L’énigmatique Madame Marthe. de Yves Thomazo

L’énigmatique Madame Marthe.
Jusqu’à ce jour, je n’avais entendu d’elle que ces mots : « Que faut-il préparer pour le dîner ? »
Toujours effacée, taciturne, je puis dire que, pendant six années, elle n’avait pas proféré une parole
de plus, du moins en ma présence.
-Voilà, Monsieur… J’ai quelque chose à vous demander, commença-t-elle tout à coup. Vous feriez
bien de sous-louer le petit réduit…
-Quel réduit ?
-Mais celui qui est près de la cuisine. Vous savez bien lequel.
-Pourquoi ?  (Fedor Dostoievski   « L’Honnête voleur » 1848)

Ma logeuse, la propriétaire de mon appartement du troisième sans ascenseur, ne sembla pas
désarçonnée par ma question. Bien au contraire. Après l’avoir extirpée de son classeur, elle
désigna avec assurance ma lettre de demande de révision à la baisse du loyer mensuel Elle l’avait
reçue récemment. Puis, toujours muette, elle s’installa au piano, et fit serpenter ses doigts avec
excellence, jonglait avec les touches sur une mélodie tantôt romantique, tantôt haletante. propre à
faire osciller mes convictions les plus fermes sur sa nature introvertie. J’étais abasourdi par tant de
grâce. On aurait dit que la musique voguait dans toute la pièce.
J’allais bafouiller quelques mots, lorsqu’elle entreprit de remonter sans sourciller vers son
appartement par l’escalier qui menait au palier du premier étage. Son pas lent laissait deviner ses
longues jambes enveloppées sous sa robe. L’élégance de son corps frétillant faisait chanceler mon
esprit vagabond.
Ou plutôt était-ce sa façon ironique de me faire capituler dans mes prétentions, moi le modeste
cadre de la fonction publique, clopinant de surcroît ? Je ne le saurai donc pas ?
Avait-elle épié mon trouble de son regard oblique ? Au moment de disparaître elle s’arrêta pour me
sourire avec insistance. Puis elle me dévisagea d’un regard qui me fit frissonner. Grimaçait-elle ?
Furetait-elle sur mes traits pour y découvrir un début de réponse ?
Enfin, entre ses lèvres frétillantes jaillirent ces mots :
-Alors, Sylvain ? Ce petit réduit ?
Ai-je sursauté à l’écoute de mon prénom qu’elle prononçait pour le première fois en six ans ?
Il me démangeait de lui répondre. Mais quoi lui répondre ? Mes sentiments pullulaient dans un
désordre indescriptible. Plutôt que de zozoter quelques onomatopées ou de radoter quelques
bêtises que je regretterais, je restai figé dans mon silence.
Marthe entreprit de redescendre l’escalier et de cheminer vers moi avec la même volupté. En
s’asseyant dans son fauteuil elle sembla prendre un soin très étudié à dévoiler son profond décolleté.
Puis elle me pria de m’asseoir à mon tour. Enjôleuse, et sans trépigner le moins du monde elle
m’adressa ces premiers mots :
-Sylvain, vous me faites de la peine, savez-vous ? Existe-t-il une raison pour que vous hésitiez ?
Voilà, je comprends très bien votre souci de réduire vos charges, et je n’y suis pas opposée, bien au
contraire. Je veux vous aider. Il se trouve que j’ai une demande de location pour ce petit réduit.
-Mais, Madame, ce petit réduit, ce cagibi, voulez-vous dire? Mais qui peut bien vouloir bivouaquer
dans un tel cachot ? Qui voulez vous punir à ce point ? Je commençais à crachoter mon venin.
-Vous pouvez m’appeler Marthe, répondit-elle tout en faisant twister ses jambes en croisements et
décroisements lascifs, comme pour dresser un barrage à ma colère, avant que celle-ci ne culmine.
Et ne vous énervez pas, Sylvain, la personne que je vais vous présenter est très digne de confiance,
vous savez. …C’est mon amant !
– Vous n’avez rien de mieux à lui proposer à votre chéri, Madame ? Vociférai-je.
