Vacances en Espagne par Soize

Vacances en Espagne.
Le clapotis des vaguelettes qui mouraient doucement sur le rivage l’endormait. Que l’eau était bonne ici ! Elle se baignait sans arrêt pour échapper à cette chaleur suffocante qui l’abrutissait. Allongée sur sa serviette de bains, elle se demandait quoi faire pour échapper au tournant qu’avait pris son séjour en Espagne.
Cela avait commencé sur un coup de tête. Cet été là elle travaillait comme standardiste dans une clinique pour se faire un peu de sous avant la rentrée universitaire. Elle s’y plaisait, l’ambiance était à la fois travailleuse et décontractée . Elle avait fait connaissance avec des étudiantes de son âge, en troisième année de médecine, qui y travaillaient comme infirmières pour l’été. Fin août approchait, quand Elise, l’une d’elles, lui proposa de partir en vacances avec elle et son amie, Noémie ; elles avaient prévu d’aller en voiture sur la côte, au sud de Barcelone. Pourquoi pas ? Elle avait encore du temps avant la rentrée et n’avait rien envisagé.
Autant Elise était aimable, autant Noémie affichait un visage renfermé et ne communiquait guère. Elle se demanda si cette dernière était contente qu’elle se joigne à leur périple.
Le soleil de septembre brillait de tout son éclat. Le trajet avait été pénible, entassées dans la petite voiture, sur ces routes remplies de camions qui roulaient à toute allure. Arrivée sur place, Marie fut surprise par le nombre de touristes présents en cette fin de saison. Le village balnéaire ressemblait à ceux qu’elle connaissait déjà dans le Sud de la France, mis à part le pourcentage plus élevé de personnes du Nord de L’Europe. C’était un port pittoresque à flanc de montagnes, aux ruelles étroites regorgeant de potiers et de petites boutiques alléchantes.
Elle avait décidé de profiter de ces vacances pour se détendre et ne pas refuser une petite aventure sentimentale si elle se présentait. L’aventure s’était rapidement concrétisée avec un jeune espagnol qui travaillait dans leur camping. Juste un petit flirt d’une soirée, une balade et un verre au bar.
Le lendemain, Noémie la fusilla du regard dès qu’elle la rencontra.

  • Comment tu as pu me faire ça !
  • Te faire quoi ?
  • Sortir avec Miguel, tu savais bien que j’étais amoureuse de lui !
    Interloquée, Marie crut à une blague, mais Noémie ne semblait pas plaisanter du tout. Elle la fixait de ses yeux noirs furibonds. Marie décida de ne pas en faire une histoire, voulant préserver une bonne ambiance entre elles, mais trouva bizarre que ce soit si important pour Noémie, cela faisait 2 jours qu’elles venaient d’arriver et elle n’avait pas du tout remarqué que Noémie s’ intéressait à ce garçon.
  • Amoureuse de lui, mais je n’en avais aucune idée ! Désolée vraiment, et puis tu sais c’était juste pour la soirée, il n’y a rien entre nous, tu peux sortir avec lui si tu veux.
    Noémie partit en la traitant de pouffiasse et cet après-midi là à la plage, mit sa serviette à plusieurs mètres de la sienne. Elise, bien ennuyée, choisit le parti de Noémie et Marie se retrouva seule sur la grève. Ce manège se poursuivit le lendemain, laissant Marie seule toute la journée. Le silence répondait à sa demande d’explications, elles la regardaient comme si elle était le diable en personne.
    Elle rencontra alors Jan, un vacancier hollandais, dans des dispositions d’esprit semblables aux siennes et ils passaient du bon temps ensemble, à la plage ou aux bars du petit port. Elle demanda souvent à ses compagnes de voyage de venir se joindre à eux, mais elle essuyait toujours un refus et un malaise s’installait, Noémie la regardant d’un air réprobateur. Marie voyait bien qu’Elise était gênée de la situation, mais à ses demandes elle répondait qu’elle connaissait Noémie depuis
    toujours, elles habitaient la même petite ville, leurs parents se fréquentaient et qu’elle était trop différente d’elles deux.
    Elles finirent par cohabiter sans vraiment passer du temps ensemble. Marie repéra un jour en se promenant une robe dans une vitrine. Elle l’essaya, elle lui sembla faite pour elle, une robe colorée dans les tons bleus, avec de larges bretelles, la taille bien prise et des volants qui tournaient dés qu’elle bougeait. Enchantée, n’ayant pas d’argent sur elle, elle la fit mettre de côté et promit de passer le lendemain l’acheter.
    Le soir venu, elle raconta cette anecdote à Elise, Noémie ne lui adressant plus la parole, mais toujours dans les parages.
    Quand elle arriva le lendemain à la boutique, quelle ne fut sa stupéfaction de découvrir qu’il n’y avait plus de robe ! La vendeuse lui dit qu’une amie à elle était venue la chercher dès l’ouverture du magasin et l’avait réglée . A la description qu’elle en fit, elle reconnut immédiatement Noémie.
    De retour au camping, Noémie, arborant la fameuse robe, lui jeta un regard de défi. La lueur mauvaise qui brillait dans ses yeux lui donna des frissons. Désemparée devant les sentiments complexes qu’elle devinait bouillonner chez Noémie, elle se sentit impuissante face à la violence de son attitude. Elle ne dit rien et rentra dans son bungalow.
    Voilà où elle en était de ses réflexions , allongée sur sa serviette, le bruit des vagues l’hypnotisant. Elle prit sa décision, écrasée de soleil et emplie d’incompréhension sur le comportement de Noémie, même si peu à peu se dessinait une explication.
    Le soir même, elle partit avec Jan pour Barcelone finir ses vacances, loin des désirs refoulés et des frustrations de cette fille tragiquement insatisfaite. Elle décida de ne pas chercher de réponses pour le moment et d’y repenser plus tard, à l’occasion.

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