Sur la tranche. de Yves Thomazo

Sur la tranche.

Dans la vie, le petit Philibert, se comparait à une pièce de monnaie.

-Tu en as de la chance ! Riaient et se moquaient tous ceux qui voulaient bien l’écouter.

– Mais à une pièce de monnaie qui roule toujours sur la tranche, ajoutait-il.

On lui avait donné la vie, à Philibert, et il n’avait même pas dit merci. Pas plus d’ailleurs qu’il n’avait pensé à faire de reproches à qui que ce soit. En fait, il ne devait rien à personne. Philibert avait seulement participé au concours de spermatozoïdes organisé par son père et sa mère un soir de liesse. Ils avaient été des millions à se présenter dans l’ivresse générale, sur la ligne de départ de la course. La fièvre de la fête était bien vite retombée et neuf mois après, c’est Philibert qui est apparu en vainqueur. Un bien triste vainqueur. Seules les larmes de sa mère étaient là pour arroser le petit corps fumant du bébé et couvrir les premiers cris de détresse du nouveau-né. De son côté, le méritant géniteur, lui, pas si téméraire que cela en réalité, n’avait pas attendu neuf mois pour mesurer que la situation ne lui offrait déjà plus rien à gagner. Et Philibert qui a maintenant les yeux bien ouverts ne comprend pas vraiment pourquoi il est là. Surtout lorsqu’il regarde autour de lui. Il y voit beaucoup de rancœurs et bien peu de sourires.

Donc, il courre toujours sur la tranche depuis maintenant dix ans! Après quoi courre-t-il au juste ?Le sait il ? Une intuition ? Va savoir. Percevant avec lucidité que la vie dans laquelle on l’a projeté se définit en termes de gains ou de pertes , son obsession est d’éviter de tomber d’un côté ou de l’autre. On lui avait déjà raconté l’histoire des jeunes enfants dont on achetait le travail esquintant pour une simple pièce de monnaie.

– Oui , mais il y a bien longtemps maintenant ! l’avait rassuré sa maman.

Pour autant, Philibert , encore méfiant peut être ? préfère continuer à grandir sur la tranche Et puis, choisir côté pile ou choisir côté face ? Ce serait risqué. Et Philibert n’est pas joueur. Ou plus précisément craint-il d’être mauvais joueur. Comme tout le monde, dans son entourage. Car Il avait déjà tellement observé que chaque médaille a son revers et qu’à l’école ou dans son village, à la télévision aussi, ça n’était qu’un sempiternel tintement de plaintes assourdissantes. Trop ceci ! Pas assez cela ! Et c’est la faute d’untel ! Et le verre toujours à moitié vide ! Le gouvernement, les patrons, les commerçants…. quand ce n’était pas le bon Dieu….

Toutes ces lancinantes litanies, le plongeaient dans la désespérance de l’avenir et lui pourrissaient l’enfance. Loin de se résigner, Philibert se mit en tête qu’il faudrait bien que tout cela cesse. Après tout, lui, il n’avait rien demandé à personne. Il était là, toujours sur la tranche depuis sa naissance à essayer, comme un funambule, d’éviter la chute, pour ne pas tomber dans ce monde d’éternels insatisfaits, aigris et jaloux, lancés dans la course effrénée pour gagner toujours plus mais qui finiraient par tout perdre : leur tête et la planète. Plus tard, il se verrait bien enfourcher un vélo, et parcourir seul des kilomètres et des kilomètres. Puis continuer sans fin à rouler vers son propre destin, loin des ornières malsaines d’une société qui ne pouvaient que le conduire à s’embourber tôt ou tard, Ce n’était on ne peut plus simple. Comment personne n’y avait pensé avant lui ? Ce qu’il voudrait gagner, Philibert, c’est la connaissance de la nature sauvage, pour sauvegarder la pureté de son âme d’enfant. Et si d’aventure il trouvait un jour le verre moitié vide, il serait assez grand pour le remplir par lui-même. En un mot il aspirait déjà à la liberté. S’il y avait quelque chose d’essentiel à gagner dans cette vie où il allait finir par se perdre , ce serait d’être en harmonie avec lui même.

Des mots pour faire joli.

