Viviane

Je me jette à l’eau !

Je porte un prénom de fée, mais c’est bien le seul point commun que j’ai avec ce monde féerique. J’en rêvais quand j’étais petite, mais j’ai vite compris que ma vie ne serait pas un conte de fée. Le seul espoir était en moi.

Mon énergie et ma volonté farouche de progresser m’ont soutenue dans bien des projets et épisodes de ma vie.

« Quand tu décides de faire quelque chose tu le fais, tu ne lâches jamais le morceau » dit souvent l’une de mes proches.

« Du sang froid, tenace, volontaire, allant au bout de ses idées » dit l’autre sans s’être concerté.

Quel programme !

Assise à mon bureau, je me demande comment je vais pouvoir vous en dire un peu plus, sur qui je suis ?

Lorsque j’écris habituellement de petites histoires à l’atelier d’écriture, je suis stimulée par les consignes de départ, par notre groupe, mon imagination m’emporte vers d’autres vies, d’ autres personnalités. C’est souvent amusant, surprenant, étonnant, abracadabrant. C’est autorisé, encouragé, surtout obligatoire !!!

Mais parlez de moi…. ?

Comment s’y prendre pour vous intéresser, sans vous ennuyez. Etre lucide, sans exagérer sur les qualités et les défauts qui font ma vie.

Pourquoi pas en vous parlant d’une rencontre qui a bouleversé un temps ma vie ?

 

Les aventures à la voile :

Quelques années plus tôt, nous avons réalisé notre rêve d’aller découvrir les fonds marins des mers chaudes sur un catamaran. Les reportages nous avaient préparé à voir des merveilles, et nous ne fûmes pas déçus.

J’étais loin d’imaginer que l’aboutissement de cette aventure en mer prendrait un tout autre chemin.

Je nous revoie confortablement installés dans l’avion qui nous mène à Fort de France.

Quelques heures plus tôt un couple de retraité de la région de Saintes embarquaient pour la même destination.

Bercé par le ronronnement de l’avion à 8 000 mètres d’altitude, je me remémorais les évènements qui m’ avait conduit à cette escapade :

J’ai toujours aimé les défis. Cependant, lorsque mon compagnon m’a présenté, son collègue de travail lors d’un repas de société, je n’imaginais pas alors les opportunités qui me seraient offertes.

Il nous proposa après plusieurs échanges pour mieux nous connaître, de nous faire découvrir le monde de la voile et de nous apprendre à naviguer. Il en avait les compétences.

Nous allions donc cet été là, louer un voilier confortable pour accueillir nos deux familles pendant 2 semaines. 4 adultes et 5 enfants tous des garçons de 7 à 14 ans.

Nous n’avions jamais navigué, et je ne savais pas nager !

Pendant longtemps, je fus la seule à bord, avec les deux plus jeunes, à porter en permanence un volumineux gilet de sauvetage jaune fluo.

Difficile alors de bronzer, allongée sur le pont en exposant mon maillot de bain dernier cri.

Je ruminais quelquefois ma peur de l’eau et des profondeurs qui me gâchait un peu le plaisir de la navigation. Cependant avec mon gros gilet je me sentais tout à fait en sécurité.

Cet été là, le temps fut exécrable, nous avons dû nous réfugier dans le Golfe du Morbihan à l’abri des tempêtes en attendant une accalmie. Les aventures n’ont pas manqué !

– Chavirage.

Échouage sur un banc de sable au milieu du golfe.

– Dérapage à couple, en pleine rivière de Pont-Aven.

– De virement de bord en virement bord par vent debout pour atteindre notre port. 2 fois la route 3 fois la peine.

– Changement de mouillage en pleine nuit, à la lueur des torches parmi les récifs…

– Superbe traversée dans le golfe en serrant les fesses, en plein milieu d’une régate :

– Tribord amure hurle un régatier.

– Qu’est-ce que je fais ?

– Trop tard Il est passé de justesse.

