Le marchand de légumes

Le marchand de légumes

Comment-se fait-il que les produits du marchand se soient dégradés à ce point ?

Le marchand est un fabriquant de faux fruits et légumes. Ces légumes ont une apparence de fraîcheur et un goût
délicieux lorsqu’ils sont consommés sur son étal. En réalité, ils sont fabriqués à partir de déchets transformés
auxquels sont ajoutés des agents de texture et des arômes de synthèse.

Pourquoi le marchand fait-il cela ?
Le marchand est un homme très riche qui s’ennuyait avant de s’occuper de la sorte. Dans sa vaste propriété, il
dispose d’équipements sophistiqués. Ceux-ci lui permettent de compacter ou d’aérer les matières premières que
sont les déchets, d’élaborer des saveurs, de fabriquer des consistances, des agglomérats qui forment ensuite des
simili-légumes, des simili-fruits. Le marchand a des sens du goût, de l’odorat et du toucher très développés. Il fait
venir les additifs à ses déchets des deux grands pays spécialistes, le Ronda et le Cionise.

Pourquoi est-il riche ?
Le marchand est riche car il a hérité d’un spacieux domaine et d’une respectable fortune de son grand-père. Ce
grand-père était membre de la ploutocratie mondiale, tout comme lui, son successeur.
Ce système domine la planète entière depuis la « Révolution des Sept Considérables » écrasées par la police d’Etat.
Sept ans de lutte d’une partie de la population, soulevée contre un pouvoir inhumain, un pouvoir obnubilé par
l’accumulation de l’argent, en somme terrorisé par la vie, sujet d’hallucinations volontairement ignorées de la
science psychologique. Ce grand-père était également chimiste amateur. Il est mort prématurément des suites d’un régime alimentaire inadapté, entièrement basé sur la consommation de produits de synthèse. Ses aliments n’étaient certainement pas
constitués à partir de déchets mais entièrement à partir d’éléments artificiels. Ils n’étaient absolument pas nutritifs
et pourtant avaient le goût et l’apparence d’aliments authentiques. Le grand-père avait progressivement dépéri
sans s’en rendre compte, se gavant pourtant à longueur de journée des produits qu’il élaborait dans son laboratoire.
Il ne supportait plus les aliments naturels ne les trouvant pas assez goûteux, moins flatteurs.
On a suspecté son majordome, également son laborantin, de l’avoir encouragé dans son addiction. Le majordome
lui-même ne goûtait jamais les préparations et ne mangeait jamais en public. On peut supposer qu’il se nourrissait
d’aliments sains et consistants. Seulement, peu après les obsèques du grand-père, il s’était senti pressé par des
accusations de non-assistance à personne en danger et on ne l’avait plus revu. Bien lui en avait pris car la police
de la ploutocratie n’aurait pas tardé à le confondre avec ou sans preuve.

A force de jouer ce mauvais tour à ses clients, comment le marchand n’est-il pas poursuivi ?
Le marchand ajoute à ses simili-fruits et légumes un estompeur de mémoire. Le client, peu après avoir recraché
avec dégoût les pseudo-aliments achetés à prix d’or et après être retourné sur le marché pour confondre
l’imposteur, oublie l’escroquerie. Il ne retrouve pas trace des simili-légumes chez lui car le marchand a également
ajouté une poche d’enzymes dévoreuses dans chaque légume qui, une fois déchirée, digère ledit légume en
quelques secondes. Spontanément, la paroi des poches est fine et se dégrade en douze heures, le temps pour le
client de se rendre compte de la supercherie, tenter de poursuivre le filou, d’échouer dans son entreprise et de tout
oublier.

Est-il déjà arrivé au marchand de se trahir ?
Oui, c’était lors de l’une de ses premières tournées. Il avait emporté une cargaison de simili-légumes pour un
voyage de quinze jours. Il avait quitté sa propriété et enclenché le système d’alarmes et de protection anti-intrusion.
Les taillis s’étaient épaissis, le diamètre des barreaux des grilles avait augmenté, les piques s’étaient aiguisés.
Toutes les fenêtres avaient été fermées par un système de volets métalliques ultrasolides.
Il était parti en camionnette. De l’extérieur, celle-ci ressemblait à une camionnette de glacier ambulant. L’intérieur
était équipé d’un ensemble d’appareils permettant la conservation des simili-légumes : des frigos, des injecteurs
de substances nutritives. La camionnette était infracturable. Seulement, lors de l’une de ses étapes, il avait oublié de recharger son véhicule en énergie et le lendemain matin il avait retrouvé tous les appareils arrêtés et une chaleur étouffante dans l’habitacle. Il avait tout de même installé son éventaire et un premier client s’était présenté. Il avait alors débité son boniment
et proposé de goûter un fruit. Le fruit avait été goûté et aussitôt recraché avec dégoût. Le marchand s’était confondu
en excuses et n’avait pas tardé à remballer son étal et à rentrer chez lui. Il n’avait pas entendu reparler de ce client.
En outre, il circule sous un nom d’emprunt et avec des papiers d’identités falsifiés. Tous les ploutocrates peuvent
se procurer facilement de faux documents. La filière fonctionne très bien et les ploutocrates profitent largement de
ce privilège.

Ne reçoit-il pas de visites chez lui ?
Il ne reçoit pas les visiteurs imprévus. Il organise des événements où tous les convives appartiennent à sa classe sociale et implicitement ne révèlent pas les secrets des uns et des autres. D’autre part, les installations, laboratoires, bâtiments dans lesquels le marchand réalise sa production se trouvent dans une partie écartée du domaine et ont l’apparence austère de bâtiments en pierre de taille impénétrables. Toutes les entrées son équipés de systèmes de fermeture automatiques et se referment en un temps record une fois franchies.

Et si le client floué était un membre de la ploutocratie ?
Il n’est assurément pas un membre connu du marchand. Autrement, celui-ci lui aurait fait comprendre de passer
son chemin ou bien lui aurait offert de vrais abricots et de vraies cerises qu’il garde toujours en réserve en cas de
besoin et pour de telles circonstances. Et pourtant… seul un membre de la ploutocratie peut avoir connu un cerisier et avoir mangé des bigarreaux dans son enfance car ce n’est pas un privilège accordé au commun.
En effet, les cerisiers ne sont plus exploités que par les industriels. Les cerisiers qui pourraient pousser dans des
jardinets sont repérés par les drones qui surveillent en permanence les zones non-habitées par les ploutocrates.
La plupart des cerisiers domestiques ont été éradiqués. Pour cela les drones larguent une mini-bombe, l’arbre
prend feu et se calcine. Et cela se pratique depuis bien longtemps. Il ne doit d’ailleurs plus guère rester de
spécimens de cerisiers domestiques. Alors, soit le client a connu l’un de ces derniers cerisiers alors qu’il était enfant, sans pour autant appartenir à la ploutocratie, soit il est effectivement un ploutocrate d’une ploutocratie étrangère.
Le marchand va devoir se méfier car l’affaire pourrait avoir des suites néfastes pour lui si le client utilisait les
moyens de sa ploutocratie pour le retrouver.
Son inquiétude n’est pas grande car il sait qu’entre ploutocraties, on s’arrange…

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