MARTIN de Régine Zeidan

MARTIN Régine Zeidan

Et puis c’est arrivé. Elle est partie, dans le son de la porte refermée doucement. Ne restent plus dans le vaste salon que les traces de son regard clair, le timbre de sa voix, quelques éclats de rire et la brume de son parfum d’herbe fraîche. Martin ne compte plus le nombre de situations où il lui a lâché la main. Elle ne lui suffisait pas, il a toujours regardé ailleurs, plus loin, plus haut. Un champion du monde ne se satisfait pas d’une vie rangée, il n’a que faire de la fidélité, il multiplie, il collectionne les aventures comme des trophées. Elle est toujours revenue. Jouer c’est gagner.

La mer au loin est agitée, une barre d’écume danse sur la crinière de la houle. Il commence à faire froid. Le vent tracasse le vol des oiseaux et secoue les plantes en pot sur la terrasse. Les nuages filent à cent à l’heure vers la terre, fuyant la colère océane qui gonfle.Martin est seul tout à coup, enfermé dans une colère qui comme le vent prend de l’ampleur. Il ramène la couverture sur sa poitrine, il frissonne. Elle est partie.

Trop orgueilleux, il ne l’a pas retenue. Jouer c’est gagner.

Etre le premier partout et tout le temps. Avoir le dernier mot, parler très fort pour imposer son opinion, pour asséner les règles à suivre… Triompher. Et, si ça ne convient pas, on peut s’en aller. Rose est partie, une fois de plus et Martin est là, avachi sur le cuir rouge de son canapé dans le silence de son grand appartement. Jouer c’est gagner.

Son canapé, c’est le plus beau du monde, il a coûté très cher, son bureau est un objet d’art, la montre qu’il porte au poignet gauche, une Rollex, une vraie, pas de ces copies « made in China », il écrit tout son courrier à l’encre d’un stylo plume Mont Blanc à pompe, les tableaux ornant les murs blancs de son appartement sont tous signés, tous côtés… Sous ses pieds, des tapis d’Ispahan… Il joue au golf… Il n’écoute que de la musique classique et il a assisté à trop de concerts à l’Opéra… Il a fait le tour du monde ou presque, a séjourné dans des hôtels étoilés… Il sait tout sur tout, il a tout fait et très bien fait. Il a gagné beaucoup d’argent, il est très intelligent, surdoué même… Il n’a jamais roulé dans une même voiture plus que six mois et pas n’importe quelle automobile ! Des puissantes, des visibles, des enviables… Quand il entre dans une pièce, il aime que tous les regards se portent sur lui. Il ne prend jamais place face au mur, il tient à être vu et à voir. Il parle fort, rit fort… Il fait du bruit, il prend toute la place…Il a un entregent extraordinaire ! Jouer c’est gagner.

Il y aurait peut-être un grain de beauté au portrait de Martin, cet homme si particulier qu’il ne semble n’y avoir aucune autre alternative que l’aimer ou le détester pour toujours dès le premier regard croisé. Il y aurait peut-être une ombre comme un fin voilage atténuant la supériorité que Martin tient à afficher en permanence …Son chien… Un « Vaut que dalle »…Un chien sans pedigree, ramassé au bord d’une route, un animal apeuré au pelage froissé, roussi, trempé, aux côtes saillantes. Un chien dont le poil est aujourd’hui ambré et vigoureux comme le whisky que boit son maître. Un animal sans marque, sans allure, sans prix, aimé, choyé et tout dévoué à Martin.Jouer c’est gagner. Et puis Rose.

Mauvaises fois (suite)

Dehors, une rafale la gifle, ébouriffe le carré plongeant de ses cheveux blonds parsemés de fils d’argent et les mèches rebelles fouettent ses yeux jusqu’à les faire larmoyer mais sans doute pleurait-elle déjà au sortir de l’immeuble en se disant pour la nième fois que c’était fini, qu’elle ne reviendrait plus jamais ici, elle ne le reverrait pas, il avait été trop laid, trop méchant, frôlant la cruauté et elle n’avait rien dit car il valait toujours mieux qu’elle se taise lorsqu’il se mettait en colère, et pourquoi au juste cette colère aujourd’hui sinon à cause d’une simple divergence de point de vue ! Sans doute était-il de mauvaise humeur à cause d’ennuis qu’il n’avait pas évoqués et dont il n’était peut-être même pas conscient et cette fois elle en avait assez de subir de telles crises et, essuyant son visage des traces du vent salé, elle reconnait valoir bien mieux que la façon dont il la traite et promet de s’en aller pour de bon. Lentement elle se dirige vers sa voiture quand une forte douleur envahit tout son ventre, la contraignant à l’arrêt. Une douleur, comme un coup frappé par surprise et très fort asséné, provoque des perles de sueur sous les mèches de cheveux qui se collent à son front en même temps que se mettent à frissonner tous ses membres. Curieusement, malgré la force des contractions musculaires, un grand calme s’installe comme une cape de paix enveloppant les maux du corps qu’elle entend comme un langage particulier à déchiffrer- pour cette fois avancer, pense-t-elle, et ne pas me retourner, et ne plus revenir-. Alors, elle attend que courent les frissons, que coule l’eau sur ses joues, que finisse son ventre de se tordre. Elle lève les yeux vers les balcons du dernier étage comme une chance d’apparaître qu’elle donnerait à Martin, pour qu’il la hèle, pour qu’il soit là tout simplement. Mais jamais Martin ne s’excuse de l’avoir conduite aux larmes.

Rose monte dans sa voiture, jette son sac sur le siège passager, arrange ses cheveux, renifle en mettant le contact – la musique vient habiter l’espace- je ne reviendrai pas dit-elle à voix haute. C’est d’apercevoir l’espace de chair entre la ceinture de son pantalon et le bord de son pull lorsqu’il s’était levé, étirant les bras vers le ciel qui l’avait, le croit-elle en conduisant pour sortir de la ville, définitivement attachée à Martin.Plus qu’une promesse, Rose se souvient de l’émotion pure qui l’avait envahie à cet instant, une émotion qui n’avait pas de nom. Ce devait être ainsi la découverte d’un trésor, suivie de la volonté de l’emporter à tout prix puis de le cacher et le garder jalousement.

D’une parcelle de peau, de mains tendues vers le ciel comme une intention d‘embrasser l’univers, voilà comment Martin, à son insu, a complètement pris possession de ma vie se dit Rose.De quelle étoffe le pantalon de Martin ? De quelle couleur son pull ? Tant d’années se sont écoulées depuis leur rencontre – ils avaient vingt ans et plus de cinquante à présent- que Rose a oublié les détails… Beige le pantalon peut-être, le pull, fin, un peu mou, souvent porté car ample, une couleur sombre, un vert sapin ou olive… Et puis c’était à l’intérieur d’un pub, le soir, tard… La fumée des cigarettes, l’alcool, les rires, les voix aigües, la musique forte… Tout cela dans les délices des rencontres, des premiers regards, des attirances, se frôler, se chercher, se reconnaître un peu en un duel très doux.

Je l’ai épousé dès le premier regard admet Rose qui roule maintenant sur une route de campagne grise et humide, une fine pluie s’est mise à tomber. Un mariage qui n’a jamais eu lieu, juste un début d’histoire et puis…Et je me retrouve au même point ! Un recommencement et puis…Quelle idiote d’avoir cherché à le retrouver ! Quelle folle d’avoir accepté de le revoir ! Quelle cruche de l’aimer ainsi !

Ils s’étaient séparés, perdus de vue serait l’image la plus appropriée.

Au retour d’un séjour en Suisse, Martin n’avait plus donné de nouvelle et Rose n’avait pas cherché à le joindre ni à comprendre, comme si elle en savait déjà suffisamment et n’espérait plus rien de l’embryon de leur histoire.

Martin avait lâché la main de Rose de la même façon qu’un foulard glisse sur l’épaule s’envole et retombe sur le sol, sans bruit, sans onde de choc si bien qu’il est abandonné là, et, lorsque la peau abritée par la soie s’apercevra soudain de l’absence de chaleur, il sera bien trop tard, se retourner, revenir sur ses pas ne servira à rien, le foulard aura probablement disparu ou enveloppera délicatement un autre cou.

Elle ne raconta le détail de son séjour en Suisse à aucune de ses amies, elle mentit, prétendant avoir été malade la plupart du temps. Pendant plusieurs semaines, Rose s’enferma dans un silence triste, refusant les sorties, ne recevant personne, prétextant un état de fatigue. Elle ne répondait plus au téléphone. Pourtant, à la regarder vivre pendant cette période, personne n’aurait pu penser qu’elle eut du chagrin, ses yeux demeuraient secs, et bien qu’elle ne rit plus, on aurait plutôt cru qu’elle installait une distance par précaution ou qu’une trop haute estime d’elle-même l’habitait, quelque chose de l’ordre de l’orgueil. Elle avait changé disait d’elle ses amis. Son travail l’accaparait, s’occuper des personnes âgées, leur faire la lecture, bavarder avec elles, toutes ces menues actions quotidiennes la maintenait dans un mouvement vital et à ces moments- là elle pouvait oublier…Cependant, chaque fois qu’elle retrouvait son studio de la rue Vouillé, dès l’instant où la porte se refermait, elle entrait aussitôt sur la piste de danse.

