Avertissement : Par Pascale Bodin

Avertissement : pour ceux et celles qui manient difficilement l’humour noir, l’humour au second degré ou l’humour Carambar, je conseille vivement de passer votre chemin et de relire « Les petites
filles modèles » de la comtesse de Ségur ou « Les lettres de mon moulin » d’ Alphonse Daudet. Pour
les autres, soyez les bienvenus. Installez-vous confortablement, sur votre canapé avec le chat qui
ronronne sur les genoux devant le feu qui s’agite dans la cheminée, ou sur la lunette froide des
toilettes avec au mieux le bruit du réservoir de la chasse d’eau qui se remplit, au pire les effluves
laissées par votre prédécesseur. Faites le bon choix.
Cela commence maintenant. Assumez.
Écrire un texte qui suscite le rire. En voilà une mince affaire guère drôle. Comment savoir ce qui
vous fera rire ? Non, mais, c’est vrai ça. Comment savoir ce qui fera rire l’autre ? Au moins, en
vidéo, vous êtes sûrs d’assurer avec le trio gagnant « chat, grande sœur et gamelle » (ah ah ah, la
gamelle du chat, ou celle de votre sœur ?!?). Alors qu’en écriture, à moins d’être Raymond Queneau
expert en jongleries verbales, vous pouvez vite tomber dans le mauvais goût. J’ai essayé de piocher
trois lettres au hasard pour m’inspirer. Le hasard m’a attribué Q, O, P. J’aurais dû faire une partie de
Scrabble finalement. Mais j’étais très OQP à trouver une vanne, suant tant à devoir m’éponger OPQ.
Certains d’entre vous m’enverront peut-être un POQ (tous ceux qui ont lu dans leur tête pé-o-cu,
tada, perdu… il fallait lire « poc » tout simplement, tadada !).
Me voici à chercher dans ma courte existence ce qui pourrait être drôle.

Bon, ben, pas évident.
J’essaye à nouveau.

Toujours pas évident.
Qui a eu cette idée farfelue de nous proposer d’écrire un texte drôle ? Cela ne me fait pas rire.
Vous croyez que ma vie est drôle ?!?
Commençons par le début. Naissance un vendredi 13. Au moins, c’est fait. Dès le premier jour, me
voici avec ce handicap à traîner pour le restant de mes jours (rassurez-vous, ou pas, j’ai un jumeau
astral). La chance ou la malchance du vendredi 13. Comme les chats noirs, les sorcières et les
chouettes. Inutile d’être superstitieux, cela porte malheur. Avec l’âge, on comprend qu’on ne peut
faire marche arrière. « Maman, fais-moi de la place, je retourne au chaud, encore quelques heures,
quelques jours de plus ». Et dire que j’avais 3 semaines d’avance. Pour une fois. Erreur d’aiguillage,
la SNCF n’y est pour rien. Pour une fois. Le samedi 14 aurait sonné le glas, j’avais donc guère le
choix. Pour une fois.
Ensuite, les bêtises de gamins. Comme pour vous tous (si, si, si, réfléchissez bien, je suis sûre que
vous en avez des bonnes à raconter). Jeter le chat dans l’étang pour voir s’il savait nager. Je
confirme, il savait nager (ouf) mais pas ses puces (ah ah ah). Manger les croquettes du chien ; vous
savez, les gâteaux ronds sablés que les parents versent à volonté dans son écuelle ; lui au moins il en avait autant qu’il voulait, mais vous, combien de fois vous avez réclamé un biscuit, un bon, un vrai, sans carcasse de poulet ni viande avariée. En vain. La jupe écossaise qui se prend dans le siège de la balançoire et les oreilles tirées parce que la jupe était déchiréeeeeeee et irréparable (second ouf… j’avoue que je ne l’aimais pas). La frange découpée, presque comme chez la coiffeuse, et là le
« presque » a toute son importance ; levez la main ceux qui ont déjà essayé ; maintenant vous pouvez
tous baissez la main. Souvenir de bouleau. Un jeune arbuste de diamètre riquiqui a réussi à stopper la voiture des parents laissée moteur en chauffe dans une pente. Parce que j’ai desserré le frein à main pour glisser une cassette audio. Purée, on a eu chaud. Une seule cicatrice. Elle se trouve sur le tronc. C’est peut-être depuis ce jour-là que je sais le pouvoir insoupçonné des arbres.
Un peu plus tard… On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Ce n’est pas moi qui le dis, ni drogue ni
bibine. Souvenirs de pension, même si je surnommais ce lieu austère la prison des jeunes filles. Je
suis une experte des poignées surprises : les chambres des copines décorées au dentifrice et OPQ
(tiens, on le retrouve). Cela m’a valu un passage chez la surveillante générale. Pas fière, mais ne le
dites pas à mes enfants. Les années universitaires : RAS. J’ai carburé aux pommes et aux BN*
chocolat (pour des raisons légales, il faut citer au moins deux autres marques, je peux donc rajouter
Nutella** et Petit Prince***).

