de honte à lire un poème.
    Puis il commence, en butant presque à chaque fin de phrase, en prenant de
    l’assurance, en terminant , avec une voix théâtrale « tu sera un homme mon fils ! »
  • Super! C’était génial de t’écouter ! Bon , comment trouves-tu ce poème, qu’est-ce
    que tu en dis?
  • Je sais pas trop …
  • Qu’est-ce que tu ressens ?
  • Je sais pas trop …
  • Attends, je finis par dire,
    Je me lève,interpelle son père, je l’invite à lire le poème, pour Enzo,
    Et Mathieu s’y prête. Sa voix grave me fait toujours autant le même effet qu’à notre
    première rencontre.
  • Alors, Enzo, qu’est-ce que tu as envie de dire maintenant ?
  • Ben .. je sais pas, y a des valeurs de vie, peut-être?
  • énumère quelques unes de ces valeurs,
  • oh ben …
    Enzo en donne une ou deux et on reprend. Mathieu se joint à nous, tout sourire. Son
    souffle presque dans ma nuque, son corps tout proche, j’ai envie de l’embrasser, de
    me couler dans ses bras. Plus tard…
    On analyse ensemble le poème, j’essaie d’amener Enzo à s’y intéresser. Je le sens
    qui comprend, qui s’éveille.
    Se glissent dans le salon, comme une complicité bienveillante, une atmosphère
    paisible et de connivence. C’est la première fois que je le ressens ainsi.
    Je regarde ce fils qui n’est pas le mien, qui ressemble tant à sa mère. Je regarde
    mon ami stylo en main, décortiquant le texte avec son fils. Ça brille dans leurs
    regards, je les sens heureux ensemble.
  • Tu as tout compris ! s’exclame Mathieu fièrement, maintenant, tu pourrais le relire,
    tu devrais le comprendre autrement désormais, avec ses subtilités.
    Et Enzo, sans se faire prier, nous lit le texte.
    Au dernier vers, soudain, des applaudissements. … Emilie ! Nous ne l’avions même
    pas entendu venir.
  • ça alors! s’exclame-t-elle, mon frère qui lit un poème ! C’est bien une première !
  • Oh , hé ça va hein , rétorque Enzo,
    Et Mathieu tente de couper court à leurs échanges,
    Emilie est dans ses mauvais jours, ça se lit à livre ouvert sur son visage.
  • Enzo, demande-t-il, as-tu envie d’ajouter autre chose, un autre point de vue ?
  • Et bien moi il me dérange ce poème, s’exclame Emilie,
    Sans attendre notre avis, elle enchaîne:
  • Parce qu’ il s’apparente à une vision de la virilité. Avez-vous remarquez qu’on ne
    dit jamais « tu sera une femme ma fille ! » Si certains passages appellent à la liberté
    à la tolérance à l’humilité, Il y a quand même un ressort appelant à une certaine
    virilité non ?
    « perdre en un seul coup le gain de cent parties
    Sans un geste et sans un soupir »
    Excusez-moi, mais on a le droit de souffrir , on a le droit de ressentir la déception, le
    doute, la peur, la souffrance , d’exprimer toutes ces émotions si l’on veut !
    Par contre, l’effort à faire, vient de la prise de recul entre nous, nos émotions, et la
    manière dont on les transmets, dont on les exprime, parfois violente, parfois
    bienveillante, sans avoir à blesser bêtement quelqu’un , et bien souvent on blesse
    quelqu’un à travers nos colères plutôt que de simplement poser nos émotions.
    On peut être amant et fou d’amour, tout dépend comment on vit cette émotion,
    pourquoi la rétreindre juste par peur de notre façon de vivre nos émotions?
    On peut avoir besoin de ses amis, ils peuvent être tout pour nous, sans pour autant
    être dans une dépendance affective destructrice, tout dépend comment on vit notre
    douleur, comment on accepte de grandir face aux déceptions.!.
    Et tu seras un homme mon fils ! Ah oui il est beau le poème ! Ira t-on dire pour
    autant tu sera une femme ma fille ! Est-ce que cette expression existe ? Si on devait
    aller jusqu’au bout de l’esprit des valeurs voulues par ce poème, pourquoi appeler à
    cet appel, tu seras un homme mon fils ! Quelle virilité masculine malgré tout ! Fichue
    virilité ! Tu parles d’un poème sur la liberté d’être soi et bien moi je la trouve plutôt
    castratrice cette ode à la liberté virile ! Mais bon, c’est déjà mieux que la virilité
    machiste vous me direz …
    Ça me laisse sans voix, ça laisse sans voix le frère et le père.
    Emilie a presque les larmes aux yeux, plein de rages,
  • Oh, ben ça casse tout là, murmure Enzo, presque déçu.
  • Mais ce serait intéressant que tu prennes en compte son avis, je lui glisse en
    suggestion.
    Lorsque nous relevons la tête, Emilie, tourne les talons, claque la porte derrière elle,
    s’enferme dans sa chambre.
  • Elle a dû se faire plaquer par son petit ami, informe Enzo,
  • Parce qu’elle a un petit ami ? s’exclame Mathieu,
  • Ah oui, depuis quelques mois.
    Je sens mon compagnon presque déçu, lui qui fait tout pour créer des liens le plus
    juste possible, entre éducation, pose de limites, écoutes bienveillantes. Pas simple ..
    .
  • Peut-être puis-je essayer de parler avec elle ?
    J’hésite, m’acceptera-t-elle ? Mathieu m’invite à le faire. Je crains à chaque fois, ma
    position dans leur famille décomposée, le rejet du frère ou de la soeur… Surtout ne
    rien laisser paraître de mes doutes, les ados en profiteraient pour tester nos limites.
    Comment se faire accepter , sans maladresses, sans envahir?
    Le père et le fils reprennent leur conversation.
  • je ne sais toujours pas sous quelle forme écrire cette dissertation, se plaint Enzo,
  • Part de ce que tu as envie de dire, ça doit venir de toi, lui conseille Mathieu, tu
    m’as dis plein de choses intéressantes… et . Heu, Émilie aussi d’ailleurs. Penses
    aux figures de styles qui permettent de créer ces émotions ressenties …
    Je me lève, m’en vais , le couloir est resté dans la pénombre, je passe d’abord à la
    cuisine, puis je frappe à la chambre d’Emilie.
  • j’ai un plateau avec deux chocolats chauds et des madeleines, je peux rentrer?
    J’entends des pleurs étouffés, qui s’estompent, Emilie ouvre ma porte, le visage
    défait.
    Elle m’invite enfin dans sa chambre de jeune femme en devenir où elle m’ouvre son
    coeur pour la première fois. Paroles, confidences, moment de complicité nouvelle.
    Je l’invite si elle le souhaite à parler à son père. Mais je sais que ce n’est pas si
    simple. Tu seras femme jeune fille. n’est pas peur, ai-je envie de lui dire, de la
    rassurer, de l’encourager, de la protéger.

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