Martin avait décidé de rendre visite à un ami à Montreux et avait prié Rose de prendre des vêtements chauds car il envisageait une escapade au ski. Rose, ignorante des sports d’hiver n’avait pas relevé, espérant qu’elle trouverait une échappatoire ou alors tant pis, elle avouerait à Martin, ce n’était pas bien grave. Ils avaient fait le voyage en voiture. Albin l’ami de Martin et Sylvia sa compagne avaient plu à Rose et elle s’était sentie accueillie dans leur appartement douillet. La journée de ski était prévue le surlendemain de leur arrivée, et serait suivie d’une fête d’anniversaire. Il faisait très beau dès le matin et une fois là-haut, Rose avait chaussé des skis, mine de rien et évidemment ce fut la catastrophe et, Martin, très en colère l’avait laissée se débrouiller et avait filé dévaler les pistes. Je lui ai fait honte devant ses amis pensa Rose en rendant chaussures et skis de location… Tant pis, ce n’est pas un drame non plus…Puis elle les avait attendus, allongée sur une chaise longue, ravie de se prélasser seule et sans compétence à prouver, entourée d’un blanc pur, de silence à peine ponctué par les rires lointains de quelques skieurs exténués et tentés par une sieste au soleil. Martin revint, de bonne humeur, et ils redescendirent vers la ville, joyeux. Rose se taisait, souriait en laissant Martin raconter ses exploits et il lui sembla être heureuse, de ces bonheurs simples et inexplicables. Avant la fête d’anniversaire, ils se rendirent chez une amie de Sylvia prendre un verre. Rose ne remarqua rien et ils allèrent tous les cinq à la salle des fêtes pour célébrer l’anniversaire. Le lieu assez vaste et chaleureux est bruyant de joie, de rires, de musique. Les lumières multicolores balaient la piste où Rose danse, danse. Les gens sont sympathiques, l’ambiance très détendue, Rose bavarde à droite, à gauche, virevolte comme un papillon dans le parfum des fleurs des champs. Sa robe tourne au rythme de la musique. Tout à coup Martin est là tout proche, sa bouche collée à l’oreille de Rose tant la musique est forte et lui annonce froidement dans une légère vapeur d’alcool et sans aucune précaution qu’il s’en va avec elle, l’amie de Sylvia et Albin. Qu’elle continue donc de s’amuser, qu’elle se trouve même quelqu’un d’autre…Rose ne cherche rien à dire, les plis de sa robe retombent, son sourire se fane, ses ailes se rejoignent, elle laisse faire, elle le laisse partir. La fille est grande, belle, des cheveux longs, blonds, des fesses magnifiques moulées dans un levis délavé, un col de chemise blanc ouvert sur un teint halé de skieuse émérite. Rose est petite, menue, fragile et tellement ignorante des choses de la vie.

Martin file sans se retourner et Rose, pauvre poupée sans éclat, une brusque chaleur accrochée à ses joues et de l’humidité dans les yeux se retrouve immensément seule au milieu du monde, et le sentiment d’être abandonnée est atroce, sans compter la honte de devoir annoncer à Sylvia que Martin, son soit disant amoureux, est parti avec une autre. Elle n’entend plus la musique ni la voix d’un garçon qui lui crie quelques mots en riant, une forte pression lui serre la poitrine, son cœur bat très vite, il lui semble qu’elle est sur le point de s’évanouir tant le coup est rude. Respirer, encore, doucement, tranquillement, ne pas perdre la face, la désinvolture, c’est cela, faire semblant que ce n’est rien… Ne pas pleurer surtout, redéployer ses ailes, regonfler les plis de sa robe, continuer à danser et rire et tant pis pour son pauvre cœur tout froissé.

Martin revint tôt le lendemain matin et Rose lui trouva l’air penaud d’un enfant qui a fait une grosse bêtise et craint une punition. Il ne la regarda pas quand il lui demanda de préparer ses affaires. Son visage était fermé, pâle, empreint d’une sorte d’inquiétude ou de lassitude… Rose se demanda un instant s’il regrettait… La fille l’avait-elle jetée dehors au petit matin ? Elle eut, en dedans, une folle envie de rire malgré les blessures de son cœur et la fatigue de son corps tout entier – elle n’avait pas trouvé le sommeil-. Rose ne fit aucun commentaire, ne lui demanda aucun compte, afficha une attitude calme et froide, le laissant à la responsabilité de ses actes. Ils rentrèrent à Paris dans le silence, il la déposa Rue de Vouillé et ce fut aussi simple que cela.Mais existe-t-il plus grand châtiment que le silence ? Plus cruel ? Plus assassin ? Toute séparation est acceptable, à condition d’y mettre des paroles, de prendre soin de celui que l’on quitte, de le respecter, de le consoler, de lui dire au revoir tout simplement. On dit parfois de certaines filles qu’elles sont frivoles, faciles ; quant aux garçons, on les qualifie plutôt de séducteur et ils en tirent une fierté, une importance. Martin avait sans nul doute complété sa collection de conquêtes.

A bien y réfléchir et si Rose n’avait pas été si amoureuse et naïve, elle aurait pu s’en douter. Lorsque Martin venait chez elle, il s’en allait au petit matin, jamais ils ne partageaient un petit déjeuner tendre. Il avait toujours des tas de choses à faire dont il taisait la nature. Ils n’avaient pas non plus établis de projets ensemble…Ils se promenaient sur un tout petit bout de route et c’est tout. Bien qu’elle le revit à deux ou trois reprises chez des amis communs, accompagné chaque fois d’une jeune fille différente, à aucun moment Rose ne reçut quelque excuse ou explication de la part de Martin. Rose devrait se l’avouer, plus tard, elle ne s’était jamais sentie à sa hauteur, elle évoluait dans son ombre à lui, derrière le timbre de sa voix chocolat, au-dessous de ses éclats de rire, n’ayant strictement rien à raconter sur des voyages qu’elle aurait entrepris, des exploits qu’elle aurait réalisés ou rêverait de tenter, des histoires qu’elle aurait vécues, des tranches d’enfance étoilée à raconter…Rien d’éclatant, de brillant à pointer dans la vie de Rose alors qu’elle pouvait imaginer et écouter l’enfance dorée de Martin, fils unique et choyé par des parents attentionnés, propriétaire à vingt ans d’une grande maison en banlieue parisienne. Rose aimait Martin et c’était absolument tout, banal et rond comme un ballon. Ils se perdirent de vue, quoi de plus naturel somme toute.Rose pansa son cœur comme elle le put. Elle rencontra Maxime, n’oublia jamais Martin à qui elle écrivit quelques lettres lui annonçant ses bébés. Il ne répondit pas. Elle pensa à lui chaque jour qui suivit en même temps que passait sa vie, des pensées douces, secrètes et mélancoliques. Elle savait qu’elle n’aurait pu prétendre à une relation stable et continue avec Martin qui l’attirait certes par son assurance et son appétit de vivre, sa capacité à entreprendre. Il n’avait peur de rien, osait, grandissait sous le regard tendrement envieux de Rose. Leur jeunesse s’opposait. Lucide, Rose découvrait qu’elle faisait de son parcours d’enfance un obstacle et qu’elle appuyait sans cesse sur la pédale des freins, bridant la folle allure qu’aurait pu prendre sa vie.

Certains jours, venant du Quartier Latin, Rose, le croit-elle vraiment, arrivait par hasard à Saint Germain des Prés, longeait la rue du Procope, flânait dans le dédale des ruelles commerçantes, approchait La Rhumerie, s’arrêtait, n’entrait pas puis remontait vers le théâtre de l’Odéon jusqu’au Jardin du Luxembourg où elle se reposait à l’ombre des platanes. Cela lui arrivait d’entreprendre cette promenade comme un pèlerinage fait revivre les paysages du souvenir et active des émotions vives et intactes. A ces moments- là, Rose avait mal et, si quelqu’un l’avait interrogée, elle aurait reconnu souffrir du sentiment d’avoir raté un train, d’être restée figée à regarder les autres monter, d’apercevoir Martin derrière la vitre et, enracinée sur le quai, avoir envie de le rejoindre, de l’étreindre et d’en être incapable. Et cette parcelle de peau entre la ceinture du pantalon et le bord de son pull qui toujours venait la hanter chaque fois qu’elle s’engouffrait à Saint Germain des Prés.

Rose, à force d’y penser, atteignit le lieu où, pense-t-elle, sont tapies les raisons pour lesquelles elle n’a pas escaladé les marches de ce train. Elle avait une dizaine d’années quand, perchée sur le tas de graviers près du portail, elle avait levé les yeux et le ciel, parfaitement bleu l’avait laissé croire à la possibilité du bonheur ; l’intensité de l’azur promettait des jours meilleurs, elle en était certaine. Puis elle avait entendu un bruit de moteur et aperçu la voiture de sa tante emmenant ses cousins en promenade. Elle avait regardé la voiture s’éloigner, elle avait fait des signes comme des au revoir ou des appels et elle se souvient de la force de son désir de faire partie du voyage. Un désir si fort que c’en avait été douloureux. Regarder les autres partir, vivre, les penser joyeux quand elle restait là figée sur le tas de cailloux à attendre que quelque chose d’heureux lui arrive. Un sentiment très fort de solitude lui avait serré le cœur, une envie folle de courir, de s’échapper, de tout laisser derrière elle… Ses parents, sa maison, tout. Rose se souvient de la sensation de frein, de l’incapacité d’aller plus loin, plus vite en même temps que montait l’impatience. Martin c’était aller plus loin.

Le Paradis

Rose avait quitté son beaujolais natal, à dix- neuf ans, pour suivre une formation d’aide- soignante à Paris.

