Tu l’épouses de ANNE COTTEREAU

« – Tu l’épouses parce qu’il faut faire comme tous tes potes? Tu l’as gagnée? C’est ton trophée? « 
« – Mais non ! »
« – Alors pourquoi tu viens de me dire ce que tu viens de me dire ? »
Ce que je viens de dire, mais qu’est-ce que je viens de dire déjà ? j’avoue que cela m’a échappé tout seul, comme un gamin de trois ans incapable de mentir.
Et je n’ai même pas assez bu pour y trouver une excuse bidon.
Je tente de feindre l’ignorance.
« – mais j’ai dit quoi ? Tu as compris quoi ? »
De la fenêtre de ma chambre, j’aperçois les demoiselles d’honneurs mimer leur rôle à grands éclats de rire, sur le parvis de la maison.  
Xavier les regardent comme des glaces à la vanille qu’on aurait envie de lécher.
Moi aussi, sous cape cependant.
« – Alors, on oublie cette discussion, on s’est mal compris, tu as mal entendu ma remarque, mon soupir, avec le boucan qu’il y a dehors ! »
Il me regarde désormais avec suspicion.
Je ferme les yeux, oubliant ce moment gênant, me projette dans le futur, à quelques heures à peine, sur le pavé de l’église, regardant ma fiancée, que j’ai gagnée à force de séduction et d’un an de vie commune. Ah! Mes potes étaient verts de jalousie. On l’avait tant désirée, tous, à un moment donné, parfois  en même temps : dans cette compétition , c’est moi qui vient de gagner.

« – Tu l’épouses parce qu’il faut faire comme tous tes potes? Tu l’as gagnée ? C’est ton
trophée? »
« Mais non ! »
« – Alors pourquoi tu viens de me dire ce que tu viens de me dire ? »
Ce que je viens de dire, mais qu’est-ce que je viens de dire déjà ? j’avoue que cela m’a
échappé tout seul, comme un gamin de 3 ans incapable de mentir.
Et je n’ai même pas assez bu pour y trouver une excuse bidon.
Je tente de feindre l’ignorance,
« – mais j’ai dit quoi ? Tu as compris quoi ? »
De la fenêtre de ma chambre, j’aperçois les demoiselles d’honneurs mimer leur rôle à grands
éclats de rire, sur le parvis de la maison.
Xavier les regardent comme des glaces à la fraise qu’on aurait envie de lécher.
Moi aussi, sous cape cependant.
« – Alors, on oublie cette discussion, on s’est mal compris, tu as mal entendu ma remarque,
mon soupir, avec le boucan qu’il y a dehors ! »
Il me regarde désormais avec suspicion.
Je ferme les yeux, oubliant ce moment gênant, me projette dans le futur, à quelques heures à
peine, sur le pavé de l’église, regardant ma fiancée, que j’ai gagnée à force de séduction et d’un
an de vie commune. Ah! Mes potes en étaient verts de jalousie. On l’avait tant désirée, tous, à
un moment donné où un autre, parfois ou sente même en même temps et dans cette
compétition , c’est moi qui vient de gagner.
« – Tu vas perdre à ce jeu là, mon petit Michel. » , la voix de mon père résonne à nouveau dans
mes oreilles. Ça fait longtemps que je ne l’avais pas entendue, sa colère bouillante et noirâtre
me revient en pleine figure.
S’il te plait, pas aujourd’hui ! Laisse moi ….
Les heures virevoltèrent dans un écrin de rires et de joies sincères. Xavier n’apparu parmi les
invités que par intermittences, lui qui avait de la prestance, cherchait l’attention des autres,
animait spontanément une soirée.
Tout accaparé qu’il était, Michel oublia l’attitude de Xavier ou bien tout simplement ignora t-il cet
évènement comme il savait si bien le faire quand quelque chose ne lui plaisait pas. Il porta toute
son attention envers les invités, sa famille, sa future belle-famille, un petit mot de sympathie par
là, une conversation bienveillante par çi. C’était si facile, cela lui plaisait, il savait comment se
faire apprécier. On le trouva radieux et en fin de matinée fit sensation dans sa tenue de futur
marié. Linda aussi à son tour fit sensation dans sa robe de mariée. Ils s’épousèrent dans le
faste somptueux qu’ils avaient imaginé pour leurs familles respectives.
Depuis le mariage, chaque année à la Noël, Xavier envoyait une carte postale au jeune couple.
Chaque année, le 10 Mai, il envoyait un sms à Linda pour lui souhaiter son anniversaire;
sms qui demandait de ses nouvelles, comme pour vérifier qu’elle allait bien. A Michel pas un
message, pas un appel, pas une visite. Et puis l’envoi de cartes postales cessa, les souhaits
d’anniversaires également. De temps en temps, Lydia interrogeait Michel : « -Mais qu’est-ce qui
s’est passé pour qu’il ait disparu de notre vie comme ça? » , Michel haussa les épaules,
boudeur, « – Tu sais, les amitiés vont et viennent pour certains … » Tout occupés qu’ils étaient
avec la naissance de leur premier enfant, puis du deuxième, ils oublièrent comme ils savaient
tous les deux si bien le faire quand quelque chose ne leur plaisait pas.
