Robert et le train fou. de Yves Thomazo

Robert et le train fou.

Cette histoire se passe au début des années 1960. Comme chaque soir, le train de campagne ramène les élèves, les ouvriers et les employés qui étaient partis de bon matin travailler dans la métropole la plus proche. Gare après gare, chacun regagne son village. Une joyeuse ambiance se dégage de chaque wagon, surtout de celui de tête. Il est en troisième classe et c’est là que se retrouvent les jeunes, assis sur les lattes de bois qui servent de sièges. Tout à coup le silence fige les usagers, interrompant immédiatement jeux et conversations.

Quel n’est pas l’étonnement des voyageurs qui s’apprêtent à descendre au premier arrêt en constatant que le «tortillard» lancé à toute vapeur, ne s’arrête pas! Sur le quai, le chef de gare, et les quelques voyageurs qui attendent d’y monter, paraissent totalement médusés. A l’intérieur des wagons, la tension est à son comble. Les uns cherchent à déclencher un improbable signal d’alarme, certains crient, d’autres enfin sont tétanisés de peur. Sentant le grand danger qui guette l’ensemble du convoi, Robert, lui, l’un des plus jeunes, n’écoute que son courage. Il cherche au fond de son cartable. Il en sort le Laguiole dont son père lui avait appris à ne jamais se séparer. Dans sa poche, il vérifie qu’il a bien conservé le silex gravé à son nom et que son ami de vacances lui avait offert, en souvenir. Puis il délace prestement les galoches de son voisin, qui n’en dit mais… et place les deux lacets dans l’autre poche: on ne sait jamais! Avec un tel arsenal, Robert se sent à l’abri de tout danger. Sous les regards stupéfaits des autres voyageurs, il ouvre la portière du wagon et cheveux aux vents il s’accroche à la rampe extérieure. Un pied sur le marche-pied et l’autre sur le tampon d’attache de la locomotive, il s’agrippe. La fumée noire qui sort de la «bête humaine» le brûle et l’aveugle. Il frappe avec son silex sur le hublot arrière pour alerter le conducteur du train, mais n’obtient aucune réponse. Au prix d’acrobaties il réussit à pénétrer dans la locomotive, Laguiole en main. Mais il ne trouve âme qui vive.

Il lui faut faire vite pour ralentir la course folle du convoi. Il revient en direction du tendeur flexible qui relie la loco et le wagon de tête qu’il venait de quitter. Au bout de quelques minutes, il sent enfin le tendeur céder sous le fil du couteau, voit la locomotive s’échapper et les wagons entamer un décélération progressive. Par chance, le convoi s’immobilise à proximité de la prochaine gare. Robert, noir de suif, accourt en direction du chef de gare et lui explique qu’il n’y a pas de conducteur dans la «loco» et qu’il faut absolument faire en sorte qu’elle soit aiguillée sur une voie de dérivation au plus vite. Il s’agit d’éviter une catastrophe. Les passagers sont acheminés dans des trains suivants vers leurs destinations respectives. La presse locale relata l’évènement. On y apprit que la locomotive s’arrêta d’elle même à quelques kilomètres seulement, faute de charbon dans le foyer d’alimentation. Quant au conducteur du train, il fut retrouvé sans connaissance entre deux voies à quelques centaines de mètres seulement de la gare de départ, suite à une glissade. Robert, qui ne pensa qu’à rendre les lacets à son propriétaire, fut donné en exemple pour son acte de bravoure, fit la fierté de son papa, mais fut froidement sermonné par sa maman !

Yves 24 11 2020.

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