Elle avait gagné une place au concours,- n’importe quel domaine d’apprentissage aurait fait son affaire, les armées, la poste, l’administration pénitentiaire- en plus de l’occasion de s’échapper du ventre trop serré, trop chaud, trop frileux de ce terroir de naissance où elle piaffait d’impatience où se mesurer aux frimas de la vie et pousser un cri de délivrance devenaient chaque heure, chaque minute, chaque seconde plus pressants.

Les vendanges étaient proches, l’été mourrait doucement dans une chaleur écrasante et responsable du feuillage qui commençait à roussir découvrant des grappes luisantes et pleines. Comme chaque année on disait que le vin allait être bon.

Elle avait préparé ses affaires seule, – une seule valise, elle verrait plus tard, une fois installée -, préférant éviter l’œil exigent de sa mère et ses commentaires autoritaires et humiliants la plupart du temps.

Rose allait enfin et elle en était certaine vivre libre et même si de temps en temps pointait l’inquiétude à mesure qu’approchait le départ, l’impatience prenait toujours le dessus.

Elle allait vivre, à perdre haleine vivre !

Fuir ce trou, la vigne, les vignerons, les villages endormis alors qu’elle, Rose Chyvel voulait danser dehors, danser dedans, danser tout court, crier de joie, découvrir le monde…

Pour le monde elle attendrait, Paris suffirait à calmer son appétit.

Paris serait son beau miroir, Paris la plus belle ville du monde, le métro au lieu de sa vieille mobylette, les boîtes de nuit au lieu de ces salles des fêtes de village froides et moches… Paris, la grande vie ? Enfin ! Paris, la mode ? Demain !

Un peu avant de se rendre à la gare, son père l’accompagnerait à Paris, un aller-retour dans la journée, Rose gagna le Mont Brouilly admirer une dernière fois son pays. Elle adorait cet endroit, magique et paisible disait-elle, coiffé d’une chapelle où elle ne manquait jamais d’allumer une bougie pour ses rêves les plus fous. Cette fois la Vierge de la chapelle des raisins méritait plus, pour avoir exaucé son désir le plus fort, son besoin vital de liberté.

Rose installa et alluma plusieurs cierges, offrit quelques prières secrètes aux flammes vacillantes et robustes puis se dirigea sur le plateau où soufflait en permanence une brise chantante.

Elle contempla ce qu’elle appelait sa petite mer.

Les vallons doux couverts de vignes dorées au soleil matinal offraient un spectacle apaisant, moelleux comme un gigantesque oreiller de plumes. Au loin, couronnant les bois, de fins nuages s’effilochaient et parfois les petites fumées des sarments brûlés au bord des vignes tremblaient en se tendant pour atteindre le ciel.

Rose inscrivit son paysage fétiche dans la prunelle de ses yeux pour retrouver la sensation de quiétude aussitôt que le besoin de consolation l’envahirait.

Elle redescendit à Saint Lager, comme elle était montée, par les bois, elle avait laissé sa mobylette sur la place du village chez Marcel le cafetier car la côte jusqu’au Mont Brouilly est forte et la mobylette usée.

Rose aimait marcher car à chaque foulée naissait une pensée et souvent des solutions à ses tracas fleurissaient en même temps que les cailloux giclaient sous les coups de ses pieds.

Rose fut un peu triste à l’idée qu’elle ne goûterait pas au paradis cet automne. Tout en dévalant le sentier rocailleux, elle décida qu’elle ne reviendrait pas pour la fête à Odenas et ce, quelles que soient les joies et les peines qui l’attendaient à Paris.

Le vin paradis, cette première pressée sucrée, à peine fermenté et goûté à la tasse chaque fin de vendange ne flirterait pas avec ses papilles, ne lui monterait pas à la tête, tournant, tournant délicieusement comme une valse lente, pas plus que le fumet des saucissons cuits au gène ne lui ouvrirait en grand l’appétit, pas plus que son amoureux, un apprenti charpentier -qui lui servait d’alibi pour échapper à la surveillance de sa mère qui appréciait tellement ce garçon qu’elle n’imaginait absolument pas qu’il puisse y avoir de fâcheuses conséquences à leur idylle- dont elle se fichait complètement la ferait rire en ayant trop bu.

Elle eut raison car il n’y eut rien d’encombrant à avouer et Rose le quitta quelques semaines après son arrivée à Paris.

Elle lui écrivit une lettre bienveillante, tendre avec des mots simples et doux, lui conseillant de l’oublier car elle ne l’épouserait pas, elle était trop jeune, elle était si heureuse d’être enfin loin de cette maison, elle allait se lancer dans des études, ce qui l’empêcherait de revenir et de toutes façons, Paris lui plaisait tant qu’elle voulait y faire sa vie. Elle prédit aussi qu’il serait heureux, il était beau et tant de filles le désiraient. Elle savait qu’il pleurerait, un peu, et qu’il s’en remettrait.

Elle ne se trompa pas, Germain épousa Claudine l’année suivante.

Rose envisageait tous les possibles, une faim insatiable d’aventures de découvertes l’habitait, elle était certaine qu’allaient s’ouvrir toutes les portes en grand et elle sautait de joie à l’idée de laisser dans son dos sa famille, ses parents et leurs disputes incessantes, les humeurs de sa mère dont elle ne savait jamais s’il fallait courber le dos ou être vraie…

Avant d’enfourcher sa mobylette, elle acheta un paquet de cigarettes, des mentholées, à Paris elle pourrait fumer sans se cacher et un briquet rose comme son prénom… Elle en rit avec Marcel.

Rose arracha une page de sa vie d’avant, sans émoi plus fort qu’un soupir d’aise et monta dans le train pour Paris. Elle imaginait, bercée par la mécanique des roues et rassurée par la présence de son père à son côté, qu’en n’y pensant plus, tout ce qu’elle laissait n’existerait plus, en particulier l’au-revoir si peu chaleureux que lui fit sa mère qui parut à Rose presque heureuse qu’elle s’en aille tant le sourire qu’elle afficha ressemblait à de la désinvolture. Rose aurait aimé surprendre un peu de chagrin dans les yeux de sa maman car ne dit-on pas qu’un enfant que l’on a élevé fait un grand vide dans les armoires, dans les tiroirs des commodes… Quand il s’en va ?

suite 04/02/2021

Martin s’était installé en Bretagne, à Audierne ville d’origine de la femme dont il avait divorcé cinq ans auparavant. Quelquefois les événements se répètent. La compagne de Martin, Capiste elle aussi et avec qui il s’était installé immédiatement après que sa femme fut partie et avant même de divorcer, allait elle aussi le quitter, au bout de presque cinq années. Aussitôt, alors qu’il venait à peine de poser ses meubles dans son nouvel appartement avec vue sur l’océan, il appela Rose, un mardi matin alors qu’elle terminait son petit déjeuner, et l’invita. Elle n’aurait qu’à sauter dans un train, il viendrait la chercher en voiture à la gare de Quimper… Elle ne connaissait pas Quimper ? Qu’importe, il serait là et, après la gare, si elle arrivait par le train de 12H30, ils iraient déjeuner de crustacés et poissons, il connaissait un endroit magique, ensuite il l’emmènerait au bord de la mer, elle verrait comme les paysages sont époustouflants de beauté et enfin ils rentreraient.

En raccrochant, Rose fut d’abord abasourdie. Tout à coup après un si long silence, plusieurs mois, années, presque cinq ans, tout ce temps pendant lequel elle avait dû tenter de l’oublier une fois encore, Martin faisait irruption. Il ordonnait, insistait, décidait et le cours interrompu devait reprendre immédiatement !

Premièrement Rose décida qu’elle n’accepterait pas tout de suite l’invitation et cela même si la tentation était grande.

Elle se sentit très lasse soudain, triste comme prise au piège car aujourd’hui, demain, hier, Martin réussissait toujours à reprendre possession de… De quoi au juste, de qui ? De ses pensées, de ses désirs, de sa volonté et même de ses hésitations.

Des hésitations qui très vite si elle n’y prenait garde se transformaient en élans.

Avant, un jour qu’elle avait été en colère et avait menacé de ne plus jamais le revoir, Martin n’avait-il pas prédit – Mais Rose tu reviendras toujours- ! Et il avait ri, un grand éclat de rire comme autant de gifles et Rose s’était sentie vaincue, minable, moquée.

Cependant elle avait lutté ferme, refusant de donner l’avantage à Martin.

Déjà les jours allongeaient, Février commençait et depuis peu Paris s’illuminait, s’égayant du piaillement des petits oiseaux et désormais les matins avaient un léger goût de printemps.

Enfin, Rose se décida, le mardi en fin d’après-midi, jadis elle aurait probablement hésité plus longtemps, elle réserva un Paris Quimper pour le vendredi et appela Martin.

Si jamais il ne répondait plus, Rose savait qu’elle ne s’en remettrait pas.

Maintenant, elle avait la gorge serrée et sa main fermement crispée sur le combiné tremblait.

Trois sonneries, puis, juste quand elle allait raccrocher, elle l’entendit.

Rose avait si souvent espéré cette voix ! Maintes fois elle avait attendu qu’il l’appelle, qu’il daigne se souvenir d’elle. Etait-il toujours d’accord pour la recevoir ? Il serait là, promis, il l’embrassait.

Rose peina à s’endormir.

Jusque tard dans la nuit elle réfléchit au sens qu’elle donnait à cette visite, ce à quoi elle s’exposait, ce qui risquait de la faire souffrir.

