Le fléau de l’ignorance

Le fléau de l’ignorance

L’ignorance a frappé fort les habitants de cette planète.
Ils en sont malades.
En effet, faire le constat de sa propre nullité et de la nullité collective est très difficile à supporter.
Le fait est qu’ils ont été bombardés d’informations.
Des informations en quantités astronomiques, impossibles à digérer par un cerveau humain.
Des informations dont la vérité n’est pas prouvée, ni prouvable facilement.
Des informations en vrac, non ordonnées, non cohérentes.
Des informations inassimilables.
Qui traversent le cerveau de part en part, telles des flèches.
Les habitants n’ont plus su où donner de la tête.
Ils ont choisi des sources d’informations et ne s’abreuvent plus qu’à celles-ci.
L’effort pour en trouver d’autres, les confronter, les analyser, y accorder du crédit, y adhérer ou au contraire être en désaccord et rejeter est trop grand à fournir.
Alors ils tournent en rond dans leur cage.
Affolés.
Ils ne peuvent en sortir.
Dans leurs têtes, c’est une bouillie.
Où surnagent quelques grumeaux échappés de la noyade.
Ils s’y accrochent comme à une bouée de sauvetage.
Ils y trouvent quelques repères dont ils doivent bien se contenter.
Et dans leurs têtes trotte-trotte le doute.
Un malaise qui chavire le cerveau et le coeur.
Cela balance.
Ils croulent sous l’information, sont gavés comme des oies.
Et pourtant ils ne savent plus rien.
A force de s’informer, ils ont cessé de savoir.
Et ils réagissent, et leurs petits coeurs sautent lorsqu’une information leur plait ou leur déplait.
Et la vie semble s’agiter en eux alors qu’ils ne sont que des spectateurs impuissants des scènes qui se déroulent en dehors d’eux, loin d’eux.
Peut-être pour de faux.
Et le temps passe avec les informations qui passent, qui se succèdent.
Rares sont les habitants qui entreprennent de faire des choses.
Il leur faudrait savoir, ils ne savent pas.
Il leur faudrait essayer, mais les précautions à prendre sont trop nombreuses. Elles découragent.
Seulement, la décérébration a atteint un tel stade que ceux qui parlent dans le poste n’utilisent plus qu’un ensemble hyper-limité de mots.
D’ailleurs, le dictionnaire ne compte plus qu’une centaine de pages.
*
* *
Alors certains ont décidé de se fixer des limites.
— « Désormais, nous ne saurons qu’un certain nombre de choses utiles à notre survie.
Nous ferons un inventaire de toutes ces choses qui, je le répète, doivent rester en nombre limité.
De telle sorte que nous pourrons les réapprendre aux habitants devenus impotents.
Nous pourrons, plus tard, ajouter des connaissances aux premières.
Mais nous devons procéder précautionneusement afin de ne plus nous saturer d’informations volatiles.
Nous devons nous reconstruire à l’aide de savoirs et de savoir-faire que nous pourrons pratiquer.
Qui ne resteront pas à l’état de théories abstraites.
Dont nous pourrons jouir des fruits immédiatement.
Cela nous encouragera.
Nous inviterons les habitants à se questionner.
Nous chercherons les réponses à ces questions.
Et tenterons de fournir des réponses étayées.
Les questions de mauvais sens, inutiles ou abstraites seront ignorées.
Car il nous faut réapprendre à vivre.
Nous sommes menacés d’extinction. »

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