-Euh !, Marthe, me convient mieux que Madame si vous voulez bien ! Et si vous voulez bien
encore, ce n’est pas moi qui demande une réduction de loyers, dois je vous le rappeler ? Ajouta telle
, brandissant à nouveau ma lettre. Quant à mon amant, c’est simplement pour qu’il puisse
entreposer secrètement un coffre-fort.
Bien que la situation commençait à se décanter, je compris qu’elle et moi tâtonnions dans cette
discussion. Un argument imparable me vint à l’esprit :
– Et mon chat, m’écriai-je ?, c’est son repaire à mon chat ! Vous vous en rendez compte ?
-Votre chat ?Comment cela, votre chat ? répliqua-t-elle, prise d’une crise d’éternuements
irrépressibles. Mais vous n’avez pas lu votre bail ? J’ai interdit la présence des chats dans
l’immeuble ! Je suis allergique aux poils de chat, ajouta-t-elle, le corps parcouru de frissons . Vous
êtes en infraction…
– Ce détail m’avait échappé, Ma…rthe, je vous assure que je n’ai jamais eu l’intention de tricher,
dis-je penaudement, en faisant semblant de farfouiller dans ma mémoire.
– Oui, je veux bien le comprendre, reprit-elle doucement. Nous n’allons pas deviser sur le sujet : il
vous faut trouver une autre solution pour l’animal, désormais. Ainsi, rien ne s’opposera plus à ce
que vous libériez ce petit réduit, n’est ce pas ?
-Euh, peut être ! Il faut que je demande à mon poisson rouge, s’il accepte la présence du chat
pendant qu’il nage tranquillement dans son bocal ? Dis-je pour détendre définitevement l’ambiance.
– Nous nous sommes mal compris, Sylvain. Le minet, c’est :de-hors !, articula-t-elle sans clignoter
d’un oeil.
C’est clair? Tout le reste n’est que radotage.
Donc, nous sommes bien d’accord ? persévéra-t-elle.
-Il faut voir !
-Oui, bien sûr, je ne vous ai pas encore présenté la contre-partie financière que je vous offre,
enchaîna-t-elle, soucieuse de me faire miroiter sa proposition.
-Je vous écoute, dis je.
-Voilà, votre loyer est de 600 euros, actuellement. La sous location que vous pourriez demander
pour ce « cachot », comme vous dites serait acceptée jusqu’ à 300 euros, non déclarés, bien sûr ! Je
ne puis apparaître dans le « montage », pour des raisons que vous pouvez facilement comprendre,
j’imagine. Donc, ça restera un secret entre nous, dans l’intérêt bien compris de chacun, ajouta t elle,
tout en louchant sur ma réaction.
C’est un joli cadeau, n’est ce pas ? Jubila-t-elle !
– Comment ? Vous osez me proposer un contrat occulte ! A moi, Inspecteur des Impôts ! Vous ne
manquez tour de même pas de hardiesse, Madame, vociférai-je, incapable de décolérer…
– Appelez moi Marthe !s’il vous plaît, c’est plus sympathique, tout de même cher Sylvain ! me
rétorqua-t-elle tout en renouvelant la danse twistée de ses longues jambes, désormais allongées sur
le canapé.
Et puis, soyez raisonnable, Sylvain. Réfléchissez bien. Des rumeurs bruissent en ville et par delà…
Quelques dames compréhensives à vos avances ont vu, me disent elles, leurs contentieux fiscaux
généreusement allégés par vos soins…
N’entrons pas dans ces considérations, tout de même Sylvain ! Hein, entre gens bien élevés, n’estce
pas ? Mais signez sans différer, ce serait plus raisonnable, soyez-en assuré.
Démissionner de la fonction publique ? Migrer ? Si près de la retraite? Vous ne l’imaginez pas tout
de même. Ce n’est plus de votre âge , Sylvain !
Tenez ce crayon.
Ah, voilà ! C’est parfait. Et tout à fait sympathique ! Euh, en deux exemplaires ! s’il vous plaît
Sylvain. Ne trichez pas tout de même, ajouta -t- elle, ponctuant sa phrase d’un grand éclat de rire.
Ah, j’allais oublier : Merci, Monsieur. Mais que faut-il préparer pour le dîner ?
Yves 06 mai 2020