Plus tôt dans la journée elle avait été certaine et puis tout à coup elle freinait son élan… Elle pouvait encore changer d’avis, se protéger… Et puis non, elle devait préparer ses affaires tout de suite, fermer sa valise, sous peine de renoncer ici à un ailleurs peut-être plein de promesses.

Autour d’elle peu de monde ce vendredi matin, les wagons du métro balançaient vers la gare Montparnasse que Rose connaissait peu, plus habituée à gare de Lyon d’où elle se lançait vers les vignobles Beaujolais sans plus d’entrain du reste avec toujours ce sentiment d’être obligée comme si ce n’était jamais vraiment elle, Rose, qui décidait mais une puissance étrangère.

En dedans pourtant l’impatience et l’espoir pétillaient alors qu’au dehors l’expression du visage de Rose demeurait calme voire figée.

Elle dormit tout le trajet, n’aperçut ni la campagne, ni la pluie, ni le vent courbant l’échine des arbres à l’approche de l’océan, elle n’entendit pas plus les bavardages derrière elle.

Elle eut froid en descendant du train, ramassa son écharpe jusque ses yeux larmoyants et serra son manteau sur sa poitrine.

Sa valise faisait un bruit sourd sur le bitume.

Martin et son chien Lyll l’attendaient juste à la sortie de la gare à Quimper.

Rose trouva Martin grossi, mal rasé et pas du tout soigné.

Ils allèrent déjeuner, non pas en ce lieu magique promis par Martin au téléphone mais au Prieuré. Les mets plurent à Rose.

Ensuite, Martin conduisit Rose jusqu’à la Pointe du Van, ils ne sortirent pas de la voiture, Rose comprit que Martin n’était pas adepte des promenades, puis ils rentrèrent.

La musique s’était tue, Martin ne revenait pas et Rose ne parvenait à prendre aucune décision, sortir pour une promenade de quartier, découvrir la plage, acheter du pain ou de quoi préparer le dîner ?

En dessous de ses pieds le parquet déjà très abîmé, les griffes de Lyll allaient encore le rayer un peu plus, était froid et rugueux.

Dehors le ciel avait réussi à percer les nuages et juste devant les baies vitrées passaient de gros oiseaux marins au ventre blanc… Plus loin vers l’autre rive, la dentelle de granit du clocher se découpait dans un carré d’azur.

La solitude dans ce vaste appartement étranger lui donnait des frissons et Rose chercha où accrocher ses yeux qui prenaient la couleur de l’océan.

Là, sur la table basse, trônait un gros cendrier contenant un petit cœur de pierre, un coupe ongles, des allumettes et le jeu de clés qu’avait laissé Martin à sa disposition, ainsi elle pourrait se promener et découvrir la ville si elle le désirait lui avait-il proposé en s’en allant pour un rendez-vous d’affaires, assez rapide avait-il promis.

Aussi elle l’avait attendu patiemment en rêvant, bercée par les oratorios de Haendel, dans une immobilité presque parfaite, assise sur le grand drap rouge protégeant le cuir du canapé où dormait Lyll, jusqu’à ce que l’absence commençât à peser.

Rose se leva et promena son regard sur l’agréable fouillis, offrant une impression de jardin anglais se répandant sur le plateau du meuble haut en bois de rose comme autant de curiosités à picorer.

Beaucoup de poussière s’accumulait en tapis telles des mousses, s’accrochait au vêtement de coton de la statue africaine, une vieille femme accroupie, les coudes sur les genoux et la tête prise dans les mains, -comme on peut voir ces vieilles paysannes ridées installées sur les marchés des villages-, et ternissait les parois de plusieurs carafes à whisky.

Puis, elle remarqua un paquet de photos contre le mur blanc.

Cinq, six photos en couleurs, plus encore, environ une vingtaine… Martin adossé au capot d’une jeep ? Elle ne savait jamais reconnaître une marque de voiture ! Quel âge a-t-il ? La quarantaine, guère plus… Un peu moins peut-être… Ici, avec son père ? Elle ne se souvenait plus du tout de ses parents, elle imagina qu’il s’agît de son père, plus petit, le bras de Martin entourant son cou.

Un peu après, une cour, un cochon étendu sur le sol et Martin accroupi et penché vers l’animal tourne la tête vers l’objectif, la lumière lui plisse les yeux, il est vêtu d’un short et de baskets, il est jeune, elle reconnaissait les traits de leur jeunesse sur son visage… Que s’apprêtait-t-il à faire ? Dépecer l’animal ? Il savait donc faire ça ? Rose, attendrie avait le cœur tout serré et ce fut une scène du roman de Anna Gavalda « Ensemble c’est tout «  et du film éponyme qui surgit aussitôt et elle imagina un court instant une vie qu’ils auraient pu partager.

Pourtant il en avait été autrement… Et, sur cette autre photographie, l’Afrique, un bateau, une pirogue plutôt et le rire éclatant de Martin à bord… Rose s’était mise à parler à voix haute pour rompre le silence de cathédrale et Lyll avait secoué les oreilles J’ai toujours voulu découvrir un pays d’Afrique noire et rencontrer  Macoco, le héros de ma toute première lecture, je me souviens des éléphants, des tam-tam du mil que pilent les femmes, des cases et de l’avion que prend Emile pour rendre visite à ce petit garçon noir Macoco… Comme j’ai rêvé de voyages, de contrées lointaines et inconnues en coloriant les frises de bananes, de pagnes, de noix de coco et de palmiers !

Martin encore, dans un jardin, sur une terrasse, probablement à Wissous chez ses parents… Une fille assise sur ses genoux, elle est rousse, il pose sa main sur sa fesse.

Sa femme ? Elle paraissait toutefois plus âgée que lui et il sembla à Rose qu’elle prenait toute la place… elle se tient droite, elle est sûre d’elle comme si elle dominait Martin… Ce ne doit cependant être qu’une illusion et en effet c’est probable mais cela ne me regarde pas…

Et puis il faudrait que je sorte, que j’aille prendre le vent sur la plage, mettre des coups de pied dans le sable ou me baigner dans l’océan glacé… Ou alors t’écrire une lettre que je laisserais là dans ta cuisine et m’en aller. Les souvenirs sont douloureux et nous n’aurons pas plus d’avenir qu’à nos vingt ans…

C’est pourquoi, tout en remettant de l’ordre dans les photographies, par ailleurs elle ne respecta nullement le classement originel et par conséquent sema la zizanie dans le fil de l’histoire de Martin, Rose sentit quelque chose de l’ordre de la colère l’envahir, comme une soudaine aversion pour son enfance à elle, pour sa propre naissance.

Assurément Rose commençait à pressentir que son histoire, les conditions dans lesquelles elle avait grandi avaient certainement handicapé le cours de sa vie d’adulte.

C’était un sentiment étrange, glaçant et certes effrayant.

Peut-être aurait-il fallu qu’elle en fasse le constat avant d’atteindre l’automne de sa vie !

Sans doute aurait-elle alors envisagé d’autres routes et volontiers emprunté des chemins de traverse plus sinueux et rustiques mais auraient-ils été vraiment plus fleuris ?