Assise sur un éperon de granit, Carole scrute l’horizon. Au loin, quelques voiliers dandinent leur élégance sur l’océan. Le soleil tente de percer un halo nébuleux, mais n’éclaire Carole en rien sur les raisons qui l’ont posée là, au milieu de nulle part. Perdue ? Oui elle est perdue ! Entourée de la mer immense, ses repères se brouillent, s’emmêlent et se perdent. Elle est sans espoirs, la randonneuse captive de ce piton rocheux dressé comme un phallus imbu d’orgueil. Son sac, sanglé sur son corps, enferme-t-il les secrets de sa présence dans cet endroit mystérieux ? Elle l’ouvre fébrilement, constate qu’il ne lui reste plus de nourriture, que sa bouteille est aussi sèche que sa gorge. Son téléphone ? Il ne capte pas les réseaux. D’ailleurs, qui appellerait-elle ?Avec un crayon pour seul compagnon, un carnet de voyage pour seul confident, la liberté pour meilleure amie, qui pourrait venir la sauver ? Elle s’est toujours débrouillée seule, Carole. Mais cette fois, c’est particulier et elle est habitée d’une extrême fragilité. Voyageuse de l’insolite, son terminus ressemblera-t-il à celui d’une épave atterrie sur ce rocher inaccessible? Elle s’en contentera. Résignée et sans regrets, Carole comprend que si elle est ici, au bord de «l’au-delà», c’est parce qu’ elle n’a probablement plus rien à vivre… Son destin est là, superbe. Elle l’attend. Il lui reste à l’accueillir : paisible et sereine. Elle est prête. Il me reste à savourer l’instant, à l’immortaliser, se dit-elle en empoignant son crayon et son carnet de voyages. Sait on jamais, si mon destin se termine ici, le temps est venu d’apposer le mot « fin » sur mon carnet.

Puis Carole numérote chaque page du récit de sa vie et la déliasse soigneusement. Puisqu’il faut mourir, autant le faire proprement, sans maltraitance. Relisant chaque chapitre, elle est plutôt fière d’elle même. Ce dernier regard, pour un adieu sans honte ni remord. Un dernier clin d’œil, sans larme. Ou presque. Carole a-t-elle réussi dans la vie ? Elle se moquerait de cette question. Ce qui lui importe en revanche, c’est d’avoir réussi sa vie. Qu’importe si son histoire n’avait pas commencé d’une façon ordinaire. Sa maman voulait un garçon. Et son père ? …Son père, lui, ne voulut rien. A l’orphelinat, Carole joua beaucoup, fut bonne camarade et excella dans ses études. Et elle dansait si bien. Sur les lignes de ce premier chapitre, elle avait dessiné un majestueux soleil. Parce que les ombres tristes de ses amies de l’orphelinat l’avaient projetée, elle, dans un contraste de lumière éclatante. Elle savait écouter les peines de ses camarades, petites filles rabrouées, battues parfois, avec une bienveillance remarquable. Elle imaginait leurs rancœurs d’enfants de tout le monde, mais enfants de personne, dans leurs familles en charpie. Si vite décomposées, si prestement recomposées puis raccrochées de bouts de ficelles effilochées des fins de marchés.

Carole accueillait dans les rayons de son soleil leurs larmes et leurs révoltes précoces contre l’orphelinat et contre tout.Elle esquissait les pavés chaotiques de leurs chemins à venir et souvent elle pleurait avec elles. Pour partager. Et pour aider, peut-être. Puis les Sœurs religieuses leur parlaient de l’Amour du Prochain et de la Miséricorde du Bon Dieu. Pourtant dans ces venelles obscures, à peine éclairées de promesses confuses et d’illusions vacillantes, Carole, elle-même, ne distinguait rien du tout et ses camarades, elles, ne percevaient aucune espérance. «Des mots pour faire joli!», avait-elle conclu , en bas de ce premier chapitre.

Carole, sur son rocher, continue à compulser les pages de son carnet. Elle dévore certaines pages avec gourmandise et chanterait volontiers en redecouvrant certaines phases de sa vie. L’entrée dans la vie active ne fut pas, cependant, son meilleur souvenir. Le travail à l’usine de conserves n’était pas son affaire. Elle n’en saisit pas tout de suite les règles. Et la tâche y était bien pénible en regard de si peu d’avantages. Le chef avait pourtant mis tout son cœur, et même un peu plus, pour lui expliquer qu’elle devra s’y faire. Car elle est une femme. Et pour finir, parce que c’était comme ça ! Non ! Ce ne sera pas comme ça, avait-elle décidé.Tant pis !