  • oubliez la Bibliothèque Nationale, elle n’a été inaugurée qu’en 1995
    ** depuis, je suis passée à la version bio avec une autre marque
    *** après 2020, le jeune garçon à la longue cape sera remplacé par un mouton pour mieux nous ressembler
    Encore un peu plus tard… Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.
    Et ben non. Les contes de fée, trop peu pour moi. Un mariage, deux enfants, un divorce à mon
    initiative. Comme Bubulle et Maurice, ma mère doit faire le tour de son bocal. Effectivement, j’ai
    tout plaqué et je suis partie avec les enfants et le chat. L’essentiel. Juste ce qu’il faut pour se
    reconstruire. Avec moi, ça ne rigole pas. Je vous avais prévenu.
    Les années professionnelles ont apporté leur lot de surprises, si tant est que l’on peut appeler ça des surprises. Glisser dans le ruisseau, fesses au frais, à la recherche de larves. Saluer trois fois la même personnes quand on est myope et pas physionomiste (pourquoi est-elle rentrée par un côté, puis par un autre, avec ses lunettes de soleil, et puis sans… on ne pourra pas me reprocher mon impolitesse). Te retrouver habillé sur une plage naturiste, jumelles en mains ; j’observais les bêtes à plumes, mais pas à poils. Marcher dans une crotte de chien en chemin, classique. Poser le sac à dos dessus, un peu moins classique. Poser son postérieur sur celle qui était si bien camouflée dans les herbes, carrément ragoûtant. Et encore plus drôle quand un groupe vous écoute religieusement. Faire comme si de rien n’était.
    Longtemps plus tard, quand la retraite a sonné, que stylos et godillots ont été rangés, que genoux et coudes se sont trouvés craquants, l’heure est venue de s’esclaffer des pèteries et contrepèteries des petits enfants, des maquillages au yaourt, des culs-nus sur la pelouse, des gadins en forêt, des
    escargots croqués vifs, des tiges de ver de terre séchées et léchées, des balles cachées dans le fond des chaussures, des mots d’amour et croquis sur les murs. Quand les douleurs se réveillent et que les mots s’estompent, les souvenirs continuent à battre quelque part.
    C’est l’heure de vous laisser, « Question pour un champion » m’attend. Pour ceux qui s’étaient
    confortablement installés sur le canapé avec le chat, allez vite retirer les poils (du chat, pas
    forcément de votre nez ou autre endroit stratégique). Pour ceux qui ont squatté les WC jusqu’à ce que Juliette hurle son envie pressante, n’oubliez pas de vous laver les mains au savon moussant pendant au moins 30 secondes et de désinfecter l’écran de votre smartphone. Pour ceux qui seraient morts de rire, soit vous êtes vraiment morts (et ce serait dommage), soit cela passera et j’aurai le plaisir de vous retrouver. Combien difficile il a été d’écrire une bafouille pour vous. Une chose est sûre : le rire est le propre de l’homme.
    Pascale B.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s