Martin        0802

Dans ma tête des kilomètres et des kilomètres d’idées toutes en même temps, des rubans noirs, larges comme des boulevards, mouvants comme les tentacules d’une pieuvre géante, tissés mêlés comme les fils d’une toile d’araignée emprisonnant ses proies et les avalant ensuite, des ailes plombées et sans poudre, je suis fatigué, je dois les trier, ne pas toutes les entendre ni les suivre, pourtant elles me plaisent toutes ces idées qui bombardent mon esprit la nuit, le jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, alors je prends un chemin et puis je me trompe, je reviens et ensuite apparaît une autre voie et encore un cul de sac, c’est exaspérant et pourtant je dois faire face, un champion du monde ne tombe pas, ne pleure pas, ne reconnait jamais qu’il souffre, un champion du monde reste debout, droit et fort contre vents et marées et les vents contraires, je les connais par cœur, ils me frappent tant qu’ils peuvent mais je suis un roseau dans ma carcasse de fer, je crie je hurle mais je plie en dedans, je me couche même jusqu’à ce que cessent les intempéries et qui le voit, qui le sait ? Je ne montre rien en public qui puisse m’affaiblir, rien qui puisse laisser croire qu’enfin je me rends, qu’enfin on m’a abattu, non, je ne me rendrai jamais, je ne tomberai pas, je suis un roc, un phare que giflent les tempêtes, j’ai pourtant très peur, peur de toi, peur de lui, peur, une peur comme des crocs qui ne lâchent plus, qui mordent jusqu’au sang et si souvent je tremble d’effroi à l’intérieur et j’ai si mal ! Mais personne ne doit  rien savoir, excepté Lyll qui par son regard si doux posé sur mon armure de rouille m’apporte un peu de tendresse, je suis si fatigué, tant et tant que je voudrais m’étendre dans une contrée inconnue, dans une langue étrangère où je serais étranger à moi-même et aux autres, m’étendre à l’ombre d’un figuier, j’aime la confiture de figues, celle que fait ma mère, le sucre, les douceurs, les confiseries à l’eau de rose et à la fleur d’oranger, les pâtisseries que confectionne ma mère à cause de qui les femmes me terrorisent et pourtant je les veux toutes, je les regarde toutes, je les déshabille toutes, on ne sait jamais ! On ne sait jamais quoi ? L’amour ? Je suis mortifié à l’idée d’aimer, de tomber amoureux… Jamais, ne jamais montrer que je tombe, que  j’aime, ce serait sombrer, pleurer, souffrir, ce serait être nu et sans défense, sans épiderme, je veux qu’elles m’aiment toutes et elles m’aiment toutes parce que je suis un roc, parce que je suis beau, parce que je suis un champion du monde ! Je suis Martin l’as de l’humour, le meilleur en pirouettes rhétoriques et je profère aussi des tonnes de grossièretés qu’elles adorent comme des bouquets de roses sortis de ma bouche, j’aime jouer ce personnage qui quitte la fête avant tout le monde et arrive après tout le monde, j’aime manquer aux gens et je m’arrange pour créer le manque, surtout aux femmes que je séduis, j’aime leur manquer parce qu’elles sont fortes et entières… J’aime que ce soit elles qui me cherchent, qui  m’appellent, qui me supplient… Si jamais je tombais amoureux et si jamais l’une d’entre elles me manquait ? Ce serait ma perte, la fin de mon prestige et je ne veux pas… Je mens, j’embobine, je trompe, je mets en vitrine ce qui brille, ce qui claque, le golf, oui, je joue au golf de Cornouaille à La Forêt-Fouesnant, parce qu’il faut bien s’exhiber, jouer et gagner,  flirter avec la crème des crèmes… Pourtant, j’ai le dos en compote, le souffle court la fatigue entre les jambes, j’y vais quand même jusqu’à l’épuisement… Et je les écoute paraître, leur moi-je, tout comme moi je, et j’ai envie de vomir et je continue, et je continue…  Je mens, je trompe, je me mens, je me trompe… Je ne ploierai pas même si en arrière-boutique j’entasse mes problèmes de trésorerie, je fais de la cavalerie avec mes comptes en banque, je n’ouvre pas mon courrier, je ne paie pas mes dettes et mes embrouilles avec mes parents, tous les jours, tous les jours, et pourtant je suis unique, je suis brillant, leur fils magnifique, ils pourraient me donner un coup de main… Non… Et mon père me prend pour un âne, un imbécile, il m’a toujours méprisé il m’a toujours rabaissé un père ne doit pas traiter ainsi son garçon, unique, fragile… Un père doit conduire, tutorer, rassurer … Une maman doit aimer tendrement, caresser, sourire… Elle me repousse, elle lui obéit à lui, elle ne dit pas qu’elle pense à moi, qu’elle m’aime, elle me met à la porte, elle m’a rendu toutes les photos d’avant, mes affaires, il n’y a plus rien de moi chez eux… Alors je bois, beaucoup, je bois pour adoucir, pour anéantir, pour guérir… Mais, je ne m’en sortirai pas seul, j’ai besoin d’une présence quotidienne, quelqu’un qui m’écouterait et m’aimerait en vrai… Rose… Seule Rose me touche et je ne sais que lui faire mal… Seule Rose a compris qui je suis en vrai, au-dedans de ma cuirasse, aux bords de mes vertiges… Gagner, gagner… Etre le premier… Plaire… Briller… J’ai gagné quoi au juste ? Le privilège de finir seul, stérile et impuissant…Qui pourrait m’expliquer ? Je ne sais pas ce qui arrive, je l’ai perdue, j’aurais dû rester avec elle depuis le début, non, je voulais mieux, je voulais plus beau, plus riche, je voulais plus haut, plus brillant… Je voulais… Je ne sais pas ce que je voulais… Elle est partie….    

Quelques jours après le décès de Maxime, parmi les nombreuses lettres qui chaque jour emplissaient la boite, Rose reconnut l’écriture fine et élancée posée sur le grain beige épais de l’enveloppe. Elle prit son temps avant de décacheter le courrier, le soupesant, le humant, le posant sur le guéridon, l’oubliant quelques secondes puis le soulevant à nouveau dans ses doigts, tout cela pour que dure l’attente, pareille à celle qu’elle orchestrait avant de déguster une friandise alors qu’une multitude de petites explosions acidulées éclataient dans toute sa bouche et faisaient briller ses yeux. Enfin Rose tira d’un coup sec la patte en papier Velin beige et vint s’installer sur l’énorme coussin rapporté d’Amsterdam et qu’elle posait, lorsqu’il faisait beau, sur le rebord de la fenêtre ouverte côté soleil. C’est ainsi que fait tout le monde à Amsterdam dès l’apparition du printemps, de larges coussins viennent égayer les balustrades et se penchent vers les canaux. Rose avait trouvé cela si charmant durant son long séjour aux Pays bas qu’elle en avait adopté l’idée. Dans ses mains maintenant trois feuillets beiges couverts de mots à l’encre bleue… Rose porta le papier à ses narines, aucun parfum sur les phrases de son amie Marlène Moris, les circonstances de la lettre l’en avaient probablement dissuadée. Habituellement Marlène aspergeait son courrier d’essence de jasmin, parfois même elle y glissait une vraie fleur qu’elle disséquait pour l’aplatir et l’organiser harmonieusement sur un coin de papier. Rose s’appuya à la fenêtre et lut à haute voix, s’adressant aux oiseaux, dans la douceur du vent de ce début d’été.

Ma très chère Rose,

Je ne sais par quels mots exprimer la douleur que je porte. Je pense à toi si fort ! Toi qui dois supporter son absence, la vivre, la pleurer. Tous les moments de nos rencontres affluent comme de gigantesques vagues. C’est une tempête Rose, du bleu nuit, du gris givré, du blanc sali en éclaboussure…Toutes les nuits, depuis que tu m’as annoncé cette triste nouvelle, sa mort brutale comme on aurait fauché l’herbe verte et tendre, je rêve ces couleurs de mauvais temps sur la mer, l’océan qu’il aimait tant, et je ne peux envisager d’autres teintes plus douces. Rose, je vais le composer ce tableau, je dois le faire, pour toi, pour lui, pour elles.

Comme tu dois être dévastée !

Rose tout cela est injuste, pourquoi si vite ?

J’aurais voulu être près de toi. Viens, rejoins moi quelques jours, dès que tu le peux. Je suis en résidence à Prague jusque la fin de l’été. C’est un endroit fabuleux, dépaysant et tu rencontreras des personnes étonnantes, talentueuses et douces. J’ai apporté mon violoncelle et je te jouerai la pièce que je viens de composer. Rose, viens, je t’en supplie. Nous pleurerons Maxime ensemble, nous parlerons de lui, tu me le raconteras car je le connais bien moins que je te connais toi. Et puis je peindrai des couleurs rien que pour toi, pour que tu ries, pour que tu t’émerveilles si toutefois j’ai ce pouvoir… J’utiliserai des encres de couleur, du jaune, du mauve… Des iris… Voilà Rose, des iris pour toi, des iris aux perles d’eau, je laisserai couler l’encre ou traîner mes roseaux ou alors je travaillerai au pinceau… Et les soleils, il y aura un bouquet de soleils, je ferai des splash, je jetterai des grosses flaques de soleil que je laisserai dégouliner.

Viens vite Rose !

Nous avons tant à nous dire.

Te souviens-tu des goûters, ce sont ces moments- là qui ne cessent de jaillir, où ne venait jamais Maxime puisqu’il était au travail et surtout il n’aimait pas la flûte, cela lui rappelait disait-il l’école primaire et les postillons pleuvant de partout… Ces fameux goûters avant les vacances des enfants qu’organisait Marie Noëlle Auguste… Nous avons tant ri des gâteaux ratés que tu apportais… Les joues rouges des enfants après qu’ils aient soufflé dans leur flute à bec. Tu te souviens comme nous nous moquions de Marie Noëlle, elle voulait absolument que les enfants donnent un mini concert parfait ? Elle leur criait dessus, se mettait en colère… Ils se jetaient ensuite, soulagés que ce soit terminé, sur tes gâteaux ratés… Moi, j’affichais leurs dessins les plus beaux mais tout le monde s’en fichait…

Ces beaux moments !

Tu vois Rose, je regrette de ne pas avoir accompagné les concerts de Marie Noëlle, elle aurait très bien pu intégrer le violoncelle. Je n’ai pas eu cette gentillesse pour elle. Je regrette car tu vois, un jour les gens  disparaissent, avant que l’on ait eu le temps de leur dire ou leur montrer qu’ils comptaient et qu’on les aimait.

J’ai de la chance Rose de peindre d’aimer la musique et d’en jouer et je voudrais que tu viennes ici pour poser ta douleur dans un endroit somptueux aux couleurs magnifiques. Ce pourrait être un remède, une jolie façon de penser à Maxime, à ses éclats de rire quand les filles lui racontaient les goûters de Marie Noëlle et mes colères quand elles déchiraient leurs dessins avant même que j’aie pu leur en dire quelque chose.

Viens Rose, je t’attends.

Ton amie

Marlène  

Rose resta longtemps à la fenêtre, jusqu’à ce que la fraîcheur et l’ombre aient envahi sa place sur le coussin. Elle ne pleura pas, les mots de son amie n’invitaient pas à la tristesse, au contraire ils faisaient promesse de voyage, de retrouvailles et pourquoi ne l’envisagerait-elle pas cette escapade à Prague ?   

La maison bleue

Cette maison bleue lui paraissait être la représentation du bonheur, éphémère, une maison aux volets ouverts, dessinée en trompe l’œil sur une façade en ravalement de la rue de l’Amiral Mouchez.