Et un matin, elle n’était plus apparue derrière la pointeuse. Carole exécra définitivement les hommes et leurs irréductibles perversités mâles.Elle persévéra dans sa passion pour la danse. Mieux encore que son loisir préféré, elle en fit aussi son métier. Un luxe ! Une voie royale. Les pages de son recueil de vie étaient trop réduites pour contenir toutes les allégresses de ses succès, tous les plaisirs de ses partages et les photos de ses mémorables rencontres. Elle avait été très demandée dans toutes les régions de France. On lui avait même présenté un mirifique contrat pour mener une prestigieuse revue de danseuses nues. Carole en rêva longtemps. Elle en avait les compétences et la félinité de son corps, le volume et la grâce de ses arabesques le méritaient. Elle avait fini par refuser. Bah, oui ! Les hommes ! Toujours les hommes… vous savez comme ils sont.

A cet endroit de son carnet, Carole avait gribouillé en brun des dessins rigolos et un peu osés avec des sexes masculins barricadés dans des cerveaux avec des fils de fer barbelés. Des moqueries revanchardes ? Un exutoire pour conjurer l’outrage obscène ? Maintenant encore ce chemin de traverse, lui provoque à peine un léger rictus alors qu’elle feuillette ces pages pour la dernière fois. Un rictus ombré, enfoui silencieusement dans son cœur sous des bardages de regrets et des coffres de nostalgie. La carrière des danseuses est éphémère. Depuis qu’elle ne danse plus vraiment, Carole transmet sa passion aux enfants de la commune. Quelles joies ! Son bonheur transparaît dans la lumière de ses yeux. Elle appelle ses élèves «mes petits rats», ou parfois «mes petits chats», avec souvent des trémolos d’émotion qui font danser jusqu’à son sourire. Ils dissimulent mal quelques «pointes» de mélancolie à la commissure des lèvres. A cause de la tendresse et de l’affection que son cœur à rejetées. C’est ce qu’elle a écrit sur son cahier.

Alors, lorsqu’elle a du temps libre, Carole part en randonnée. Regarder, écouter, humer, faire corps avec la nature, génère des étonnements sans cesse renouvelés, des émerveillements précieux sur les sentiers de ses rêves. Chacun son chemin…Comme celui de cette randonnée qui l’entraîne, elle, l’exploratrice de l’improbable, sur cet étrange promontoire, pour une raison impénétrable, vers une destination mystérieuse. Pour Carole, c’est donc le moment de clore l’aventure et de délivrer ses messages. Elle assemble tous les feuillets qu’elle vient de détacher en un rouleau suffisamment serré, l’introduit dans la bouteille, pousse le bouchon jusqu’au fond du goulot, et adresse la bouteille à la mer, dans un ample mouvement de bras, comme vers une transmission miraculeuse.

….Tellement ample qu’elle n’a pas le temps de voir la bouteille éclabousser le clapot des vagues.

Le nom de «Philibert » qu’elle vient de crier dans l’inconscience de son sommeil et dans le silence de la nuit transgresse le calme de la chambre où, en réalité, elle dormait. Allongée près d’elle, une voix douce mais inquiète … réveille Carole. C’est Delphine.

Alors, sous la couette bien chaude, au cœur de leur tendre étreinte, Carole étouffe quelques mots secrets. Des mots apaisants, qui riment avec toujours….Des mots pour faire joli. Dans le lit douillet, les premières lueurs de l’aurore naissant dessinent le regard clair mais soucieux et interrogatif de Delphine sur les paupières closes de Carole. Puis, caressant la longue chevelure brune de Carole et cédant à son anxiété, Delphine ose, en balbutiant :

– Phil, euh ! … Philibert … C’est qui Philibert ?

– Philibert est mon fils, chuchotte fébrilement Carole dans le creux de l’oreille de Delphine.

Yves le 11 01 2021

« Carole, ma petite folle ».

En ce samedi matin, Nantes semble commencer grassement sa matinée. Le flux des voitures tranche singulièrement avec celui d’un jour de semaine. Bien que le mois de mai touche à sa fin, le ciel étire son long voile gris, carrément anthracite. Tendance « Barbara ». C’est dire à quel point ce plafond si bas, tranche lui aussi avec l’altitude stratosphérique à laquelle plane le cœur de Carole.

