Quand … D’ANNE Cottereau

Quand nous est parvenue cette caisse de documents, je n’ai pas eu envie d’y
mettre le nez. Rien que des babioles et des vieilleries qui n’ont plus lieu
d’être.Alors je l’ai mise en quarantaine pour un bon moment.
Des années plus tard, pendant ma propre quarantaine à moi, je remis, par
hasard, la main sur cette caisse, presque oubliée. Une jolie boite
rectangulaire, aux motifs fleuris, ayant probablement appartenue à ma
grand-mère.
Ah! Un charmante poussière s’y est accumulée. Avec beaucoup de manières
et de précautions comme s’il y avait le coronavirus dessus, je retire le
couvercle. Une odeur de vieillerie me donne le tournis. J’éloigne un instant
la boite puis ose enfin regarder à l’intérieur. Quelle déception!
Des papiers et encore des papiers. Même pas de photos.
Je prends la liasse de documents. Il serait peut-être bon que j’en fasse un
inventaire. J’en soumettrai la liste à la famille, dans un petit tableau Excel
avec trois colonnes environ : A garder/jeter/qui veut?
Je regarde l’heure, quatre heure, dehors, il fait beau temps, mais j’ai déjà
fait mon heure de sortie. C’est le week-end. Qu’ai-je d’autre à faire?
Je m’installe confortablement sur mon balcon. Il fait chaud, le ciel est bleu,
tout juste s’il y a une petite brize. Je débute mon tri de vieux papiers. J’y
trouve de la correspondance surtout, entre mes grands-parents et des
inconnus, et même une génération plus loin ! Des traces de vies disparues,
des moments saisies dans l’instantanées par l’écriture, des émotions sur du
papier bleu ou blanc…
Sur certaines feuilles, j’y reconnais, l’écriture de mon grand-père. *Et
soudain , après avoir tourné une page blanche, je découvre une partition
manuscrite avec signature associée : celle de mon grand-père !*
*Je le sais musicien mais certainement pas compositeur!! La chanson est
écrite sur plusieurs feuillets, en cinq exemplaires, dont l’un dans sa version
brouillon. La dernière page, soumise à un concours de chanson! Avec date
précise:1937. Sur la partition originale, manuscrite, j’y trouve deux noms:
le sien suivi d’un prénom féminin et nom de famille complètement inconnu!
Mon grand-père n’était pas encore marié à ma grand-mère. (Épousés en
1938).*
Je retourne dans mon salon, ferme portes et fenêtres. Je m’installe au piano
et de note à note, je déchiffre la partition. Le rythme est facile, les paroles
légères, la mélodie joyeuse et romantique. Un peu trop classique typique de
son époque peut-être. Je me racle la gorge et commence à fredonner.
Certaines notes s’envolent bien haut, il faut être dans le soprano, je doute
d’y voler, mais après quelques ratages, ça y est, ça passe!
Et je souri. Il y a un je ne sais quoi qui fait du bien dans cette chanson. Et je
rigole intérieurement: je n’aurai jamais cru mon grand-père aussi
romantique!
* On peut dire que la musique fait parti de la famille.Ma mère a joué du
piano (acheté aux puces de piètre qualité) dès ses 13 ans mais elle a fini par
détester cela (une professeur tyrannique). Elle aurait eu un grand-père
chanteur meneur dans les travaux au champs ou lors des veillées bretonnes.
Ma grand-mère paternelle, dont sa mère était cuisinière domestique, a joué
du violon dès son jeune âge, et son mari mon grand-père détenait une
clarinette et aurait joué également de la trompette dans la fanfare
communale! Aucun de leur 4 fils ne furent musicien. Je crois qu’en leur
vivant ils avaient été content que je m’adonne à la musique et qu’en plus je
puisse aimer cela. Même aujourd’hui à 40 ans passé*
Le jour suivant, je reprend la chanson, je répète l’air, « Il est des chanson
qu’on chante en riant … ». Je cherche un peu comment l’accompagner avec
accords ou arpèges au piano? Je tâtonne, peu satisfaite de moi même. Je ne
suis pas compositrice.
Toute excitée, à la Visio familiale, au lendemain , pour l’apéro du midi, je
leur annonce une surprise. J’explique alors la découverte de la partition, je
pose la question « – Qui est-ce donc Micheline P. ? »
*« – Oh! Me répond mon oncle, une cousine née sans père et dont la mère
avait préféré quitter la région. »
C’est la première fois que j’en entends parler !
* Et mon père qui rajoute : « – ton grand-père nous en avait un peu parlé,
sa mère avait pris l’initiative de reprendre contact avec sa soeur, et l’avait
même invitée chez eux. A plusieurs reprises. »
Voilà comment le cousin et la cousine ont certainement pu collaborer sur
cette chanson. Je n’ose poser la question si de cette cousine il y a
descendance actuelle.
Puis je quitte ma chambre pour le salon, pose mon ordinateur portable à
côté du piano et j’y joue l’air de la chanson.
C’est un apéro familial géant si je puis dire, réunissant mes propres cousins
et cousines. A la dernière note, voilà que l’un d’entre eux réapparaît avec
une flûte ! « – recommence à jouer ! demande Hélène. » Je reprends et
Hélène m’accompagne. Je suis incapable d’improviser comme le fait ma
cousine.
