LE LIVRE de Soize

LE LIVRE
-Avez-vous écrit ce livre ?
-Oui
-Pourquoi a t-il disparu ? ajouta t-il en balayant d’un coup de brosse rapide les pellicules constellant le haut de sa veste de drap bleu-nuit.
-Disparu en effet. Je l’ai jeté dans la machine à broyer le temps.
-Vous avez bien fait, je l’ai lu, il n’était pas intéressant. Vous pouvez mieux faire. On a toujours une seconde chance, à vous de jouer !
Il attrapa son pardessus accroché au porte-manteau en forme d’araignée renversée, aux longues pattes terminées par de petits globes multicolores supportant les vêtements. Et disparut en glissant sur la rambarde d’escalier comme sur un toboggan.
Réinventer une vie ? Par où commencer ? En avais-je vraiment envie ?
Cette fois-ci, il fallait éviter les disputes, les crises d’hystérie . Du pigment bleu pour les jours heureux, du pigment gris pour les jours de pluie.
La pièce était décorée avec simplicité, un buffet Saint Hubert, orné d’assiettes régionales était appuyé contre le mur principal couleur paille. Manifestement, aucun cuisiniste n’était venu imposé ses éternels placards fonctionnels. Un micro-ondes et une cafetière étaient à disposition.
Dans un coin une imprimante dernier cri côtoyait un ordinateur et sur un bureau style Empire était posé un Atlas aux dimensions impressionnantes. Je m’approchais : il était ouvert à la page des îles Kerguelen. Etait-ce une invitation au voyage, un signe ?
Rêveur, sous l’influence de cette nouvelle possibilité d’aventures, je sortis sur le balcon. Le bruit envahit aussitôt mon espace : une chorale de l’Armée du Salut, menée par des Religieuses sanglées dans leur uniforme disgracieux, tout en chantant, agitait des boîtes métalliques destinées à recevoir les aumônes. Je leur jetai quelques pièces du haut de mon perchoir, penché en équilibre instable contre la balustrade.
Si j’avais eu une parcelle de croyance, j’aurais couru les rejoindre, les mettre dans la confidence , j’aurais cousu une croix sur mon blouson et n’aurais plus jamais connu de panne de coeur !
Mais, je n’ai pas la foi ; je fermai la porte-fenêtre , retrouvai le silence sidéral . Je rembourrai ma pipe, décapuchonnai mon stylo-plume et m’attaquai à le feuille blanche.

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