L’amant de Madame Marthe.

«Que dois-je préparer, pour le dîner?» , cette question, je ne l’entend plus. Je n’ai plus voulu l’entendre. Dès que fut clos l’épisode du coffre-fort, voici trois ans maintenant, j’ai décidé de prendre mes repas du soir en ville, ou alors dans la cuisine de mon appartement, en tête à tête avec mon poisson rouge. L’idée de dépendre à nouveau de Madame Marthe me fut inconcevable. Cette envoûteuse aurait bien encore été capable de m’endormir à nouveau sur un air de piano, ou encore de faire danser ses jambes comme le diable allumant les feux de l’enfer. Pour mieux me posséder, pour obtenir de nouvelles exigences. Tant pis si ma décision la contraria visiblement beaucoup.

Ce qui me peina le plus, c’est sa façon d’afficher, comme s’il s’agissait de vérités toutes crues, les prétendues faveurs féminines que j’aurais obtenues contre des remises gracieuses d’impôts, J’en fus longtemps désemparé. Car c’était faux. Archi faux. Mais, que faire contre la rumeur ? En réalité, je reconnais avoir séduit naturellement quelques charmantes contribuables. C’est exact. Mais où est le mal? Dois-je m’excuser de ces réussites que je ne dois qu’à moi-même? Certes, mon physique un peu ingrat pourrait interroger sur les raisons de mes succès : je suis petit et rondouillard, chauve et quelque peu bigleux, claudiquant, mais, il se trouve que je plais à certaines femmes délaissées. La preuve! Devrais-je porter plainte? Les gens sont jaloux, ne trouvez-vous pas?

Et puis, je suis célibataire et de ce fait, je n’ai causé de tort à personne en succombant aux douceurs tendres et fatalement consentantes de la chair amie. Le célibat est aussi un argument de séduction. Qui puis-je? Et quoi d’immoral dans tout cela? Ne me jetez pas la pierre, je vous en prie!

Alors, aller soupçonner des liens d’intérêt lors de contrôles fiscaux, ça, je ne peux l’entendre. D’ailleurs la plupart des redressements fiscaux donnent lieu, au bout du compte, à des réductions. Faut-il pour autant accuser un honnête agent des Impôts d’avoir «consommé»aux frais de la nation? Comme mes collègues, j’applique consciencieusement la devise du Chef de centre « Il vaut mieux s’entendre rapidement que de se combattre longuement», nous rabâche-t-il.

Et en cela, je suis reconnu parmi les Inspecteurs les plus méritants de la Brigade, et le plus compréhensif avec les contribuables. Mon état d’avancement dans le grade ne souffre d’aucune discussion, sur ce sujet.

C’est la raison pour laquelle la tentative de chantage dont avait joué Madame Marthe pour me faire plier me laisse encore un goût saumâtre en travers de la gorge, trois ans après. Comme une injustice irréparable. Il est vrai que financièrement, je ne me plains pas: l’opération est avantageuse pour moi. Certes, j’ai dû, bien tristement, confier Frisky, mon vieux chat à la S. P. A., mais cette solution était, quoi qu’il en fut, inéluctable. Le matou était perclus de rhumatismes, et au bout du compte, je reconnais que la proposition de ma logeuse allergique tomba fort opportunément.

