Sophocle, le phoque d’Isabelle M

Sophocle, le phoque
La ville de Biarritz s’est réveillée sous les flocons. Sophocle, un phoque gris d’origine
bretonne, est parvenu à s’échapper de l’Aquarium. Il faut dire que trois de ses congénères
ont été relâchés, cet été. Il rêve tellement, lui aussi, de rejoindre l’océan ! Dès l’alerte
donnée, des soigneurs inquiets, munis d’un grand filet de pêche, ont entrepris de le courser,
pour le ramener dans son bassin. Robuste, Sophocle fait preuve, malgré tout, d’agilité.
Lorsqu’il était petit, il s’est entraîné au trapèze volant, dans un cirque. Dehors, il a déniché
un pull de Noël, égaré sur la neige. Il s’est faufilé à l’intérieur. Ainsi emmitouflé, il espère
passer incognito parmi les touristes. Mais les badauds amusés qui le filment avec leurs
smartphones, l’oppressent.
Sophocle, dans son pull rouge trop ample, rampe avec courage. Soudain, il bute contre une
bourriche d’huîtres vide. Il s’affale sur ce réceptacle inespéré qui lui sert de luge. Tandis
qu’il glisse à vive allure, il voit défiler, face à lui, un petit train touristique, rouge et blanc. Il
grogne, écarquille les yeux, anticipant le choc. Sophocle baisse la tête, s’aplatit, et passe
par-dessous la locomotive. Il soupire, soulagé et indemne. Le jeune phoque poursuit sa
glissade avant de dégringoler de sa bourriche. Il roule contre un bonhomme de neige dont la
tête se détache et se pulvérise sur son crâne. Un peu groggy, il aperçoit le commencement
d’une étroite passerelle. Ce pont merveilleux, surplombant une mer démontée, mène au
Rocher de la Vierge. L’océan, enfin ! Mais il se sait surveillé par une de ces webcams,
disséminées sur les côtes.
De fait, peu après, retentit la sirène d’une voiture de police. Empêtré dans son pull gorgé
d’eau gelée, Sophocle se désespère. Une musicienne de rue, compatissante, s’efforce de
détourner l’attention des passants, grâce au son harmonieux de sa harpe. Des airs de noël
enchantent l’atmosphère. Un attroupement se forme, ralentissant les poursuivants : Sophocle
grappille de précieuses minutes. Sur le point d’être rattrapé, il réussit à se dépêtrer de son
pull. Il plonge dans l’eau glacée, au milieu des vagues. Avant de gagner le large, Sophocle
salue la foule d’une pirouette et d’un dernier signe de la nageoire.

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