« – Nous pourrions peut-être entendre les paroles? Anne veux-tu nous la
chanter? »
Je bafouille- « – oh ! Je risque de chanter faux, je m’en excuse! »
Question chant, je ne suis pas du tout en confiance avec moi-même. Mais on
m’encourage et je pousse de la voix accompagnée du piano et de la flûte.
J’ose même quelques accords improvisés. On applaudit.
« – tu as une jolie voix de mezzo soprano Anne! Avec un peu d’exercices tu
pourrais chanter aussi juste mais sans forcer! » .
On applaudit encore ! Mais … ce n’est pas de mon ordinateur ça ! m’enfin! Il
n’est même pas huit heures!! Je sursaute d’un coup!
Mes fenêtres! J’ai oublié de fermer mes fenêtres! Et avec un petit coup de
vent elles se sont grandes ouvertes!
Je me fait toute petite et viens à ma fenêtre qui donne sur la rue et des
immeubles. Ce que je crains se produit : des personnes sont debout sur leur
balcon ou rebord de fenêtres et applaudissent ma prestation.
J’ai envie de rentrer sous terre, de disparaître, «- mais je ne sais pas
chanter ! ai-je envie de hurler ! »
Mon voisin d’en face sifflote l’air, un autre commence à la chanter « il est
des chanson qu’on chante en rêvant … » , une troisième personne revient
avec un violon! Une chorale s’improvise !
Mon voisin d’en face s’écrie à mon attention : « – est-ce qu’on peut te
joindre ? j’ai une idée à proposer ! »
Vite, je trouve un papier, un crayon y écrit en grand mon numéro de
téléphone.
Et voilà comment notre chorale de la rue du perdrix prit forme pendant le
confinement. Quelle aventure!
Je me découvre chanteuse, héritage de mon grand-père à ce qu’il paraît.
Avec mes voisins et *mes cousins musiciens*, nous montâmes une vidéo
chorale qui fit un tube le temps de quelques jours.
Suffisamment longtemps pour qu’une dame inconnue me contacta : c’était la
petite fille de micheline P. -compositrice associée avec mon feu grand-père.
Sur la video diffusée elle avait reconnu aussitôt la chanson qu’aimait lui
chanter sa grand-mère et sa mère.
Après le déconfinement, nous nous promettons de nous retrouver et de nous
recueillir sur la tombe de mon grand-père.
Une façon de lui rendre hommage : * agent administratif profession dans
une petite ville de campagne, à l’origine sociale “pauvre” mais dont on ne
sait comment il accéda à la musique : trompettiste, joueur de clarinette,
chef d’orchestre! Plus tard nous trouvâmes des premières explications : le
père de mon grand-père était aussi joueur de clarinette ainsi que le père du
père de mon grand-père. Ils ont été tonneliers et musiciens !* Et qui dit que
le père du père du père du père du père (agriculteurs) de mon grand-père
n’était pas lui même déjà musicien, à jouer dans les champs de blé ou dans
les fêtes du village ?
Extrait des paroles de « les chansons »
« Il est des chansons qu’on chante en riant :
Des refrains joyeux ou des folles rondes
Qui remplissent l’air de grisantes ont
Et d’enchantement
Leur rythme entraînant
Emporte au lointain nos vagues tristesses
Pour les remplacer par des flots d’ivresses…
Il est des chanson qu’on chante en riant
Il est des chanson qu’on chante en rêvant
(….)»
Quelques notes familiales
Si aucun des 4 fils de mon grand-père ne furent musicien, tous les petit-enfants jouèrent un
jour de la musique, flûte, guitare, piano .. aujourd’hui, l’un souhaite même devenir musicien
professionnel!
Mon grand-père pouvait passer de la musique classique à du jazz, ce qui est assez original pour
une petite ville de la Mayenne bien peu ouverte aux nouveautés de l’époque. Ainsi il aurait fait
danser plus d’un habitant au temps de sa jeunesse.
Je me souviens encore de mon grand-père , ayant un jour ressorti son instrument un vent pour
nous y jouer un air, malgré son souffle court.
Je n’ai jamais eu l’occasion d’entendre ma grand-mère jouer du violon. Violon qu’elle aurait eu
de la part d’un prêtre vicaire et auprès de qui elle aurait appris à jouer. Tout aussi étonnant
quand on sait qu’ils étaient d’origines très modeste, le père domestique agricole et la mère
domestique cuisinière.
Quant à ma maman, ses parents sitôt qu’ils eurent un peu d’argent ont voulu lui donner accès à
la musique. D’origines paysannes, mais de professions différentes par la suite, c’était très
important pour eux d’offrir cet accès à la culture. Cependant ma mère eut une prof très
tyrannique. Elle fut ainsi pendant longtemps dégoutée du piano, sans pour autant sans
débarrasser. D’ailleurs c’est comme cela que j’ai appris à jouer tôt du piano et que j’y joue
encore aujourd’hui.
Quant à la cousine de mon grand-père, sa fille reprit réellement contact avec moi mais grâce à
généanet où j’y avais déposé mes recherches généalogiques.
Quant à la chanson, elle existe vraiment.
Nous l’avons trouvée dans les documents familiaux après le décès de mes grands-parents.
L’original a été transmis à mon oncle, je ne dispose que de copies, mais tout de même
accompagné du diplôme délivré pour le prix de sa composition musicale à un concours, le 25
juin 1937.
Mon grand-père a composé également une autre chanson et peut-être avec elle une autre
histoire .. ?

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