Le coffre-fort, bien que de taille modeste, de l’amant de Madame Marthe prend une bonne partie de l’espace ainsi libéré du «petit rédui ». Pour l’oublier de mes pensées, je l’ai caché par un rideau de velours séparant la cuisine du réduit. De ce fait, il ne me gêne aucunement dans ma vie de tous les jours. Je m’étonne seulement de n’avoir jamais encore rencontré son sous-locataire. Il est vrai que le règlement de la sous-location se pratique par compensation avec le loyer principal auprès de Madame Marthe, «la régisseuse en chef» de la transaction! De ce fait, l’intervention de l’amant serait superflue. Peut-être veulent ils éviter les indiscrétions? C’est bien compréhensible.

Le jour de l’emménagement, quatre manutentionnaires avaient réussi après de grosses suées à hisser le coffre jusqu’à ce troisième étage sans ascenseur. Et depuis, rien! Pas une seule visite pour ce coffre. Pour tout dire, je m’en inquiète car en trois ans de sous location, personne ne s’ en est approché. Vous ne trouvez pas cela étrange, vous?

Si, si, je peux le jurer! Personne n’est venu, même en mon absence, car j’ai très discrètement installé une petite caméra, braquée sur la porte du coffre. C’est une mesure de prudence que j’ai jugée indispensable à ma tranquillité. Sait-on jamais? Cette Marthe, tordue comme vous la connaissez maintenant, elle pourrait aussi m’accuser de m’intéresser de trop près au contenu du coffre. Et si ce coffre était un piège qu’elle m’aurait tendu? Pour ensuite m’accuser de vol, par exemple? en prétendant que des choses ont disparu? J’ai appris à m’en méfier de la Marthe. Tant pis, si vous me prenez pour un «parano».

Effectivement, le silence autour de ce coffre finit par peser, finalement, sur ma quiétude et même un peu sur ma santé. Je n’ose vous l’avouer, il me provoque des insomnies. Trois ans, ça fait un bail! c’est le moment de le dire. J’aimerais bien résoudre la question avant mon départ à la retraite, dans six mois. Déjà! Et puis, ce Monsieur Jules Dulin, le signataire du contrat de sous location, l’amant de la Marthe, qui est-il? Quelle tête a-t- il? Je ne l’ai a jamais rencontré. Il ne m’a jamais été présenté, non plus. Cela me tracasse beaucoup depuis le début. La moindre des choses aurait été qu’il vienne se présenter. J’ avais osé le demander à Marthe. Elle s’en était offusquée vertement.

-Mais vous n’y pensez pas, Monsieur, je suis mariée, moi! J’ai deux enfants. Où avez vous la tête, enfin? Ne m’en reparlez plus jamais!

Elle n’avait pas tort! Je dois l’admettre, chacun à son honneur, ou son amour-propre, appelons cela comme on veut. N’est-elle pas une femme comme les autres?

Mais ça sent un peu le mystère, malgré tout. Je ne puis en rester là.

Jules Dulin, Jules Dulin …. On doit trouver ça dans l’annuaire, tout de même. Ou alors dans les fichiers des contribuables français, Avec un nom comme celui-ci, ce n’est pas compliqué.

Allez Sylvain… au boulot !

Quinze jours de recherches ne m’ont pas encore permis de m’engager sur une piste solide. Habituellement, le «limier» que je suis est plus efficace. Mais je suis obligé d’être très discret, car je dois, malgré tout, rester dans le domaine privé. Je commence à m’impatienter et pour être franc, à trouver l’affaire de plus en plus bizarre. Tiens, une idée! Un coup de génie! Encore un, me dis-je!

J’appelle mon ami Paul de Paris, à Trac fin, la brigade chargée de lutter contre les circuits d’argent sale. Lui, me dira discrètement s’il a un dossier à ce nom.

– Jules Dulin , tu me dis? Je regarde, puis je te rappelle, me répond-t-il!