Je décidai alors de reprendre mon crayon et mon carnet. J’avais besoin évacuer mes émotions, et de me défouler de toutes mes mésaventures qui s’accumulaient jour après jour dans ces conditions difficiles. Je racontais aussi mes impressions sur la vie de l’équipage et la pression du skipper toujours très calme et respectueux, mais très ferme.

– Attention à la bôme ! Baisse la tête.

– Tiens ton cap, barre à bâbord, non de l’autre côté à gauche !

– Regarde les voiles, elles faseyent.

– Attention au vent ! Abat. Trop tard ! (encore !) On vire.

– Borde la voile.

– Choque, pas trop !

Vous l’aurez compris, il fallait maîtriser au plus vite un nouveau langage. A la voile, les ordres claquent à la rapidité de l’éclair. Tout est une question de secondes sous une météo agitée.

Le skipper était chaque jour le héros de mon petit carnet. Il commandait, donnait les ordres. Il sollicitait notre avis pour la forme en prévision des plans du lendemain. Mais il changeait invariablement d’option, sans nous en aviser quand il avait consulté la météo et la marée.

Jusqu’au jour de la mutinerie des 5 garçons, menée par notre aîné qui n’avait pas 10 ans. Il n’en pouvait plus d’obéir sans discuter, et voulait plus de responsabilité.

Ils ont obtenu entre autre, de participer à la traversée de nuit de l’île de Ré à Belle île, par mer calme. Chaque quart était composé d’un adulte et d’un enfant. Le skipper veillait, ne dormant que d’un œil.

Maître à bord il était responsable d’un équipage de « branquignoles » en pleine apprentissage!

Nous pouvions aller à terre nous dégourdir sur la plage avec l’annexe, mais notre skipper préférait rester à bord avec sa femme ! Pour surveiller le bateau. Nous n’étions jamais à l’abri d’un dérapage, de l’ancre.

Nous ne faisions qu’un seul voyage à 7, nous n’avions pas de moteur pour nous aider.

L’annexe était toujours bondée, nous avons chaviré dans les rouleaux sur la grande plage du Croisic, nous nous sommes retrouvés « cul par- dessus tête » tous nos vêtements et notre matériel de plage étaient trempés.

Mais nous étions heureux, rien ne pouvait nous décourager.

L’équipage curieux de mes écrits, a fini par me convaincre de lire chaque soir l’histoire de la veille. C’est devenu un rituel qui a duré des années tandis que nous avons continué à voyager ensemble.

Le récit de nos aventures, parfois risquées, parfois comiques, pas toujours drôles, nous amusaient énormément et nous permettaient de nous libérer des tensions de la journée, en riant de nos bêtises.

 

Découverte de la plongée sous-marine.

Au retour de cette croisière, lors d’une soirée entre voisins, j’ai déclaré qu’il fallait absolument que j’aille voir sous l’eau ce qui m’effrayait tant.

Mon jeune voisin de 14 ans excellent nageur m’a pris au mot. Il voulait s’inscrire au club de plongée de Concarneau mais il n’avait pas l’âge, il lui fallait un parrainage.

Notre duo de choc s’est présenté aux inscriptions à la rentrée de septembre et nous avons gravi les échelons ensemble. Je l’aidais pour la théorie qui l’ennuyait, il me soutenait pour la nage.

Quelques années plus tard, nous avions notre niveau 4 et nous étions devenus moniteur de plongée. Pendant des années nous avons participé à la formation des enfants et des adolescents au club de Plongée.

Nous avons aussi dû suivre les cours de premiers secours en mer. Nous devions être prêt pour le sauvetage en plongée.

En concomitance j’ai passé le permis B de navigation maritime, ainsi que le certificat de radiotéléphoniste, pour affronter tous les dangers en mer et pouvoir être nommée P5 (Directrice de plongée) si nécessaire au sein du club.

