Ces histoires qui « déconfinent. »

Ces histoires qui déconfinent.

Ce 21 juin a, cette année, une drôle d’allure. Bien sûr, c’est, malgré tout, l’été. Et la lumière du soleil est à son solstice. Mais ce paroxysme a des couleurs et des airs ambigus. Les ombres grises du confinement finissant jettent leurs tons sombres sur les paysages renaissants les plus clairs. Les sourires, lorsqu’on les devine, restent crispés et des traces cernent les mines de résidus d’angoisse. Le monde, encore largement masqué semble mesurer sa respiration face au souffle lourd et engourdi de la crise du covid. La fête de la musique elle même a réduit les chœurs au silence, mis les orgues en sourdine et bouché les trompettes. Le traumatisme du printemps traîne ses débris de méfiances.

C’est comme si chacun sortait hagard de cette période où il avait enfin pris, désarçonné la mesure de son statut d’Etre solitaire et de son impuissance à déchaîner sa liberté et son envie de sollicitude. Celle qui donne tout son sens à la vie en société. Évidemment, à moins d’être contemplatif volontaire et incorruptible, ou encore d’être ermite assumé, endurant et solidement entraîné, ce cataclysme inattendu ne peut que marquer les mémoires d’empreintes plus ou moins profondes.

Seule l’aptitude à se détacher de ces nouvelles conditions de vie a pu permettre d’exorciser les effets maléfiques du confinement imposé . Personnellement, inventer des vies, imaginer des histoires me fut un moyen assuré d’échapper à la morosité et à la tristesse de cette séquence inattendue.

Treize consignes hebdomadaires m’ont conduit à écrire autant, et même plus, d’histoires qui dé confinent. Suis-je vraiment bien placé pour en mettre une en évidence, une qui mériterait ma préférence ? Et d’en éliminer une qui ne devrait pas figurer dans cette collection ?

Écrire est, pour l’auteur, livrer ses sensations de créateur. Il ne donne pas procuration. Assembler les mots qui passent pour les faire chanter, pour faire naître des idées fugaces, pour faire résonner des émotions qui s’enlacent est toujours un joyeux brasier . Le feu de la création est toujours vif et enflammé. Et sans doute consume-t-il la lucidité de l’auteur lorsqu’il s’agit de porter un jugement sur ses propres créations. Comme un tableau, comme une chanson, le texte est à l’appréciation du lecteur, réceptif ou déçu.

Tenez, par exemple, la série des trois poésies que j’ai composées sur les thèmes de la danse et du jardin ont reçu des appréciations différentes. «La danse des mots » a été préférée de certains,

« C ‘était en… » a parlé à d’autres, et moi, j’ai préféré le résultat de « Jardinière rebelle » , une ariette dont j’ai découvert la forme en cette occasion. Pourtant, pour les trois poèmes mon envie et mon plaisir furent difficilement dissociables.

Lorsqu’il s’est agit de composer un texte de présentation de l’auteur, j’ai jubilé dans « ma vérité toute nue » à jouer au jeu malicieux de « je vous dirai tout, mais vous ne saurez rien ». Car écrire est aussi convier le lecteur à un jeu, lui proposer un partage ludique, n’est ce pas ?.

C’est aussi pour cette raison que j’ai, avec un délice personnel non dissimulé, proposé une solution au texte de Joëlle à l’occasion de l’énigme de l’incendie sans coupable, dans ma « lettre d’un corbeau à Monsieur le Maire », dénonçant en particulier les méfaits du brigadier « Moudujenou » et de l’expert, son ami. Comme un amusement, j’ai en tête d’écrire la réponse du Maire au détective « verreux », lui aussi !

J’ai aussi beaucoup aimé dérouler la rencontre d’un artiste un peu « paumé » avec « La dame de la galerie »de « Chez Nadar » et éveiller jusqu’au seuil d’un psycho-choc entre les deux, un impossible coup de foudre !

A la frontière (extérieure, je le crains !) de la consigne dans « le cœur des mots », faire parler les chiffres et les traduire en mots et émotions du quotidien m’a aussi beaucoup intéressé et, à mon avis, cela mériterait que je consacre un peu de réflexion et d’écriture à l’ approfondissement du sujet.

Bien que particulier, le travail de recherche sur les mots en « j » fut étonnant et très enrichissant.

Le résultat : une histoire plausible et plaisante, m’a empli de satisfaction, je l’avoue.

De même, l’histoire du stylo déposé en pleine nuit par un pigeon est vraiment une histoire « A dormir debout », mais elle m’a autorisé à flirter sur les rives du conte. Une note surréaliste, mais qu’on aimerait tellement croire.

