Les mots en délire de Viviane

Les mots en délire

Plongé dans une profonde rêverie, il regardait le vent et la pluie battre les vitres de la véranda.

Lisa s’installa non loin de lui, à la table du salon, avec son nécessaire de maquillage. Il ne la voyait pas, elle l’observait du coin de l’œil et se demanda depuis combien de temps il se tenait là, debout, perdu dans ses songes.

De temps en temps il levait les yeux au ciel où tout là-haut l’orage grondait.

– Oh! se disait-il jamais au grand jamais je n’ai vu autant d’eau, ça me glace les os. Notre terrasse haut de gamme que j’ai achetée à Casino va disparaître sous les flots !

– Ho ! Malo, que fais-tu ainsi à penser si fort, que je t’entends. Je devine tes pensées. Chasse cette tristesse, allons ensemble la panser sous la couette avant que le déluge ne cesse.

A peine avait-elle finit sa phrase, qu’un grand fracas retentit dans le couloir. Lisa se précipita en agitant ses mains pour sécher son vernis carmin tandis que Malo se dirigea nonchalamment vers le grand placard.

Malo savait déjà que le poids des étagères, remplies de pots en verre, de petit pois, confiture, ratatouille, foie gras, ainsi que de vieille vaisselle et objets hétéroclites ramenés de ses voyages, avaient fini par avoir raison de la col de poix. Celle qu’il avait du utiliser pour renforcer les traverses qui soutenaient son ouvrage.

– Je n’avais que cette colle sous la main, tous les magasins étaient clos alors, se justifiait-il

– N’ouvre pas la porte, attend ! cria-t’il.

Mais Lisa avait déjà la main sur le battant, cela faisait bien longtemps qu’elle n’osait plus ouvrir cet endroit, elle craignait de voir jaillir les objets de son histoire. Elle entendait parfois des craquements bizarres à l’intérieur.

– Ce n’est que le bruit de l’eau du chauffage dans les tuyaux la rassurait Malo.

Elle n’entendit pas la recommandation, elle poussa brusquement le coulissant et tout s’écroula dans un grand bazar.

Pas un mot ne fut prononcé pendant un long moment et Lisa sentit que ses maux allaient reprendre.

Elle se mit à pleurer à chaudes larmes en hoquetant.

– Je sais Malo, depuis le mois de mai tu m’encourages à faire le grand ménage. J’aurais dû depuis longtemps alléger tout ce fatras. Mais, c’était impossible, comment choisir parmi tous mes souvenirs et que faire de tous ces mets !

– Cette fois c’est fait Lisa, je regretterai tous ces plats goutus. Mais bon débarras pour le reste, se dit-il en silence.

– Heureusement, j’ai sauvé à temps mes vingt bouteilles de vin de garde, tant il était vain d’imaginer que Lisa mettrait de l’ordre dans ses trésors. Il vint un moment où mes « talents » de bricoleur ne peuvent affronter le pire se dit Malo.

Il songea alors avec amertume au concours de la dernière foire aux vins, où c’est en vain qu’il devint devin. Quand vint le moment de goûter les vins, il advint que vingt fois il perdit son instinct.

Lisa était effondrée, elle est si belle et si attendrissante dans son habit de soie se dit Malo.

Mais cette fois Malo resterait insensible à son émoi.

– Soit, nous réparons les dégâts ensemble soit, tu te débrouilles. Soit-dit en passant, la chose en soi était prévisible ne put s’empêcher de dire Malo.

– Ton soi-disant manque de temps, une excuse de mauvaise foi, cette fois il faudra faire face à la casse.

Lisa se redressa.

– Cela va de soi ! Sois bien sûr que je ne me déroberai pas. Mais, quoique qu’il en soit, n’oublie pas que c’est toi qui as fixé ces planches de bois, dit-elle en le quittant l’allure hautaine, tout en ramenant les pans de son kimono sur elle.

– Quelle mauvaise foi, tu ne manques pas de culot !

– Je vais de ce pas, enfiler mon superbe bleu de travail, rouge et gris, qui n’a encore jamais servi. C’est l’occasion de l’inaugurer!

Malo évaluait déjà l’ampleur de la tâche : Les tasseaux cassés, le service de porcelaine de tante Hélène réduit en mille morceaux, la cocotte creuset orange intacte, les verres ébréchés en cristal d’Arques brisés menus, les cadeaux des petits pour les fêtes des mères et des pères, en vrac…

– Et ce pot au lait cabossé de sa grand-mère qu’elle voudra sauver, poursuivit-il.pour lui-même.

Cette assiette où l’un de ses ancêtres a peint une laie et ses marcassins. Je comprends qu’il ait eu son heure de gloire, mais il est temps de couper les ponts.

Tout n’était pas si laid mais elle les conservait enfermés, elle les avait oubliés sans jamais pouvoir s’en séparer.

Malo tout en s’affairant et sifflotant, un verre à la main, récupéra discrètement son précieux dossier vert de chez Gamm-Vert. Il l’avait planqué là, à l’abri des regards indiscrets. Il devait le protéger envers et contre tout.

Lisa ignorait ses revers, et Malo n’avait pas l’intention d’être découvert.

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