Rose aimait les promenades solitaires et empruntait cette portion de rue pour rejoindre le parc Montsouris et il lui était très facile et agréable, en passant, d’imaginer l’océan tapi derrière les tentures colorées, le bruit des vagues, le vent, de rêver les murs lui appartenant, un luxe à Paris… De maison elle ne connaissait ou plutôt n’avait vécu que dans celles de ses parents et elle aimait particulièrement l’idée d’un escalier portant vers les pièces à se reposer comme des rêves de fin de journée à vivre… Une grande cuisine aux faïences bleu roi, un piano occupant le centre et l’odeur du pain partout… Maxime avait préféré acheter un appartement et quand bien même il l’aurait voulu, ses moyens ne lui auraient jamais permis de posséder une maison à Paris et il ne voulait habiter nulle part ailleurs.

Qui étions-nous ? Comment allions nous grandir ? Dans quel sens, vers quelle voie ? En prenant place sur le banc bordant les berges du lac, et bien qu’elle fut seule, Rose s’interrogea à voix haute sans très bien déterminer qui incluait ce nous… Nous Maxime et Rose ou nous Rose et Martin ? Des mouettes rieuses dansaient au-dessus de l’eau verte. Nous ne savions rien poursuivit-elle tout bas, rien de la vie, rien du malheur rien de ce que nous allions devenir et nous nous en moquions effrontément. L’étendard de notre jeunesse et le bouclier de nos joies suffisaient à nous garder heureux. La seule importance à nos yeux, guérir vite de nos peines de cœur, un de perdu… Cela se révélait toujours très efficace et nous avions les garçons à nos pieds. Que de fous rires à les laisser se dépêtrer dans leurs efforts de séduction ! A force d’y penser et à l’évocation des souvenirs, ce nous n’est rien d’autre que nous, les filles, les amies, les copines.

Nous venions de découvrir la liberté, un appartement pour soi aussi minuscule soit-il et l’amitié. Rose se souvint de soirées qui se terminaient au petit matin et tant pis pour le travail, des nuits blanches délicieuses à vivre tard et sans dormir pour ne pas gaspiller le temps, des chevelures mélangées, des rires à gorge déployée, un goût à nul autre pareil fait d’un mélange de désirs de peurs et de tremblements. Elles étaient quatre, toutes s’étaient perdues de vue sauf Nancy que Rose  continuait de voir de temps en temps, une petite bande qui parfumait les rues de Paris de leur espièglerie et de leur fraicheur provinciale. Rose avait pris un virage en épingle à cheveu en quittant sa terre natale, en montée vertigineuse dans un ronflement de moteur lancé à folle allure, un virage à n’en plus finir vers des sommets qu’elle entrevoyait éclairés de lumière éternelle, un virage où il était interdit de regarder dans le rétroviseur sous peine de décadence ou d’accident. Rose entendait bien grimper encore plus haut jusqu’à un plateau qu’elle jugerait habitable. Elle n’avait jamais consenti à une fuite, une échappée belle plutôt, et les fins de virages n’offraient-elles pas la perspective de paysages fabuleux ?

Elles allaient sûrement aller tout droit en enfer plaisantaient-elles lorsque l’une ou l’autre recevait une missive parentale se plaignant d’absence de nouvelles. La vie était tellement belle à Paris, attirante comme un fruit défendu, un pécher à avouer au confessionnal de l’enfance… Toutes les quatre étaient issues d’un milieu rural et populaire, avaient eu à faire à des interdictions multiples et injustifiées, n’avaient reçu de culture que de leurs professeurs et avaient à prouver innocence, honnêteté et bonne conduite pour ne pas faire rougir leurs parents. C’est pourquoi Paris leur offrait un anonymat confortable dont elles n’abusaient pas plus que cela. Elles vivaient leur jeunesse à l’abri des jugements et, considérant cela comme un dû ou une revanche, n’étaient absolument pas pressées de rendre visite à leur famille restée là-bas au fond des bois. 

Il m’invita à le rejoindre se souvint Rose. D’une manière qu’elle jugerait humiliante aujourd’hui. C’était lors d’une de ces virées après le travail où la bande des quatre refusait de se séparer, trop tôt, trop beau, envie de chaleur de musiques fortes et de rires. L’intérieur d’un pub, un soir, tard à Saint Germain des Prés, la fumée des cigarettes, l’odeur de la bière… Rose sentit peser sur elle un regard et, lorsqu’elle vérifia, il lui fit un signe de loin, sans rien bouger de plus que sa tête pour qu’elle le rejoigne… De la même façon qu’il aurait sifflé un chien… Nier devenait sa force. Seule Rose avait été témoin de ce geste et en ne prévenant pas ses amies, en ne répondant pas, elle conservait un pouvoir sur le garçon d’en face. Elle ne regarda plus vers lui et son groupe, elle se tourna vers Nancy dont elle but les paroles, rit plus que de raison et attendit. Qu’elle nie son geste ne pouvait qu’agacer le garçon capable d’un comportement si autoritaire qu’il avait pu croire qu’elle répondrait à une communication aussi cavalière.

Il aurait aimé qu’un drame survienne pensa Rose seule sur le banc à la peinture brillante donc récente, de ce vert qui voudrait nous propulser dans des forêts de sapins… Un drame, n’importe quel évènement qui lui aurait permis d’approcher la bande des quatre… Peut-être est-ce moi qui aurait désiré qu’un drame romantique se produise plutôt qu’un… Ordre d’un maître à son animal de compagnie. Il ignorait ce que le chien, dans une telle situation, pouvait adopter comme réponse réfléchit Rose… En admettant que je fus un chien, j’aurais choisi la fuite, le virage, le demi-tour, la galopade dans l’autre sens, à l’envers de la tentative de mon maître de me mettre en laisse… Il ne connaissait rien aux chiens décréta Rose en souriant. Elle fouilla dans son sac et attrapa ses lunettes de soleil, ses yeux devenaient de plus en plus fragiles à la lumière. Son geste un peu brusque fit fuir un groupe de mouettes rieuses. Elles prirent leur envol et fondirent  sur un petit rocher près du manège où un homme et un enfant jetaient de la nourriture vers le plan d’eau. Rose ferma les yeux dans un délicieux abandon pour mieux s’offrir à la caresse du soleil. Ce fut d’apercevoir l’espace de chair entre la ceinture de son pantalon et le bord de son pull lorsqu’il s’était levé, étirant les bras vers le ciel qui l’avait séduite. Il s’était approché d’un coup de leur table en riant et une émotion si pure l’avait envahie, qu’elle oublia le signe de tête précédent. Ce devait être ainsi la découverte d’un trésor, suivie de la volonté  de l’emporter à tout prix  puis de le cacher et le garder jalousement. D’une parcelle de peau, de mains tendues vers le ciel comme une intention d‘embrasser l’univers, il lui sembla que Martin prenait immédiatement possession de sa vie. De quelle étoffe le pantalon de Martin ? De quelle couleur son pull ? Tant d’années se sont écoulées depuis leur première rencontre… Beige le pantalon peut-être, le pull, fin, un peu mou, souvent porté car ample, une couleur sombre, un vert sapin ou olive…Je l’ai épousé dès le premier regard admit Rose, dès le signe de tête m’ordonnant de le rejoindre..

Le papier bleu

Rose dut bien se résoudre à s’occuper des affaires de Maxime, ses trésors disait-il et les choses auxquelles il tenait beaucoup pouvaient aussi bien être des vêtements, des photos et surtout des livres. Il adorait les livres et en possédait des quantités mais il ne les lisait pas tous. Les titres l’interpelaient, le happaient comme une intuition et Rose imaginait alors lorsqu’ils parcouraient ensemble les rayons d’une librairie, un petit enfant fermant les yeux, faisant tourner un planisphère et, posant l’index au hasard, décrétait après avoir rouvert ses yeux en grand que ce serait là qu’il voyagerait lorsqu’il serait grand.

Rose renonça plusieurs fois à cette tâche qui le pensait-elle serait trop douloureuse, il fallait que le moment arrive, qu’elle se soit apprêtée, parfumée, maquillée pour ce qu’elle entrevoyait comme un rendez-vous particulier avec Maxime.

Elle se décida une fin d’après-midi de juin, un jour où elle s’était sentie plus légère que de coutume, un peu plus gaie aussi, un peu comme lorsqu’une bouffée de bonheur envahit sans raison apparente.

Elle commença par les vêtements et lorsqu’elle ouvrit les armoires et les tiroirs où Maxime rangeait ses affaires, elle repéra les couleurs, un peu comme si elle avait à choisir des fleurs pour confectionner un gros bouquet et décida qu’elle garderait, pour les porter, quelques pièces… Ce pull bleu marine un peu usé et large, aux coudes duquel elle avait cousu des renforts de coton à carreaux bleu ciel et blanc, une chemise de lin blanc, les jeans c’était inutile, même si l’un d’entre eux lui plaisait beaucoup, puisqu’elle avait grossi et était bien plus petite que son mari, un nœud papillon de soie noire parsemée de boutons de rose minuscules, cette veste marron qu’il emportait toujours lorsqu’ils partaient à la campagne… Toutes ces photos… Elle les donnerait aux filles qui sauraient quoi en faire de beau… Quant aux livres, elle les garderait tous.

Rose emplit quelques cartons de vêtements puis se dirigea vers le bureau. Elle avait rangé les objets du dessus très rapidement après le décès de Maxime, la trousse de cuir ouverte d’où dépassait une mine de plomb et la mini règle de fer la paralysait de frayeur tant elle représentait l’absence de son mari.

Dans un des tiroirs, Rose découvrit un paquet de lettres adressées à Maxime par Marinette sa cousine avec qui il avait depuis l’enfance une relation complice. Marinette était un peu la sœur qu’il n’avait pas eue.

