Augustin et l’appât du gain de Tête de Poireau

Augustin et l’appât du gain

Augustin marchait d’un bon pas, il aimait se rendre à son travail à pied, c’était pour lui un bon moment de méditation . Et aujourd’hui, il en avait bien besoin. Il fallait qu’il réfléchisse. Dans quel pétrin s’était-il mis ?

Augustin était un grand bonhomme costaud d’une cinquantaine d’année dont les bacchantes pouvaient faire penser à celles d’Hercule Poirot.

Augustin avait un secret, il était né Maurice, mais il trouvait que son prénom de baptême n’était pas assez distingué et ne correspondait pas à son personnage. Personne n’en savait rien.

Nous l’appellerons Augustin.

Il repensait à la discussion qu’il avait eu la veille au soir avec Mr Picard, responsable de la copropriété de l’ immeuble . Ce dernier, s’inquiétait d’entendre des bruits dans l’appartement au dessus de chez lui, alors que tout le monde savait qu’il était inoccupé depuis des mois.

Augustin repensait à ce moment. Le sang avait dû quitter son visage. Il avait senti ses jambes se dérober sous lui, à la limite de le lâcher. Il n’était pas possible que son interlocuteur ne l’ai pas remarqué. C’est bien cela qui l’inquiétait. Et si l’on découvrait la supercherie. Comment en était-il arrivé là ? Il était dans de beaux draps !

L’affaire avait commencé par une rencontre. Augustin était antiquaire. Un matin, deux jeunes étaient entrés dans sa boutique. Au départ, il les avait remarqués, habituellement les antiquités n’intéressent que les personnes d’un certain âge. Ce jour là, c’était très tranquille, comme tous les lundis. Les jeunes faisaient le tour du propriétaire, mais Augustin sentait bien qu’ils n’étaient pas venus pour flâner, ils avaient un but précis.

– Bonjour, Monsieur, ont-ils commencé. Nous aurions voulu avoir un petit renseignement.

Augustin sentait le coup venir, il avait de l’expérience dans le domaine.

– Oui, Messieurs, je vous écoute.

– Nous aurions quelques objets anciens à vendre…..un héritage .

A moi, on me la fait pas, les p’tits gars, pensa Augustin .

– Oui, répondit-il, en attendant la suite.

– Nous aurions voulu les faire évaluer.

Augustin était dans ses bons jours, il leur laissa le bénéfice du doute et leur proposa de voir les objets. Tous les antiquaires savaient qu’il fallait se méfier de la provenance douteuse de certains objets d’Art, butins issus de cambriolages organisés. L’évaluation faite, les objets étaient de petites valeurs, l’affaire fût conclue rapidement. Ils restèrent papoter, Augustin les trouvait finalement fort sympathiques. Il leur offrit même un café et se laissa aller à quelques confidences.

– Les temps sont durs pour nous, les antiquaires. Les fins de mois pas toujours faciles ……

A tel point que les jeunes, se sentant en confiance, vinrent à lui faire une proposition, cause de ses ennuis du moment. Comment avait-il pu accepter ? Sans doute l’appât du gain. Sa trésorerie était en mauvaise posture, certes, mais ce n’était pas si dramatique. Il connaissait la vraie raison, mais ne voulait pas se l’avouer. Il vivait depuis quelques années avec Claire, de vingt ans sa cadette, avec qui il avait eu un petit Barnabé. Claire aimait le luxe : les sacs Hermès et les vêtements de marque, et la belle vie : restaurants étoilés, hôtels de charme, exotisme. C’est vrai qu’avec ce qu’il gagnait tout cela restait de l’ordre de l’exceptionnel. Il avait pensé qu’il pourrait lui faire plaisir sans compter, il avait pensé qu’elle serait tous les jours sa princesse, il avait pensé qu’ainsi il la garderait. Il se rendait compte maintenant que tout cela était bien superficiel .