Et les années passèrent et les enfants grandirent et la vie continua. Plus jamais ils
n’entendirent parler de Xavier.
Un jour …
Une toute petite enveloppe, dans leur boîte aux lettres, attirant l’oeil : elle était charmante,
décorée d’arabesques. Au dos, rubrique expéditeur, Michel et Linda purent lire “ Xavier Menon
et Camille Loiret” , une petite étiquette dorée informait “ invitation mariage”.
L’enveloppe resta un moment sur le guéridon d’entrée, non ouverte, invisible…
Jusqu’au souvenir remémoré de Linda, surprise de la retrouver là, un soir où le soleil tardait à
se coucher, les enfants aussi. Il aurait fallu une journée de pagaille, jouets traînants, cuisine non
rangée, mari pas encore rentré du travail, pour que la lettre sorte de son oubli.
Xavier …. Pourquoi maintenant? Linda se représenta son ami d’université, un garçon intelligent,
vif, bout en train, farceur. Cheveux bruns, yeux noirs et expressifs, peau blanche presque
laiteuse, un des meneurs de la petite bande d’étudiants qui s’était constituée, dont certains
membres issus d’un même lycée. Ce fut à cette époque qu’elle avait commencé à construire sa
relation avec Michel, un début plutôt houleux.
Il y aura peut-être un enterrement de vie de garçon ? Toute la petite bande réunie? Que sont-ils
devenus ? Linda , honteuse, se rendit compte qu’elle avait limité sa vie autour de sa famille
nouvelle, certes pleines de rebondissements, mais qu’elle aurait pu y mettre un peu de place
pour les autres, si elle l’avait voulu… « – j’aurai pu », songea-t-elle.
Avec l’accord de Xavier, elle envoya sa réponse, tout juste à la date butoir indiquée. Pendant
qu’elle inscrivait l’adresse sur l’enveloppe, Linda se rendit compte soudain que Xavier habitait à
trois heures de route de là, finalement dans la même région.
Quelques jours plus tard, Linda reçu un coup de fil , numéro inconnu, auquel elle répondit par
mégarde. Elle n’aimait pas les numéros inconnus. « – Bonjour. Vous êtes bien Linda?»
Une voix inconnue se présenta, « – Je suis Camille Fontaine, je vous appel pour le mariage de
Xavier, mon compagnon, je vous remercie pour votre présence à notre mariage civil, je voudrais
entre temps réunir plusieurs personnes et lui faire une petite surprise de mon côté sans non
plus en faire un enterrement de vie de garçon. »
La jeune femme, surprise, resta muette quelques secondes. Camille! Qu’elle avait considéré
comme un prénom féminin, mais cette voix ne peut être que masculine . Et … Xavier avec un
homme?
Ils échangèrent avec une gaieté polie et respectueuse, presque sincère. Lydia informa qu’elle
aura besoin de s’organiser pour ses deux enfants, Camille l’a rassura, il y aura de la place pour
eux deux. Ils seront tous les bienvenus.
La soirée était prévue quelques semaines avant le mariage, soit dans quelques mois.
Remise de sa surprise, Linda admis en elle-même que sa connaissance de Xavier s’était
arrêtée là où leur amitié avait cessé. Il s’était passé tant de choses entre-temps ! Linda, ressenti
l’affection qu’elle avait pour lui revenir soudainement , « Je suis si contente pour lui »
s’exclamait-elle auprès de son mari un peu plus tard. Xavier ! Heureux en couple! Tu le savais ,
toi qu’il était attiré par les hommes ?

  • Non, répondit Michel, d’un ton boudeur, presque bourru. Encore que maintenant …. Quand j’y
    pense …
    Ils firent part de leurs surprises et tombèrent d’accord : chacun fait ce qu’il veut.
    C’était un matin de week-end, ils espéraient encore quelques minutes de répit avant que leurs
    enfants ne se réveillent.
    Linda se leva enfin, soulagée par la confidence de Michel, un instant elle avait cru qu’il allait
    s’emporter, critiquer, remettre en question le choix de Xavier et révéler les limites de sa
    tolérance. Elle aurait été terriblement déçue.
    Mais il était ok avec elle et lui fit un sourire comme elle aimait tant le voir faire. Un sourire
    d’acteur charmeur qui la faisait craquer à chaque fois.
    Les jours passèrent, Camille appela Linda de temps en temps pour transmettre les indications à
    suivre. Tout était préparé et bouclé quinze jours avant. Cela devait durer le temps un
    week-end.
    Arriva leur jour de départ où le matin même, toute la famille monta dans la voiture, chargée
    comme s’ils partaient pour la semaine. La route s’aligna le long des voies rapides, sans
    surprise, entre petites villes, bourg et campagne. Animée tout de même par ces deux loustics
    de 5 et 7 ans qui n’arrêtèrent pas de se chamailler.