Puis un papier bleu, une feuille pliée en quatre, attira son attention. Elle déplia la page et découvrit le poème de Rudyard Kipling «  Tu seras un homme mon fils » que Maxime avait recopié de son écriture serrée, sans doute avait-il préféré que la poésie tienne entièrement sur le recto.

Maxime aurait aimé avoir un fils mais après les jumelles Rose n’envisageait pas du tout l’idée d’une autre maternité et surtout pas deux bébés en même temps une fois de plus.

Le cœur de Rose se serra à ce souvenir et elle se sentit coupable d’égoïsme, cela avait-il été si important pour Maxime ? Elle ne lui avait pas donné la possibilité de prononcer à un fils Tu seras un homme…

Rose pensa que cette formule devait donner beaucoup d’espoir dans un relai et procurer beaucoup de fierté à un père, car c’étaient plutôt les pères n’est-ce pas qui osaient cette prédiction… Et elle imagina Maxime un peu de rouge aux joues, gonflant le torse et souriant à au futur homme dont il était l’artisan.

Disait-on cela à une fille Tu seras une femme ma fille ? Rose ne se souvient pas l’avoir prononcé pour ses filles, même pas pensé, et Maxime, l’aurait-t-il fait ?

Ne pensait-on pas plutôt Sois une bonne épouse, une bonne mère Ma fille…

Rose se souvint que sa mère lui avait recommandé de ne jamais dépendre d’un homme.

Que signifiait être un homme ? Etre fort ? Etre parfait, loyal, honnête…. Etre celui sur qui on s’appuie ? Etre celui qui dit la loi ?

Rose emporta le papier, tira une chaise de fer qu’elle avait peinte en rouge, tapota le coussin, un geste idiot pensa-t-elle puisque le poids de ses fesses allait aussitôt écraser le moelleux, et s’installa sur le balcon où mourait déjà le soleil. L’air était devenu plus frais et le parfum des roses en pot distillait une douce brise invisible. Les voisins en face, un jeune couple, prenaient l’apéritif et Rose leur fit un signe amical.

Elle lut le poème en silence et très lentement. Chaque strophe, au nombre de sept, avec attention. Elle avait l’impression soudain de capter la part inconnue de son défunt mari, la part d’intimité qu’il tenait à protéger. Lisait-il souvent ce texte ? Le papier ramolli le prouvait ainsi que quelques taches, du chocolat ? De l’encre aussi et de minuscules miettes de quelque chose comme une poudre merveilleuse jetée un soir de fête et retombée entre les mots si importants.

Rose lut jusqu’au bout, jusqu’au coucher du soleil et l’apparition de la nuit,

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te remettre à rebâtir

Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans soupir

Si tu peux être amant sans être fou d’amour

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour

Pourtant lutter et te défendre

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles

Travesties par des gueux pour exciter les sots

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles

Sans mentir toi-même d’un seul mot

Si tu peux rester digne en étant populaire

Si tu peux rester peuple en conseillant les rois

Et si tu peux aimer tous tes amis en frères

Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi

Si tu sais méditer observer et connaître

Sans jamais devenir sceptique ou destructeur

Rêver mais sans laisser ton rêve être ton maître

Penser sans n’être que penseur

Si tu peux être dur sans jamais être en rage

Si tu peux être brave et jamais imprudent

Si tu sais être bon, si tu sais être sage

Sans être moral ni pédant

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite

Et recevoir ces deux moteurs d’un même front

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront

Alors… Tu seras un homme mon fils.

Lorsqu’elle acheva sa lecture, elle ferma les yeux, inspira longuement comme pour se recueillir et une paix profonde, un calme bienveillant, vivant et fort emplit toutes les béances laissées à son âme depuis la mort de Maxime. Elle se dit alors que les personnes que l’on aimait ne mouraient jamais tant les traces de leur vie restaient accrochées partout, comme des sourires, à tous les arbres, les fleurs, les parfums, les bruits. Rose porta le feuillet à ses narines, respira cet objet délicat que les doigts de Maxime avaient si souvent tenu. Elle y trouva une légère odeur de tabac, Maxime aimait, le soir, fumer un ou deux cigarillos et leur parfum un peu épais, brun comme les feuilles de tabac, avait accompagné bon nombre de leurs bavardages jusque tard dans la nuit.

Maxime s’inspirait donc de ce poème pour avancer droit dans la vie ! Rose reconnut là le charme de cet homme, son attachante et émouvante timidité, ce doux optimisme qu’il affichait souvent lorsque soufflaient des vents contraires, ce rêveur à qui il ne fallait cependant pas raconter de bobards.

Vivre avec lui avait été aussi confortable que le décor douillet de leur appartement, du chaud, du vrai, du sensé pimenté aussi de fantaisie et la simplicité des belles choses. Et, quand il avait fallu pleurer, ils l’avaient fait ensemble. En vivant côte à côte tant d’années, chacun avait conservé sa part de lui-même libre, une ampleur de mouvements, de gestes et de pensées. Deux êtres avaient partagé un lit, des enfants, des parents, des amis tout en protégeant leurs différences.

Hôtel des mimosas

Ôter ce vilain caillou tout rond, tout dur de sa chaussure… Côté cœur… Voilà ce qu’elle allait faire et sans hésiter plus encore. Une obligation dès à présent, un ordre qu’elle se donnait à elle-même.

Rose, en se garant devant l’hôtel des mimosas laissa l’ovale de son visage accueillir les perles d’eau nées au bord de ses cils et qui roulaient maintenant jusque dans son cou.

Elle sentait ses joues rougir, du rouge ardent des coquelicots aux pétales froissés mais si fiers, se dressant magnifiques et résistants au-dessus des monticules de détritus.

Il fallait qu’elle en termine avec cette obsession, Martin toujours Martin, partout, chaque jour, une obsession dont l’origine remontait à cette prime rencontre dans un pub parisien, le pub Saint Germain plus exactement… A moins que ce ne fut cette piste de danse en Suisse et la désinvolture avec laquelle Martin l’avait abandonnée au milieu de tout le monde… Peu importait, Rose savait qu’elle n’obtiendrait jamais réparation et tout cela était si ancien ! Elle était libre aujourd’hui, seule en raison de son veuvage mais elle devait se garder d’obéir à coeur ouvert aux états d’âme de Martin, à ses lubies, à ses éclats de voix comme de rire. Cette fois elle arracherait et complètement les adhérences à cet homme, un peu comme elle s’extrairait rapidement des ronces.

Cette fois elle ne rappellerait pas Martin.

Tant pis si cela avait l’apparence d’une revanche sur le passé et cela l’était sans doute, tant pis si elle se savait somme toute de fort mauvaise foi. Tant pis, tant pis, tant pis.

En sortant de sa voiture, Rose prit une gifle de vent qui la fit ravaler ses larmes et, tout en reniflant, elle se promit de ne plus pleurer, ni pour Martin, ni pour les souvenirs, ni pour personne. Pour une fois elle se mettait en colère contre cet homme qu’elle trouvait obèse, vaniteux, immense, difficile et tout compte fait bien malheureux dans sa prison des « moi je ».

L’hôtel était situé tout au bout du quai bordant l’Aven et Rose avait roulé au pas tant les badauds étaient nombreux à flâner dans cette petite ville, dont la réputation avait franchi nombre de frontières, fleurie de galeries comme autant de taches de couleur jetées sur un vaste mur blanc.

En dégageant sa valise du coffre, Rose sourit, elle allait ici respirer tout l’oxygène qui suffirait à la guérir de Martin. 

Elle poussa la porte d’entrée de l’hôtel et s’engagea dans un minuscule couloir où l’obscurité tranchait avec l’éclaircie soudaine du ciel dont le gris se déchirait, à l’ouest, de larges pans bleus.

Peu à peu la colère que Rose avait cru devenir un ouragan d’amertume se dissipait et laissait la place à son appétit naturel de vivre, de rire et de manger.

Le tintement de la clochette à l’ouverture de la porte avait pressé le maître de maison qui l’accueillit d’une sympathie non feinte. Elle serait très bien là, cachée, se dit-elle.

On l’accompagna jusque sa chambre, une séduisante pièce mansardée décorée d’objets en osier, fauteuil, abats jour, table basse… L’odeur y était douce, un parfum d’orange et de cannelle. La fenêtre donnait sur la rivière et le maître de maison lui promit de fabuleux couchers de soleil. Il s’en alla discrètement et Rose se mit à l’œuvre, ouvrant d’un coup sec sa valise d’où elle sortit quelques vêtements… Et dire que cette opération aurait pu se dérouler chez Martin ! Quel gâchis pensa-t-elle. Mais, tout aussitôt elle se réjouit de sa belle initiative d’avoir réservé un hôtel.

Quelle heure était-il ? Rose sentit la faim serrer son estomac, elle n’avait rien avalé depuis onze heures et il était quinze heures trente. Elle regarda par la fenêtre et admira l’ondulation de la mer qui montait semblait-il. Comme ces marées étaient étranges, ces flux et reflux permanents, immuables toutes les six heures lui avait une fois expliqué Martin avec une demi- heure de rien du tout, l’étal ? Elle ne se souvenait plus très bien.

