Lucie par Françoise B.

Lucie n’était pas revenue dans ce village depuis de nombreuses années. Elle en avait beaucoup voulu à ses parents d’avoir vendu la maison dans laquelle elle avait grandi et où ses enfants avaient passé leurs vacances à jouer dans le jardin qui lui paraissait être un parc. Jusqu’à se rendre à l’évidence, le lieu n’était pas si vaste, c’est elle qui était petite.

Bien sûr ils avaient eu raison, passer leurs vieux jours en ville serait plus pratique . Mais elle s’était sentie trahie. Elle pensait que son père regretterait le travail au jardin, ces heures de tranquillité grappillées loin du tumulte familial. Elle se trompait, ce temps passé à faire pousser des légumes pour nourrir la famille étaient un poids pour lui. C’était une nécessité pas un loisir.

Lucie ne lui ressemblait pas, c’était une rêveuse dotée d’une sensibilité qui lui faisait voir la vie par le prisme des émotions.

Mais voilà que sa meilleur amie avait décidé de revenir vivre dans le village. Elle n’avait pas pu refuser de venir passer le week-end malgré ses réticences. Tout avait changé. Leurs maisons naguère blotties entre les champs faisaient aujourd’hui pâle figure entourées de lotissements et de zones commerciales. Cela faciliterait la prise de distance, il ne resterait que les souvenirs.

Elle maudit la société de consommation qui dévisageait les villes.

Tout à ses pensées elle était arrivée devant le cimetière en bas du village. Il avait doublé en taille et elle ne savait pas comment elle retrouverait la tombe de sa famille.

Le bouquet de marguerites cueillies en chemin à la main, elle pris une grande respiration quand elle reconnut les noms familiers sur les tombes.

Celle qu’elle cherchait apparut enfin, elle pris les fleurs fanées dans le vase et les remplaça par les marguerites. En s’asseyant sur le marbre chauffée par le soleil elle murmura :

‘Vous savez, je ne suis pas venue depuis longtemps, mais je ne vous oublie pas. Vous accompagnez ma vie.’

Elle aperçut le vieux presbytère couvert de vigne où elle venait suivre le catéchisme le jeudi. De ces séances elle avait oublié l’enseignement religieux mais se souvenait avec tendresse des gâteaux confectionnés par la mère du curé.

La vue d’une marguerite blottie dans une touffe d’herbe, d’un rayon de soleil glissant entre les feuilles, d’une flaque d’eau dans une ornière où se mirait le bleu du ciel, la remuaient, l’attendrissaient, la bouleversaient en lui redonnant des sensations lointaines, comme l’écho de ses émotions de jeune fille, quand elle rêvait par la campagne.

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