– Ah, toi, Paul, tu es un vrai pote, je sais bien que je peux compter sur toi. Bon c’est confidentiel, je t’expliquerai quand on se reverra.

– OK, pas de soucis, je te tiens au courant, Sylvain.

Une heure plus tard, le téléphone sonne dans l’appartement. Je respire mieux.

-Allô! Je voudrais parler à Monsieur Pijon, Sylvain Pijon…

-Oui, c’est moi, il n’y a qu’un Pijon ici. A qui ai-je l’honneur?…

– Gendarmerie de Vire à l’appareil, nous sommes passés chez vous cet après midi, avec l’huissier, nous aurions aimé vous remettre quelques papiers, vous entendre et consigner votre déposition.

– Déposition… déposition?… Euh! Je ne vois pas bien, c’est à quel sujet?

– Attendez, je recherch …. ah oui! il y a un dépôt de plainte à votre encontre entre les mains d’huissier…

– Un quoi?…

– Bon, écoutez, on ne va pas traiter cela au téléphone, nous repassons vous voir. Nous serons là d’ici un bon quart d’heure! Ne bougez pas.

-Brigadier-chef Lamoureux. Adjudant Sansoucy, Maître Cam, huissier. Vous êtes bien Sylvain Pijon?

– Lui-même! que me vaut l’honneur  Asseyez-vous, je vous en prie.

-Ah, c’est vous? Monsieur Pijon, dit l’huissier d’un sourire entendu. Tenez, je dois vous remettre cette assignation. Merci de lire et de me rendre un exemplaire signé. Je vous conseillerais de vous faire assister par un avocat. Et un bon!

Pendant que Lamoureux installe sa machine à écrire, Sansoucy commence à m’interpeller.

– Allons droit au but, vous êtes accusé de recel. Il est où ce coffre?

D’accord! Ah bien dites donc, vous le cachez bien! Vous l’ouvrez votre coffre?

– Mais, ce n’est pas le mien, il ne m’appartient pas, insistai-je

– Ah, oui, c’est vrai, très perspicace le Pijon! Vous avez raison, c’est d’ailleurs pour cela qu’ on est chez vous! Allez, finies les palabres, vous l’ouvrez, oui ou non?

– Mais Monsieur, je n’ai ni clés, ni codes, et j’ignore s’il contient quelque chose.

– Oui, je comprends, vous allez bientôt nous dire qu’il n’y a rien dedans!!! Et que c’est la bonne raison pour laquelle vous braquez une caméra sur ce coffre . Pijon, vous craignez qu’il s’envole, peut être ? Vous expliquerez cela aux enquêteurs de la police judiciaire, Monsieur Pijon, euh, Inspecteur Pijon, pardon!

Et puis, cessez de faire semblant de patauger. Nous n’allons pas perdre de temps, je vais vous aider à comprendre.

Là, vous voyez ce que c’est? Me questionne-t-il en me tendant un papier.

Ne me dites pas non, vous l’avez signé de votre main, ce bon de transport à votre domicile. Eh, oui, comme le temps passe! cela fait déjà trois ans. Ça vous rafraîchit la mémoire, cette signature? C’est bien la vôtre, nous l’avons vérifiée.

Maintenant, voici le bon de commande du transport, signé Dulin, Julien Dulin, vous connaissez Julien Dulin?

– Non.

– Bonne pioche! Ce Monsieur n’a jamais existé. C’est un faux, Et la facture a été payée en espèces à la commande. Selon l’employée, par une dame, mais elle n’est plus sûre du tout. Et vous, Monsieur l’Inspecteur, peut-être aurez vous un idée? Une dame…qui aurait pu faire changer d’avis à la secrétaire. Non? Ça ne vous dit rien?

Bref, vous verrez cela avec les enquêteurs, en temps voulu…

En fait, Monsieur Pijon, c’est un peu intriguant d’imaginer que vous soyez capable d’héberger un coffre fort, appartenant à une personne qui n’existe pas et pour un contenu dont vous ignorez tout et que vous surveillez de jour comme de nuit! Vous ne trouvez pas?

