De Carabistouille à Schlomdu de Françoise B

« De Carabistouille à Schlomdu il y a 100 km.

De Schlomdu à Tavu le Château il y a 99,9 km.

De Tavu le Château à Cornichon les Bois il y a 101 km.

Quelle distance sépare Carabistouille de Cornichon les Bois ? »

Tout était silencieux dans la classe. Sur le tableau l’exercice avait été tracé à la craie. L’écriture était appliquée, faite de pleins et de déliés. Le professeur avait annoncé la couleur. Le couperet tomberait dans vingt minutes.

Comme à chaque fois qu’il était question de chiffres, Léon se sentait devenir le dernier des imbéciles. Il avait bien essayé durant les premières années de sa scolarité, mais rien à faire, à la vue des chiffres son cerveau refusait de fonctionner. Il se mettait en mode pause. Cela lui conférait un statut particulier aux yeux des adultes qui pensaient qu’il en faisait exprès. Brillant dans les matières littéraires, stupide en maths, physique, chimie.

Il avait appris à ne plus en souffrir même si c’était difficile étant donne le culte que la communauté éducative et les parents vouaient aux mathématiques comme si son avenir en dépendait. Alors que le français, l’histoire et la géographie faisaient naître en lui une joie intense. Tous ses sens se mettaient en éveil, les mots virevoltaient dans son esprit vif. Il écoutait avec passion le professeur d’histoire raconter ou le professeur de français expliquer un roman. La géographie le faisait voyager. Même les dissertations l’amusaient beaucoup. Il trouvait cela facile. Mais aujourd’hui Il était assis là près de la fenêtre ouverte et son envie de disparaître grandissait. Il espérait de toute ses forces ne pas être interrogé. Ces problèmes de kilomètres lui inspiraient juste l’envie de fuir ces maudits calculs. Il aurait pu s’agir de parcourir cent quatre vint dix neuf mille kilomètres pour aller découvrir des contrées nouvelles. Mais non, il fallait compter et annoncer son résultat à la classe. Un jour il serait adulte et libre, il consacrerait sa vie à voyager, sans compter les kilomètres, les poèmes de Rimbaud dans une poche, un carnet dans l’autre .

Ses compagnons d’infortune étaient penchés sur leur cahier. Léon savait que certains faisaient semblant comme lui, attendant que le temps s’écoule en rêvant à quelque chose de plus enthousiasmant. Un kilomètre à pied ça use, ça use, un kilomètre à pied ça use les souliers. Alors 101 ou 99,9 vous pensez.

Les vingt minutes arrivaient à leur terme, le professeur allait demander à un élève de venir au tableau élucider le problème. Léon sentit son cœur battre plus vite. Enfin, un prénom sortit de la bouche de celui qu’il voyait comme un bourreau et ce ne fut pas le sien.

Un peu de répit avant le prochain cours de maths. La sonnerie annonçant la libération !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s