Au bas de la clinique Saint-Augustin, les rares passants que Carole croise affichent leur surprise face à l’allure primesautière qu’elle affiche sans pudeur, au risque de paraître inconvenante, et pour être franc, presqu’indécente. Mais cette idée n’effleure pas Carole le moins du monde. D’ailleurs, certains d’entre eux cèdent même à sa bonne humeur resplendissante et répondent sans retenue à son sourire. Carole est habitée d’une joie à faire se lever la ville toute entière, même encore à moitié endormie.

Elle est toute guillerette Carole, en remontant le quai de Versailles, en direction du Cours des Cinquante Otages. L’éclat de rire cristallin de Delphine résonne encore dans ses oreilles et tourne en boucle dans sa tête, rythmant gaillardement son pas comme sur une chant de libération. Delphine avait tant ri, mais ri, … d’un fou rire irrépressible  quand Carole lui avait répondu que Philibert était son fils.

-« Hihihi,

Carole, ma petite folle,

ce que tu es drôle,

Hihihi ! »

Hier soir, pourtant, lorsqu’elle est arrivée chez Delphine, Carole traînait tout en elle un lourd cortège de chaînes, comme un bagnard traîne des boulets à ses pieds.

Comment avait-elle eu la force d’accepter cette invitation de Delphine à partager leur soirée ? Et plus, si affinités. Qu’est ce qui l’avait poussée, pour la première fois, à laisser Philibert sous la sirveillance d’une baby-sitter ? Qu’est-ce qui.. .lui à pris ?

La force ? Peut être … La folie ? certainement.

Au point d’en faire ce cauchemar en pleine nuit, prisonnière sur ce piton rocheux, au bord du vide, au bord du vertige, au bord du délire, quand la solitude prend soudain l’odeur âcre du désespoir.

Ce relent pestilentiel qui mène jusqu’au dégoût, puis à la paralysie et qui ferait préférer la mort à la vie.

Il était temps. Il était grand temps. Il était même moins une, pense Carole.

« Hihihi, Carole ma petite folle, ce que tu es drôle… » La formule chante et chante encore en elle la résurrection, à chaque pas qu’elle allonge.

Carole, mise en confiance par la réaction de Delphine avait fini par lui raconter son cauchemar.

Et Delphine, avec l’inconscience de ses vingt trois ans, enivrée par l’étonnante et superbe nouvelle que Carole était la maman d’un petit garçon de cinq ans, n’en demanda pas plus.

Carole, elle, ne s’était pas, pour autant, sentie prête à confier la lecture de « son carnet de route » à Delphine . Sans doute en raison de la proximité de leur première rencontre, il y a une quinzaine de jours seulement. Quoi qu’il en soit, avec la précaution qui la caractérise, Carole n’y avait pas retranscrit certains détails trop secrets, qu’elle jugeait trop intimes et parce qu’ils appartiennent aussi à son Philibert.

Du point de vue de Delphine, la vie de Carole semble avoir été jusqu’ici bien pesante et compliquée, mais l’essentiel est que le meilleur est maintenant possible puisqu’elles se sont rencontrées. Et que l’avenir allait être formidable avait-elle conclu, de son sourire chavirant de gaîté et de promesses, lorsque Carole lui indiqua qu’elle devait à présent rejoindre Philibert et libérer la baby-sitter qu’elle avait engagée pour la nuit.

« Hihihi, Carole, ma petite folle, ce que tu es drôle… » Le texte est facile à retenir et l’air est entraînant.

Un air si léger que Carole, rendue à l’angle de la rue Noire, vient de dépasser le marché de Talensac sans qu’elle s’en soit aperçue. 

– Suis-je étourdie , lance- t-elle à l’adresse d’Albert qu’elle croise justement à cet endroit là. Albert et elle sont voisins du deux pièces qu’elle occupe dans un immeuble de la place Viarme .

– Je vais devoir revenir avec Philibert, poursuit-elle.

A-t-elle l’air si transformée que cela pour que ce voisin réponde à peine ? Il à l’air tout penaud, comme s’il ne la reconnaît plus.

Puis Albert se ravise et revient sur ses pas en bredouillant :

-Ah oui ! excuse-moi Carole, suis-je distrait, je ne t’ai pas reconnue ! Tout va bien, quand même ?

-Super, Albert ! Répond-elle en riant, et en pensant surtout au « quand même »

Lequel Albert se tient définitivement coi d’émotion devant cet entrain inhabituel de sa petite voisine, et s’en retourne, refait comme un merlan frit, sa liste de courses d’une main, et son cabas de l’autre, vers Talensac pour accomplir son invariable devoir du marché hebdomadaire.