Quel dommage qu’il y ait tant d’obstacles à leur relation ! Il semblait à Rose qu’elle aimait Martin mais comment l’aimait-elle ? Et combien ? Et puis à quoi reconnait-on qu’on aime une personne ? Rose se dit que de son point de vue, aimer quelqu’un c’était le défendre bec et ongles contre tout danger… L’amour qu’elle croyait porter à Martin n’était pas obscène et pourtant, bien des esprits malveillants auraient pu le croire tant Rose avait inclus Martin dans sa vie depuis le premier regard qu’il lui avait offert et alors même qu’elle partageait  le lit de Maxime. Rose désaimait rarement et l’opinion des autres ne l’avait jamais dérangée et, personne, n’avait accès à son domaine secret. Maxime avait toujours respecté l’impression de  liberté à laquelle tenait tant Rose qui consignait sur des cahiers moleskine ses pensées les plus profondes, ses troubles et ses bonheurs. L’orientation qu’avait prise leur couple était à l’opposé de la prison que pouvait être parfois le mariage.

Rose se dégagea de la fenêtre et décida de sortir. La mer montait, le ciel s’éclairait, elle allait sortir de cette ornière elle en était certaine, elle avait juste à mettre de l’ordre dans ses sentiments, rendre à Martin la place qui convenait et vivre… Quitter cette piste de danse pour toujours.

Rose enfila sa veste de laine, enroula son écharpe de coton. La porte de la chambre claqua comme le bruit d’une page tournée brusquement.

L’odeur dehors était forte, transportée par le vent qui conduisait la mer vers le haut, une odeur d’oursin pensa Rose et l’image d’une boule brun pourpre piquée d’aiguilles fines surgit.

Rose sourit large, aussi grand que la mer qui montait. Elle déambula, picorant çà et là les couleurs et les formes des tableaux aux vitrines des galeries et atteignit les berges de l’Aven là où le chaos de roches rondes et lisses qui paraissaient avoir été lancées par des bras de géant offrait une étonnante image. Le spectacle de l’écume roulant sur les pierres était fabuleux à l’unisson peut-être de la colère qui avait étreint Rose quelques minutes plus tôt.

Puis elle franchit le petit pont de pierre et se trouva devant le restaurant gastronomique Le Moulin de Rosmadec qui affichait une carte très intéressante. Elle remarque les langoustines du Guilvinec à la mayonnaise chaude, le feuille à feuille de gavottes à la crème vanille de Madagascar, le filet de rouget aux écailles croustillantes, la barre chocolatée carambar d’antan au caramel… Une explosion de gourmandise et de curiosité chatouillait son palais… Elle ne pourrait résister longtemps.

Rose regarda le ciel qui commençait à prendre des tons onctueux d’or et d’orange…

Dîner ici se dit-elle…

Le menu à l’aveugle…

J’ai choisi la lettre O pour sa rondeur comme une lune ou un soleil.

Mes mots

Obéir, obèse, obligation, obscène, obscurité, obsession, obstacle, obtenir, oxygène, ovale, ouvrage, ouvert, oursin, ouragan, ouest, ôter, osier, ornière, origine, orientation, ordre, orange, or, opposé, opinion, opération, onze, ondulation, onctueux, ombre, œuvre ?

Doutes

Lorsqu’elle posa la main sur la poignée de la porte au sortir du Moulin de Rosmadec, Rose sentit immédiatement l’ombre de la tristesse la couvrir. Elle n’avait pas attendu que la précède le réceptionniste pour lui tenir le lourd vantail grand ouvert sur la nuit, elle s’était levée de table précipitamment, pressée d’être dehors, ailleurs. Sa main, au contact de l’énorme poignée de cuivre ronde et brillante lui parut pâle et elle vit encore plus nettement les éphélides fleurissant sur sa peau, taches de plus en plus nombreuses et larges, comme des flaques de lassitude. Une sorte d’inquiétude mêlée d’empathie spontanée à la pensée de Martin resté seul dans son appartement en front de mer l’étreignit. Pour un peu elle remonterait en voiture et filerait à nouveau là-bas, poser sa main chaude et tendre sur celle immense et rugueuse de Martin. Rose avait conservé le souvenir de ses longs doigts larges et charnus, des doigts qu’il aurait aimé faire courir sur le clavier d’un piano au lieu d’un accordéon regrettait-il souvent. Lorsque Martin posait sa main à plat, écartant au maximum ses doigts, l’espace pris était impressionnant et Rose imaginait immédiatement la patte d’un chiot intrépide vive et douce, disproportionnée, agile et maladroite, très large et très épaisse par rapport à sa taille de bébé chien. Elle espéra une main d’ange, la sienne, caressant une autre gigantesque et immobile, une caresse censée apaiser, dompter un animal prêt à bondir, à griffer, à anéantir et une envie folle de rejoindre Martin la saisit encore, pour lui prendre la main, juste cela et lui dire qu’elle l’aimait et tant pis pour la rudesse dont il avait fait preuve à son égard. Elle pensa qu’il devait se sentir très seul voire triste, elle aurait dû essayer de le comprendre, elle avait réagi, elle saurait et pourrait peut-être réparer… C’était toujours comme cela, elle ne savait pas en vouloir à quelqu’un, elle pardonnait volontiers s’inquiétant pour l’autre et ramassant sa propre peine. Rose était convaincue que Martin était malheureux.

Derrière elle, le jeune réceptionniste arriva presque en courant, tira brusquement la porte sur la nuit en s’excusant de ne pas l’avoir accompagnée. Rose lui sourit, cela n’avait eu aucune importance… Au contraire pensa-t-elle, sa main posée sur la poignée fraiche avait eu le pouvoir d’évoquer l’ange et le démon, un démon aux pattes de velours. Et elle s’en voulut encore de n’avoir rien tenté pour aider Martin, mais comment le pourrait-elle à présent ?  Elle ne voulait pas vivre avec lui.

Aussitôt Rose s’étonna de ce constat, Martin ne lui avait rien demandé de tel ! Avait-elle envisagé, à son insu, une vie aux côtés de cet homme chéri depuis tant d’années ? Comme une seconde chance ? Les pavés de la ruelle menant à l’hôtel luisaient faiblement à la lumière des réverbères, le bruit de la rivière chantait tout près et Rose attrapaient ses pensées comme si elles ne lui appartenaient pas, elles s’élançaient comme des lutins farceurs. Une vie avec cet homme ! Tout cela prenait un cours rocambolesque.

La nuit était douce, légèrement humide. Rose doutait d’elle-même, de son attitude, avait-elle agi trop brusquement en quittant Martin alors qu’elle venait à peine d’arriver ? Sa susceptibilité devenait-elle plus aigüe ? N’aurait-elle pas dû préférer l’humour ?

Martin lui avait raconté ses soucis d’argent, il ne tenait pas ses comptes et dépensait ce qu’il ne possédait pas, ses relations tendues avec ses parents à qui il réclamait sans cesse une aide financière qu’ils refusaient de lui accorder, avec le voisinage… Il prétendit même que la moitié de la ville cherchait à le perdre ! La vanité dont il était coutumier agaçait, ses coups de gueule exaspéraient et l’aisance avec laquelle il réussissait à amadouer les plus têtus donnait envie… A force tout cela lui revenait à la figure comme un boomerang. Trop orgueilleux il ne s’avouait jamais perdant, vaincu il n’abandonnait pas…

Et pourtant comme Rose le pressentait fragile triste et vulnérable, comme un animal pris au piège et qui s’efforce jusqu’à l’épuisement de sortir du trou. Le ciment de son amour pour cet homme résidait dans une capacité qu’elle prétendait avoir  pour le hisser, le rendre heureux, le porter. Il la touchait comme au tout premier regard qu’il lui avait adressé. C’était ainsi.

C’était peut-être un leurre ! Rose tournait en rond ses pensées, les moulinait, les rabâchait et Martin savait tellement utiliser le cynisme ! Plusieurs heures auparavant, elle lui avait proposé de laver les verres entassés dans l’évier, elle disait que cette besogne l’apaisait, elle aimait laisser l’eau couler sur ses mains, longtemps, une eau tiède… Elle avait alors l’impression de laver les ombres ou de faire disparaître les traces des nuages sombres ou même de devenir meilleure. Lorsqu’elle eut terminé la vaisselle et lorsqu’elle eut essuyé ses mains, elle s’approcha de Martin occupé à des mots croisés. Sans la regarder il lui demanda si elle venait de prendre une douche et il disait cela sur un ton cassant, méprisant…

Elle avait été surprise, sidérée, elle avait eu envie de pleurer, comme une toute petite, qu’avait-elle fait de mal ? Il avait voulu la blesser, comme ça, pour un robinet coulant trop fort et trop longtemps. Sans doute payait-elle le prix fort des déboires personnels de Martin, des soucis qui l’accaparaient…Elle ne trouva rien à répondre de censé, de percutant. Réunissant ses affaires, son sac, sa veste de laine, son écharpe, elle lui dit juste qu’elle lui laissait là le prix pour l’eau et elle sortit. Ce fut sa solution.

En face, les lumières aux fenêtres des maisons invitaient au partage d’un festin ou d’un verre bu dans un décor douillet, ensemble, dans un bruit de conversations…   Rose s’assit sur un banc au bord de la rivière, envia les intérieurs inconnus où il devait faire bon vivre même si on ne sait jamais ce qui se passe derrière les portes et les fenêtres closes,  leva les yeux vers l’obscurité du ciel où ne luisait aucune étoile, même en scrutant elle ne saisit aucun point lumineux. Une main douce posée sur une autre, gigantesque… Comme il aurait été bon d’être là avec lui !

Et pourtant… Pour quelles raisons exactes porterait-elle au bout de ses bras, de ses mains, de son regard, les failles de cet homme aimé depuis le premier moment ? Pourquoi subirait-elle ses sarcasmes et ses humeurs ? L’amour ne méritait pas un tel châtiment.        

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