– Monsieur l’adjudant, s’il vous plaît…. Je vous en prie…, dis-je, offusqué de tant d’impertinence. – Oui, Monsieur Pijon, je comprends votre embarras!

En dehors de cela, je suis certain que nos impôts sont bien gérés!, je n’en doute pas un instant et ce n’est pas ce que j’ai voulu dire !

Allez, Maître, nous l’ouvrons ce coffre  Il est temps. Attendez, on peut prendre les enchères avant!

Moi, je dis, 18 millions d’euros, s’exclame Sansoucy.

Qui dit mieux? Le brigadier et l’huissier se contentèrent de sourire pour faire plaisir à l’adjudant, visiblement ravi devant le succès de ses gesticulations clownesques et de ses talents de magicien de foire.

– Et vous, Monsieur Pijon?

– Je vous ai dit que je ne sais rien!

-Ah oui, c’est vrai… vous ne savez jamais rien! Lamoureux, assurez vous que les fourgons blindés sont en route, pour l’argent.

Voyez, Pijon, nous ne serons pas loin du compte quand nous aurons dénombré toutes les liasses.

Remarquez, c’est facile pour moi. Je vous explique.

Un gain faramineux au loto au bénéfice d’une vieille dame de Vire. Manque de chance, si j’ose dire! la pauvre dame, meurt dans la nuit qui suit. Elle laisse deux filles éplorées. L’aînée, Florence, habite Andorre- la-Vieille. Et la cadette Marthe, demeure à Vire. Vous me suivez toujours? Au moment de la vente de sa maison, l’aînée s’est étonnée de la disparition du coffre-fort et a porté plainte. Vous imaginez sa tête quand elle va apprendre qu’elle vient de gagner au loto? Monsieur Pijon, connaissez vous la cadette ? Marthe. Marthe Normand !

– Marthe? Ben oui, bredouillai-je, c’est, … c’est ma propriétaire….

– Voyez, Monsieur Pijon, c’est simple! Comment êtes vous tombé dans le panneau?

Relisez et signez vos déclarations, si vous y avez convenance, bien entendu. Pour le reste, je préfère que vous ne passiez pas la nuit ici ce soir. Nous allons assurer votre protection. Je ne suis pas tranquille pour vous. Une soupe trop salée? Une arête? ….On ne sait jamais…Le temps que nous finissions le décompte, préparez des vêtements et vos affaires de toilette, et nous vous ramènerons demain soir, je pense. Nous en aurons alors terminé de nos opérations dans votre immeuble. On fait comme cela? Pour le reste, l’enquête suivra son cours, vous serez informé et vous expliquerez par quel hasard ce coffre a bien pu atterrir dans votre cagibi, à vous! Vous n’avez pas de pot, quand même !

– Mais rappelez-vous mon conseil, Monsieur Pijon, choisissez un avocat sans tarder, conclut l’huissier. Et un bon, de préférence! Conseil d’ami. Vous allez avoir affaire à forte partie.

Que puis-je faire d’autre que d’acquiescer? Bien qu’abasourdi, presque dans un état second, je déroule le film avec clarté maintenant. Dès mon retour j’appellerai Paul, pour lui dire d’arrêter ses recherches. Je suis presque honteux de la mission que je lui ai demandée. Il va se moquer de moi.

-Lamoureux, j‘allais oublier! ajoute Sansoucy, vous n’oublierez pas de demander à Monsieur Pijon ce qu’il souhaite pour le dîner de ce soir?

Et mon poisson rouge? m’inquiétai-je, bruyamment.

-Décidément, Monsieur Pijon, vous ne pensez donc jamais à rien? Se désole Sancoucy au volant du fourgon.

Nous roulons déjà vers la gendarmerie. Parfois, le temps passe si vite.

Yves 08 mai 2020

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