Les aventures de Mathis par Viviane

Les aventures de Mathis

Violette se baladait d’un pas vif le long du canal. Ses longs cheveux noirs flottait dans le vent, la silhouette dynamique, elle souriait légèrement. Elle regardait le cygne noir qui claquait l’eau de ses grandes ailes à la vue du ragondin qui le suivait.

Cela faisait de nombreux jours déjà, qu’elle ne s’amusait plus de ces petits riens. Depuis l’instant où son ami Mathis l’avait quitté sans un mot. Elle ne cessait de pleurer, brisée par son silence. Le plus terrible était de ne pas savoir.

Elle était venue habiter en toute discrétion, dans la maison de vacances de sa grand-mère. Elle y avait passé des moments magiques avec Mathis.

Ils s’étaient rencontrés lors d’une grande fête dirigée par Violette. Son diplôme de l’école de commerce en poche, elle s’était dirigée vers l’évènementiel.

Elle avait épaulé Mathis lorsqu’il avait ouvert son nouveau commerce. Il avait des tas d’idées et brillait par sa fantaisie et son humour.

– Je viens d’étudier les résultats de l’étude de marché, ils sont excellents pour la partie vêtements sexy et autres bagatelles et très bons pour la partie déco d’intérieur, dit-elle.

– OK, tout est prêt pour les deux activités. Tu sais, je joue gros, toutes mes économies y sont passées et j’ai obtenu enfin le prêt de ma banque.

Au début tout marcha bien, les clients-es- adoraient fureter dans la boutique, à l’affût d’un objet insolite pour leur intérieur, où d’un cadeau pour leur ami-e- .

Tout avait dérapé quand Juju avait vu son mari Henry, sortir du magasin, le sourire au lèvres, un joli paquet sous le bras.

– Que fais-tu là ?

Henry se troubla, hésita, rougit comme une pivoine.

– C’est une surprise pour Noël ma Juju, réussit-il à bafouiller.

Il ne lui fallut pas plus, pour réagir au quart de tour. Elle se saisit brusquement du paquet, qu’elle ouvrit sans précaution. Elle ne crut pas une seconde que le superbe vêtement de dentelle rose lui était destiné.

La boutique était très bien placée dans la rue principale, mais manquait de discrétion ! Juju ameuta toute la ville et fit un massacre de la réputation du commerce de Mathis.

Les habitués-és se mirent à bouder le magasin. Mathis s’entêta à poursuivre son activité, ses dettes s’élevèrent à un point de non-retour.

Il chassait ses sombres pensées en allant courir de plus en plus loin, il perdait le goût de se battre, de lutter et tentait de cacher son désarroi à Violette.

Quand l’huissier arriva, il clama qu’il allait réussir à s’en sortir, qu’il fallait lui donner sa chance. Il conta une histoire à dormir debout, pour calmer le courroux des créanciers et obtint un petit délai.

– Tu devrais changer d’activités, refaire complètement la devanture, prendre un nouveau nom, un nouveau départ, l’incita Violette.

– Tu as raison, aujourd’hui les victuailles ont la côte, je vais vendre de la charcuterie locale.

Saucisse d’Elliant, Saucisson de Mellac, Andouille de Guémené, Jambon fumé de Briec…je suis sûr que ça va plaire.

– Hum ! Je n’en suis pas si sûr, mais tu dois essayer.

Pour refaire ses liquidités, Mathis décida d’organiser une tombola, il fit appel à la solidarité des habitants. De généreux amateurs-trices- de cochonnaille affluaient, l’argent rentrait, tout alla bien jusqu’au jour de l’attribution des lots.

Une foule s’était réunie sur la place pour la fête d’Halloween. Mathis opéra au tirage de sa loterie.

– Le premier prix est pour Romy Parmentier, hurla-t-il à la cantonade.

Charmée, par ce bel homme, Romy leva la main.

– Vous avez gagné votre poids en saucisse lui annonça Mathis avec un grand sourire.

La foule se mit à rire, la situation était cocasse.

Romy était une jolie fille de 1m78, mince, élégante, plutôt l’air d’une crâneuse. Elle briguait le titre de Miss du département. Son sang ne fit qu’un tour.

– Vous vous moquez !

C’est son compagnon qui avait acheté le billet, elle ignorait tout de cette loterie. Furieuse, elle fit demi-tour et partit sous les quolibets.

Malheureusement pour Mathis, l’histoire ne s’arrêta pas là.

C’est à peu prés au même moment qu’il s’envola dans la nature sans explication.

– Mais où peut-il bien être se répétait Violette.

A la poste principale, le facteur classait son courrier pour sa prochaine tournée. Il fut surpris de voir une lettre personnelle pour la maison Ty- Glas.

– Personne ne vit plus là-bas, c’est bizarre, c’est peut-être une erreur.

Il enfouit la lettre dans sa poche et décida de l’ouvrir à la vapeur le soir même pour en avoir le cœur net, avant de la livrer. Il avait hérité de son grand-père une curiosité insatiable. Il l’avait vu tant de fois agir ainsi, qu’il n’était plus choqué de tant d’indiscrétion.

Il fut sidéré de sa lecture et ferma adroitement la missive.

– Je la déposerai demain.

Pour garder la forme, il se servait d’un vélo pour sa distribution. Il arriva au lieu-dit et déposa la lettre sous le seuil de l’entrée.

Il s’enfuit, Il ne voulait pas risquer de croiser l’occupante des lieux, après ce qu’il avait lu. Il se rappelait mot pour mot ce qui était écrit:

« Violette,

Je me suis conduit comme un vaurien. Je te dois des explications. Tout a commencé le jour de la tombola. Le mari de « l’heureuse » gagnante de saucisse, était contrôleur au service des fraudes, il pistait un trafic de contrefaçon de charcuterie haut de gamme.

Il a fait saisir une partie de ma marchandise. Il savait que la saucisse d’Elliant qui avait eu le premier prix à la foire agricole 3 années de suite, était imitée, falsifiée, bâclée.

Quand le contrôleur a testé la composition de mes saucisses il a découvert que le lot faisait bien parti d’une vaste arnaque. Les escrocs inondaient le marché de leur fabrication à l’approche des fêtes.

J’ai été invité à venir m’expliquer au bureau de l’agent des fraudes.

J’étais incapable de prouver ma bonne foi, je me suis senti acculé, pris au piège. Je me suis affolé et j’ai préféré ne pas t’alarmer. Je me suis vu, accusé, ruiné, j’ai voulu tout laisser tomber. Je suis parti comme un voleur.

Je sais, c’était idiot, mais ma situation ne tenait plus qu’à un fil.

Les choses se sont réparées rapidement, les coupables ont été arrêtés et j’ai pu obtenir un sursis pour mes dettes.

J’espère que tu me pardonnes, je dois t’avouer que tu me manques terriblement, je ne peux pas me passer de toi.

Je t’adore »

Le facteur s’exclama tout haut :

– Bien sûr, je me souviens de tout ! C’est moi qui ai gagné le second lot, deux andouilles de Guémené ! Le scandale qui a suivi l’affaire fait encore grand bruit dans la région.

Songeuse Violette revenait sur ses pas. Au moment où elle allait rentrer dans sa nouvelle demeure, elle aperçut quelque chose de blanc sous la porte; c’était une lettre que le facteur avait glissée là en son absence.

Viviane, le 30 novembre 2020

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