Atelier du 11 janvier (suite du 4/01)

Il fallait qu’il trouve une solution pour se sortir de cette impasse. Il avait bien une petite idée, elle faisait son chemin depuis quelques jours. L’homme de la situation ne pouvait être que Jean, son copain d’enfance, le seul sur qui il avait toujours pu compter, jusqu’au jour où ils s’étaient fâchés. Il y avait de cela dix ans. Dix longues années pendant lesquelles Augustin n’avait cessé de penser à lui. Ils avaient tellement de souvenirs ensemble que n’importe quel lieu, n’importe quelle situation, n’importe quel met dégusté ou odeur ressentie le ramener à Jean. Ils avaient grandi ensemble dans le même petit village perdu en montagne. Ils étaient comme deux frères. Même si leurs parcours professionnels étaient différents, ils étaient toujours restés en contact, se retrouvant régulièrement dans les lieux de leur enfance à l’occasion de leurs vacances. Leurs familles respectives s’appréciaient, leurs parents comme leurs femmes et leurs enfants. Puis il y a eu la rupture, ils avaient la quarantaine, ils se sont éloignés l’un de l’autre. Mais aujourd’hui, Augustin était près à renouer et intuitivement il savait que pour Jean il en était de même. Augustin fit appel à sa jeune femme Claire, très branchée réseaux sociaux pour retrouver son pote, comme il aimait l’appeler. La recherche fût rapide. Quand il vit sa photo, Jean n’avait pas changer, à part quelques cheveux blancs sur les tempes, il était resté le même. L’émotion submergea Augustin et le doute l’envahit. Et si son copain refusait de renouer ? Le message était parti, advienne que pourra. L ’attente fût interminable, deux longues semaines sans savoir s’il avait bien fait, sans savoir si son ami était prêt à le revoir. Un matin, alors qu’Augustin profitait de sa demi-journée de liberté, on sonna à l’interphone . Le propriétaire des lieux sursauta, il n’attendait personne. Il se sentait même déçu de cette intrusion à venir .

– Oui, qui est là ?

– Un moment de silence….Bonjour, je suis bien chez Mr Maurice Martin

Augustin sentit l’émotion l’envahir. Seuls ses proches connaissaient son vrai prénom.

– Oui, répondit-il d’une voix qui trahissait son état

– Un autre moment de silence….Ici Jean Jardin

Augustin appuya sur le bouton. Il avait quelques minutes pour reprendre ses esprits . Ses sentiments se mélangeaient. Il était à la fois très heureux et à la fois très inquiet. La sonnette de la porte retentit. Augustin regarda d’abord dans l’oeilleton. Pourquoi le fit-il ? Peut être pour prolonger ce moment de retrouvailles historiques et sans doute pour mieux l’apprécier. La porte ouverte, ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et s’étreignirent comme l’auraient fait deux amoureux après une longue séparation. Puis, comme pour rattraper le temps perdu, ils se laissèrent embarquer dans un tourbillon de mots échangés, chevauchés, tronqués, un délire verbal qui ne s’arrêtait plus, un bric à brac de questions et de réponses qu’eux seuls pouvaient suivre. Pourquoi Jean se trouvait-il à Paris alors que son lieu d’habitation était à Lyon ? Pourquoi Augustin l’avait-il contacté ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

Jean vivait toujours avec sa femme, ses enfants étaient maintenant étudiants. Augustin raconta sa nouvelle vie avec Claire et son petit dernier Barnabé. Le sujet était délicat pour les deux amis, la séparation d’Augustin avec sa première femme avait été à l’origine de leur éloignement. La première tornade passée, les deux copains heureux de ces retrouvailles s’étaient installés au salon devant une bonne bière fraîche, comme au bon vieux temps. Le moment des explications était venu. Augustin dit à Jean qu’il avait besoin de lui pour sortir d’une situation délicate. Et quand Jean raconta avec beaucoup de fierté pourquoi il était venu à Paris, son copain de toujours faillit s’évanouir. Jean avait changé de vie professionnelle. Un virage à 180°. Jean était passé du métier de boucher à celui d’inspecteur de police, il était récemment monté en grade et devait participer à un stage de formation dans les bâtiments illustrement connus du Quai des Orfèvres .

Augustin restait sans voix. Il était dans de beaux draps !

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