Dès qu’ Albert tourna les talons, contrit comme jamais elle ne l’avait encore vu, même sous les rouspétances de  Rogère, sa mégère d’épouse, Carole ne douta-t-elle pas un seul instant que ça allait certainement causer dans l’immeuble. Dès que la Rogère sera informée que « Carole avait l’air  toute gaite  de bon matin » !

« Hihihi, Carole ma petite folle, ce que tu es drôle… »

Ce qui est drôle, pense Carole, c’est que les gens sont douloureusement emplis d’empathie et de compassion lorsqu’ils vous voient malheureux, mais que votre bonheur les rend muets et inquiets. Ou envieux, peut être ?….

Er comme si vous leur aviez retiré un brin de leur prérogative de domination.

« hihihi, Carole ma petite folle, ce que tu es drôle… »

Le disque tourne allègrement dans la tête de Carole.

Ce qui est drôle, c’est que : oui ! je suis heureuse, et sans doute… folle … aussi. Delphine a raison.

Je suis probablement folle d’amour. Pour la première fois de ma vie, je crois bien que je le suis.

Amoureuse !

– C’est comme ça, quand on est amoureuse ?

Est-ce beau ? Ce n’est pas le mot qui convient. Merveilleux , serait plus approprié, mais c’est encore trop fade ! Sublime ? … peut être !…

Amoureuse, vous m’entendez bien, tous ? Je suis a-mou-reu-se.

Je ne pense qu’à Delphine. Je n’ai qu’une envie, c’est Delphine. La revoir au plus vite,l’embrasser. Danser, oui danser. Mais avec elle, cette fois. Sans nous arrêter. Et puis rire, chanter, l’étreindre, voler avec elle, et lui dire que je l’aime. Et lui dire que tous ces mots, ce n’est pas que pour faire joli…

En ouvrant la porte de l’appartement, Carole ne voit que le regard noir et sévère de Philibert. Empli de reproches à peine camouflés et tout juste étouffés. Elle lui ouvre les bras, le serre bien fort contre sa poitrine et entame les pas d’une valse pour lui faire partager son bonheur. Et tenter d’effacer le malheur des cinq premières années de la vie de Philibert. Le challenge ne lui fait plus peur. Il lui semble qu’elle est devenue assez folle et assez drôle désormais pour le réussir.

Carole en a presque oublié que Gaëlle, la baby-sitter est là, à attendre pour prendre congé. Carole lui demande si tout s’est bien déroulé.

– Parfaitement, Madame, Philibert a été très sage. Il a seulement insisté pour que je lui relise l’histoire de la famille Ourson, car il n’avait pas tout compris, m’a-t-il dit.

– Merci Gaëlle, je sais, et je lui ré-expliquerai d’une autre façon, en cas de besoin.Enfin… j’espère ! Tenez, ce chèque , c’est ce que nous avions convenu. Il est possible que je refasse appel à vous, plus régulièrement, si vous en êtes d’accord.

Philibert est totalement bébête de voir combien sa maman est transfigurée, et pour tout dire il la reconnaît à peine, sa maman. Il ne comprend visiblement pas toute la pièce qui se joue devant lui.

Mais à choisir, il préfère, et de beaucoup, cette maman-là. Alors, il sourit et partage avec elle une tendre série de câlins, comme il en avait rêvé depuis si longtemps, et dont il n’avait jamais encore connu une telle saveur.

– Philibert, ce midi, mon petit chou, nous allons manger au restaurant. Et ensuite nous irons nous promener au Jardin des Plantes, au milieu des animaux et des parterres fleuris. Au retour nous nous arrêtrons au miroir d’eau, devant le Château, Puis nous reviendrons par Les Machines de l’île. Tu verras l’éléphant. Il est énorme.

-Ouais, super ! Mais je croyais que tu allais au club de danse cet après midi ?

-Non, non, ne t’inquiète pas, je vais me faire remplacer pour aujourd’hui.

– Mais maman, que t’arrive t-il ? Que tu es drôle….

– Ne t’inquiète pas, mon petit lapin, je ne suis pas devenue… folle ! Mais le soleil s’est levé et nous allons pouvoir en profiter tous les deux, dit-elle dans un grand éclat de rire.

Yves le 17 01 2021

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