 

Voyage aux Caraïbes :

Mais revenons à ce voyage aux Caraïbes, ce fut une merveille, nous avons vécu dans un vrai paradis luxuriant. Nous avions loué un bungalow non loin de la mer. A cette période de l’année il ne faisait pas trop chaud. L’eau était à 27 degrés l’air à 25 degrés, l’ambiance était exotique.

C’était parfait pour découvrir la faune et la flore marine du bateau et visiter l’île.

Un jour de relâche nous nous sommes rendus à pied à la plage la plus proche. Nous marchions nonchalamment vers le bord de l’eau avec mon compagnon quand soudain, je vis assez loin du rivage quelqu’un en train de se noyer. Il essayait frénétiquement de se maintenir en surface. Mais le courant semblait le happer.

Tout est alors allé très vite. Nous avons couru et nous sommes arrivés même temps qu’un autre homme.

Avec mon mari ils ont réussi péniblement à le sortir de l’eau et à le ramener sur le sable.

Moi qui manque de confiance en moi, et qui sursaute pour un rien, j’ai effectué avec sang-froid les gestes de premiers secours tant appris.

Il ne respirait plus et son pouls battait très faiblement. En position PLS, nous l’avons déplacé sur le dos. L’inconnu a commencé par lui relever les bras derrière la tête et à les ramener devant lui.

– J’ai l’habitude m’a-t’ il dit, voyant mon air étonné.

Ça ne va pas, il s’en va, Murmurais-je.

J’ai vérifié son pouls, son cœur s’était arrêté, il devenait blanc, couleur craie. Je le voyais mourir sous nos yeux

– J’ai repris les massages cardiaques 1 et 2 et 3 et 4 …..

Au bout d’interminables secondes, il a commencé à évacuer l’eau de ses poumons.

Le temps m’a paru bien long avant qu’il n’ouvre enfin les yeux, en nous faisant un léger signe que ça allait. Nous l’avions remis en position latérale.

L’hélicoptère de secours atterrissait enfin sur le sable. 3 pompiers arrivaient.

L’inconnu de la plage s’est volatilisé, nous ne l’avons pas revu.

La femme pompier s’agenouilla près de moi en présentant le détendeur de la bouteille d’oxygène au noyé, pour l’aider à respirer. Elle l’avait branché dans le mauvais sens, l’embout buccal était à l’envers. Quelqu’un l’a rapidement remonté à l’endroit.

Je tenais toujours la main de notre ressuscité, pour le rassurer tandis que je voyais, sans pouvoir intervenir, la main de la femme pompier posée chaleureusement sur mon propre poignet comme si j’étais l’accidentée.

Cette scène racontée par mon entourage nous a bien amusés après coup.

Mais la question lancinante qui m’a taraudée dès la première nuit et qui m’a poursuivi quelques temps :

– Si nous n’avions pas réussi à le sauver, alors que je m’étais entraînée à ce type d’intervention ?

Le lendemain, nous sommes revenus au même endroit espérant avoir des nouvelles.

Ce que découvrîmes dès notre arrivée, c’est le grand panneau d’interdiction bien en vue : « Baignade strictement interdite en raison de puissants courants »

Le camion du pizzaiolo, qui avait prévenu les secours, le cachait régulièrement malgré les avertissements de la police. Cette fois il devrait répondre de ses actes.

Ce n’est que deux jours plus tard que je vis sa femme venir à ma rencontre pour me remercier.

– Il est sauvé, ses poumons ont été abîmés par l’eau de mer, mais sans gravité. Il va rester sous surveillance quelques jours. Mon mari a 70 ans mais il est très sportif, il devrait vite se remettre de sa mésaventure.

J’ai poussé un ouf de soulagement. Depuis deux jours j’essayais en vain d’avoir de ses nouvelles.

– Dès qu’il sera remis nous rentrons chez nous à Saintes.

Comme un heureux hasard – je dis ça mais je ne crois pas au hasard- j’ai reçu hier au soir deux vidéos de notre ami le skipper. Il venait de terminer le montage de nos vacances communes en voilier à partir des anciennes cassettes de magnétoscope.

La boucle était bouclée.

 

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