Hector par Géraldine

HECTOR

Eh bien voilà comment une pyramide s’effondre. Figure toi qu’en recherchant dans la généalogie l’origine de son nom, qu’elle ne fut pas sa surprise de se sentir aussi jeune. Elle pensait tellement être reliée à Homère par l’Iliade et l’Odyssée dont Hector poète connu fut tué par Achille et dont l’histoire s’arrête là. Elle en était fière de porter un tel nom ayant traversé et survécu au temps. Mais nom, Hector remonte en fait à Charlemagne, époque bien plus proche de nous où d’après les historiens les noms sont nommés et donnés en Europe. Voilà pourquoi Hectorine installée devant son miroir se parlait sans se voir. Déçue que sa noblesse d’esprit ne remonte qu’au 8 ° siècle. Il faut dire qu’elle ne connaissait que très peu voire pas son histoire familiale. Elle était férue de découvertes, de lectures, rencontre autour du nom et ses origines. L’absence de biographie avait habitée son temps, retrouvant ici là des réponses glanées auprès des habitants du village. Petits à petits les « anciens » partaient, des yeux se fermaient sur les mémoires du passé. Ne restait que les annales, les contes, la famille lorsque celle-ci avait osé se dire. Sa région de naissance le Pas de Calais n’invitait pas aux causeries familiales, non, plutôt à la pudeur, à l’intime peut-être le secret. Chacun partait avec son document.

N’ayant pas eu d’enfant Hectorine avait plongé son regard dans le passé, la science de l’humanité, l’origine, l’essence de la vie. C’est ainsi que percluse de données d’oreilles qui ont écouté elle se retrouvait devant son miroir chaque soir. Certains disaient même que la « petite vielle » qui perdait la tête refaisait son histoire à chaque interlocuteur. C’est dire si elle avait de l’imagination….. D’ailleurs elle n’était pas vielle, elle grandissait dans l’âge au rythme des saisons, sont corps se voutait sa main tenait l’éternelle loupe qui ne lui servait à rien mais la sécurisait. Si on prêtait l’oreille, on pouvait des fois l’entendre se parler de son œil rieur entouré des plis des ans et entendre : « Hector Monsieur est le nom d’un saint Argentin depuis 1999, c’est le premier nom qui lui a été donné » voyez comme la transmission s’est faite, a traversé les continents pour arriver dans cette province du nord de la France. Ou encore « c’est au 626 nième rang des prénoms les plus donnés en France depuis 1940 ».

Elle était comme cela Hectorine, généreuse dans ses explications, partageant volontiers ses sources sur quelque sujet que ce soit. D’ailleurs d’où pouvait-elle tenir tout ce savoir ? Née dans l’après guerre dans une famille modeste où le verbe n’avait pas sa place tant le labeur prenait toute l’agora, chacun vivait son intime dans l’art. C’est ainsi qu’au fil de ses recherches dans la maison familiale (de ce qu’il en restait) dans un fin fond de cave humide elle avait retrouvé des tableaux de peinture à l’huile, modestes mais portant sur la vie un regard emprunt de douceur et parfois de dureté. Au bas de chaque peinture on devinait plutôt que lisait Hector 1926 – 1930. C’est comme si il ne fallait pas déranger, se sentant de trop ou trop petit par rapport à l’art. Mais comment trouvait il le temps de peindre se demandait elle, comment faisait il pour voyager, partager ses couleurs celles du monde ? Autant de questions qui resteraient sans réponses. Ses tableaux étaient toujours près d’elle entourés d’un drap jauni par le temps, mais bien là. Ah il y avait bien la toile du cheval de labour majestueux de force, vivant des couleurs automnales et des foins entremêlés dans sa gueule. Ce tableau à lui seul représentait la campagne, la sueur, les récoltes, la vie voire la survie pour certains. Tout était beau, on pouvait voir la crinière dessinée par une force de vie, le regard du cheval d’une profondeur donnant l’impression qu’il allait au-delà de votre corps ; il vous transperçait. La terre était représentée dans ce tableau, l’homme et l’animal. Sans nul doute son aïeul ou trisaïeul savait voir. Elle chérissait tout cela c’était son jardin secret. Une génération plus tard, la peinture avait laissé la place à la musique, la variété avec le piano comme compagnon. La peinture avait laissé la place à la musique comme çà tout simplement. Décidemment dans cette famille les émotions, les sentiments se traduisaient par la main et la voix de l’homme.

Elle avait très peu connu son père mort trop tôt, trop jeune, trop….ne restaient que des photos en noir et blanc où le rire, la joie de vivre se lisaient sur les visages. Son père faisait partie d’une petite troupe où les instruments à cordes, percussions , à vent se côtoyaient. Quelques disques au nom de Berthy, des 78 tours vieillissaient sur les étagères près du phonographe. Elle écoutait de temps en temps les disques éraillés mais emprunts de gaieté dont les sillons sursautaient. Que me reste-t-il de ce temps, de cette histoire non dite ? Que m’ont transmis mes anciens, que porte ce nom remontant à l’histoire de France pour qu’Hectorine en soit garante ? Toujours installée devant son miroir elle parlait d’une petite voix douce chaleureuse et un tantinet coquine. Elle n’avait pas hérité de l’art pictural ni mélodique, non, seul son regard savait, ses mains touchaient le parchemin des vies qui se racontaient. Car son art était l’écoute, celle du sans jugement, de la disponibilité et de l’amour.

Hectorine avait fait peu d’études, mais avait rencontré la vie depuis Homère jusqu’à maintenant. Les mots s’étaient brassés, les couleurs ternies puis revigorées, la musicalité accentuée en octave et les vocables devenir son talent.

On l’aimait ou pas cette « petite » vieille qui perdait la tête, mais tenez approchez vous d’elle, écoutez son histoire. N’est ce pas un peu la nôtre ?

C’est ainsi que j’ai fait sa connaissance un soir où passant devant sa fenêtre grande ouverte j’ai entendu une petite voix chantonner sa vie. Ma curiosité m’a fait lui demander l’autorisation d’échanger et de laisser une trace de sa vie. Elle m’a dit oui, maintenant ces feuilles je vous les transmets, une histoire comme tant d’autres ……

Géraldine

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