    Enfin, ils trouvèrent le rond point-repère-du-plan, ils tournèrent à plusieurs reprises dans les
    virages, s’engagèrent dans une route à l’écart de la ville, s’engouffrèrent dans une allée
    goudronnée sous une voûte d’arbres vieillissants. Tout juste eurent-ils le temps de se demander
    s’il n’entrait pas dans une de ses grandes demeures comme il pouvait y en avoir, mais
    finalement presque déçus, l’adresse indiquée les orientèrent dans un petit lotissement.Ils se
    garèrent, les portes claquèrent, cris d’enfants, cris des parents – ne courrez pas, restez sur le
    trottoir! Tenez-vous la main!
    « – Et bien, si ce n’est pas un manoir, cette maison ne paye pas de mine! »
    Mais il y avait des volets fermés; des rideaux étaient tirés.
    “- C’est curieux, s’inquiéta Michel, on s’est peut-être trompé d’adresse?”
    Les noms sur la boîte aux lettres démentirent.
    Linda sonna tout de même. Ils attendirent quelques longues minutes, la porte s’ouvrit, une
    silhouette toute en noir vêtue se dessina sur le pallier …
    Long silence …
    Tous les trois se regardèrent intrigués. Linda prit la parole : – excusez-moi, mais nous somme ici
    pour le week-end des retrouvailles organisées par Camille, nous venons de C…
    C’était une vieille dame qui leur répondit, son visage s’allongea sous l’effet de la surprise :
    « – Mais ! Personne ne vous a tenu au courant ? Vous n’avez reçu aucune lettre? Pas un coup
    de fil ? «
    Linda et Michel se regardèrent du coin de l’oeil.
    « – Je suis terriblement désolée, mais, mais, oh! Mon dieu! Comment vous le dire en pareille
    circonstance ! Et vos enfants, ils n’ont pas à entendre ça. Entrez quelques minutes, laissez les
    enfants profiter du jardin.”
    Ce qu’ils firent. A l’intérieur, dans une maison sans vie, même les meubles paraissaient comme
    figés, les pièces lugubres, le bonheur s’en était retiré.
    Les enfants assis sur la petite terrasse du jardin, jouaient entre eux, en toute sécurité, sous l’oeil
    vigilant des parents.
    La vieille dame se tordait les mains, les bras ramenés contre sa poitrine, n’invitant pas le couple
    à s’asseoir, ils restèrent tous debout.
    « – Xavier est décédé, annonça-t-elle, la gorge serrée, du bout des lèvres, il serait tombé, sur le
    rebord de la rive, à C. »
    « – Vous dites que cela s’est passé à C.? s’exclama Michel. Mais nous y habitons ! Comment
    se fait-il que nous n’en avions pas eu … »,
    Linda le coupa gênée par l’attitude de son mari. « – Il s’est passé quelque chose de terrible, j’en
    suis désolée. Veuillez accepter toutes nos condoléances Madame. »
    « – L’enterrement a eu lieu ce matin, il n’y a personne dans la maison, je m’occupe des affaires
    de mon neveu, Camille. Oh! Je suis si confuse ! Mon dieu! On a tous été tellement bouleversés!
    Il a fallu attendre en plus que l’autopsie soit terminée pour avoir enfin son enterrement. C’était si
    dur cette attente! »
    « – Pardon, une autopsie ? »
    « – Oui, mon dieu! il aurait reçu un coup derrière la tête, il aurait basculé dans le vide, mon dieu!
    Heureusement il n’a pas souffert! Mon dieu! Et nous avons demandé que son assassinat ne
    soit pas ébruité dans les journaux. Pas tout de suite.»
    « – Quelle horreur, murmura Linda bouleversée. »
    « – Nous n’allons pas vous déranger plus, intervient alors Michel, nous allons repartir. »
    Mais Linda ne se sentait pas le courage de refaire de la route.
    « – Peut-être auriez-vous un hôtel à nous recommander dans les environs ? ». Ce que proposa
    la vieille femme.
    Michel et Linda appelèrent les enfants, leur expliquant qu’il y avait un petit contretemps, qu’on
    allait dormir à l’hôtel, Michel partit de l’avant avec eux. Sur le palier de la maison, Linda soudain
    se retourna vers la vieille dame : « – Xavier, demanda-t-elle, où est-il enterré? »
    « – Au cimetière de la commune, vous le trouverez plus au nord. »
    « – Je vous remercie. Toutes mes condoléances, madame », ajouta la jeune femme en prenant
    les mains de la vieille dame.
    Sous le choc, Linda et Michel échangèrent à peine entre eux, le temps d’aller à l’hôtel,
    d’échanger avec la réception, de s’installer, de s’occuper des enfants. La jeune femme peinait à
    sourire aux enfants : demain matin elle ira sur la tombe de Xavier. Après tant d’années à s’être
    perdu de vue, quelles étranges retrouvailles … si tristement inattendues ….

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