En passant par Dostoïevski, et par l’entremise de la sulfureuse Madame Marthe, Sylvain Pijon a été convaincu de sous louer le réduit, que dis-je ?, le cagibi qui jouxte sa cuisine à l’amant de Madame Marthe.Même s’il ne me restait plus de mots à placer, il fallait bien que je complète l’histoire par une suite quand j’ai découvert que l’amant de Madame Marthe n’existait pas… Encore une histoire de Pijon, mais plus amusante, je trouve!

Je me demande d’ailleurs si je ne placerais pas cette histoire en deux parties sur une marche de mon podium d’écrits confinés… Va savoir !

Car je consens à vous livrer mon embarras. En inventant l’histoire de Louis Bourgeon, j’ai pris le parti de tordre (encore!) la consigne de l’héritage culturel et artistique qui descend de nos branches jusqu’à nous. En décrivant l’histoire d’un pauvre gars qu’avait pas…. de branches connues, c’est cruel ! mais j’ai surtout voulu vanter le mérite de ceux qui arrivent, sans tomber, à se tenir debout, plus droits que des « bien-nés, agrippés à leurs branches».

La résilience, c’est un peu moraliste, mais tellement fort ! Et j’ai vraiment beaucoup aimé ce banc de l’île Saint Louis où j’ai fait comme si mon accordéon épanchait ses goualantes. Les mots sont venus se poser sur les touches comme des oiseaux sifflant des odes à la liberté sur les bourgeons d’une branche orpheline. J’ai toujours beaucoup admiré ceux qui parviennent à se battre pour la vie. N’est ce pas la façon la plus sûre de « tuer » l’absence ?.

Voilà donc mon palmarès. Et je tiens aussi en bonne place de mes plaisirs d’écriture, les textes que j’ai pu intégrer au roman choral que nous avions commencé en septembre. Je pense en particulier au thème du « vide » que Nicole m’avait suggéré à la suite du thème de la forêt. Il s’intègre très bien, à mon avis, au départ de cette crise sanitaire, comme un chapitre dans ce projet de roman. Et j’ai vraiment le sentiment de l’avoir particulièrement « travaillé ».

Il reste , je crois, deux ou trois textes que je n’ai pas évoqués.

La « danse bécanards » me donne comme l’impression de « boiter » par rapport ce que j’aurais dû faire. C’est le récit, essentiellement autobiographique, correspondant à la consigne « danse et jardin » Il y manque le facteur intrigue dans le déroulement de l’histoire, et par suite, une chute !. J‘avais écrit ce texte dans l’ objectif d’éventuellement réveiller l’ardeur et surtout le souvenir des anciens cyclistes désormais en Ephad.

Que cette pieuse intention m’autorise l’espoir de votre pardon pour ce texte, qui, au demeurant, a néanmoins bien émoustillé ma plume de « bécanard », pendant que je soignais ma jambe. Ce n’est pas tout à fait la chute que j’aurais dû envisager

J’ai aussi voulu placer le texte sur l’ignorance dans la continuité d’un texte « acrostiche » écrit jadis sur la Science dans le cadre de l’atelier. Cela m’a conditionné dans le déroulement de l’histoire et je ne suis pas convaincu de la pertinence de la démonstration. Je le reverrai nécessairement.

Enfin la consigne sur le marchand de cerises m’a accroché pour de futures histoires à développer dans le roman choral. Cela reste flou dans mon esprit à l’heure actuelle et cela doit prendre le temps de « mûrir ». Je veillerai à ce que cela ne pourrisse pas !, mais je voulais surtout signaler que cette consigne de la semaine dernière reste pendante sur mes oreilles….

Ce bilan d’écriture aussi enthousiasmant s’explique, de mon point de vue, par la diversité et le caractère souvent insolite, presque extravagant, des consignes qui poussent l’imagination dans des recoins originaux et sortant des sentiers battus.

A titre personnel, j’ai aussi le sentiment que les délais d’écriture correspondent mieux à mes besoins de recul et de réflexion préalables au démarrage.

Mais peut être me privent-ils aussi de la vivacité nécessaire à une certaine créativité et à une écriture plus vivante.

Reste à savoir si la spontanéité dont vous faites preuve en atelier , mes chères collègues, est une qualité qui peut s’acquérir ? A mon âge ? Vous croyez ? …

Quoi qu’il en soit, je garde précieusement ces « histoires qui dé-confinent » et quitte à en retoucher certaines, je les confinerai peut-être elles-mêmes dans un petit recueil qui me rappellera que ce printemps fut, grâce à vous, très fécond ! Cela mérite vraiment un très grand « Merci ».

Yves 21 juin 2020

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